La naissance de l’été en bas de Villey-Saint-Étienne

J’ai déjà maintes fois en cette enceinte (car Un Dimanche en Lorraine est une enceinte, dernière nouvelle) professé mon amour de l’hiver. Cette supériorité évidente de la saison froide ne doit pas faire oublier ses consœurs qui ne manquent pas de qualités au demeurant. L’été… ah, l’été, c’est la plus compliquée pour moi. Mon amour de l’hiver, ma tendresse pour l’automne, ma sympathie envers le printemps, sont claires et sereines. L’été… l’été c’est comme l’humour, ça dépend où, comment et avec qui. L’été n’est pas autonome. Quand naît l’été, il s’agit de ne pas finir à rôtir au bord de la Madine, ni même au bord du pas désagréable Bouzey, voire de la plage à Flavigny-que-c’est-joli comme le raconte la chanson enregistrée avec les copains y’a au moins dix ans, et mon compteur objectif balance plutôt vers le pas loin de quinze. La naissance de l’été, il faut se la coltiner dans les jours sournois de juin au fin fond d’un nulle part ravagé de champs angoissants comme les raconte Stephen King, au creux de canaux abandonnés comme je les raconte parce que j’ai pas de référence, le nez dans l’air vaporeux et brûlant qui sied aux spectres de midi (en terme de fantasy, j’ai rarement vu mieux comme invention) de ce gros rustre de Andrzej Sapkowski, et magnifiquement illustrés dans le tout premier et inégalable jeu vidéo de la série «The Witcher». Pour l’été qui se pointe, il faut un endroit calme. Il faut être seul. Il faut avoir le loisir de se demander si les blés bougent à cause de la chaleur qui les accable, à cause d’un courant d’air moite imperceptible, ou à cause de cet été angoissant et magnifique qui naît, là, sous nos yeux. Le Toulois, comme le Grand Couronné de Nancy, se prêtent bien à l’exercice. Les platitudes au pied de Villey-Saint-Étienne, leur canaux délaissés, voilà bien un endroit où l’on voit naître l’été qui hante nos années. Alors, «restons-y», comme chantaient les collégiens de Ray Ventura.

 

Les dix ans du Festimad à Haraucourt: feu d’artifice et feu de la saint Jean

Les festivals, je n’aime pas ça. C’est pénible, c’est musicalement décousu, c’est plein de cons (d’après mon analyse statistique pertinente certifiée par moi-même), pas moyen de se concentrer sur rien, et cette injonction extrêmement pénible à arborer une attitude festive en grappes, à être sociable coûte que coûte, ça me rend triste comme un portrait du président dans une mairie. Voilà. C’est pour ça que c’était pas gagné, ces dix ans du Festimad. Alors que. Quand un festival ressemble plus à une grosse fête de village, ça devient plus intéressant.

Alors certes, malgré une prestation pleine de qualités, un groupe de reprises de standards de Woodstock, c’est pas mon truc. Les groupes de reprises, j’ai jamais compris le concept. Ça m’échappe, complètement. Du coup voilà, musicalement, j’ai pas vécu un moment dingue. Mais c’est l’ambiance générale qui m’a plu. Oui, voilà, le côté fête de village, fête de quartier. Il faut savoir que depuis gamin, véridique, parmi d’autres plus ou moins exotiques, un de mes rêves a toujours été de tenir un stand de frites merguez dans une brocante ou une quelconque fête patronale. Ces gens suant la mort sous des tonnelles par 40°C et se démenant pour faire des sandwiches à la saucisse en beuglant afin de satisfaire un client qui en retour est heureux, avec l’aide de sa sixième bière, de bouffer de la bidoche premier prix dans du pain sec trempé de ketchup, va comprendre, je les ai toujours trouvés héroïques. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion de me retrouver, l’âge adulte ouvrant quelques perspectives, sous ces fameuses tonnelles à servir des gens en perdant 700 litres de sueur à la minute, et j’avoue que j’ai pas été déçu. C’était super.

Alors voilà, comme c’était un peu ça aussi les dix ans du Festimad, crois-moi que j’ai trouvé ça chouette. Sans compter qu’Haraucourt est un chouette patelin dans un joli coin, là-bas, sur ce plateau infini qui triangule avec Nancy et Lunéville. Mais le clou, c’était le feu d’artifice. A Nancy, quand tu viens voir un feu d’artifice, faut venir 8 ans en avance, et être prêt à te faire une place à la machette. L’avantage à Haraucourt, c’est que tout le monde se pète dans l’herbe au bout du champ, et que partout tu es aux premières loges. Et un feu d’artifice vu à 100 mètres à tout péter de la zone de tir, c’est quand même merveilleux. Alors ouais, c’est pas les shows de la capitale, mais comme t’as le nez dessus, ça vaut vachement plus.

Et puis dans la foulée, bam! feu de la saint Jean. Bah, c’est un feu comme un autre en juin, mais comme tous les ans, je ne suis, et ne serai jamais blasé. A chaque fois, je suis fasciné comme la première fois. A chaque fois, je me rappelle que je pourrais être pyromane en cas de reconversion professionnelle. Et à chaque fois je me dis: «ah bah non merde, j’oublie toujours, c’est interdit de foutre le feu à des trucs pour se jouir dessus à mater les flammes goulues faire leur office, raaaaah, c’est con, tant pis, je vais garder mon métier actuel, faut dire qu’il est bien aussi». J’ai une vie intérieure aussi crétine que riche. Bref, hein, les feux du Festimad d’Haraucourt, ça envoyait du bois. C’est tout ce qu’il faut retenir. Ça et le fait que tous les gens qui se remuent le cul comme des oufs pour faire vivre nos bleds, dans les comités des fêtes, les foyers ruraux, les structures d’animation des territoires et tutti, voire quanti, mine de rien, c’est des gens qui donnent envie de croire en des trucs, comme la puissance du collectif, que ce soit pour faire des fêtes du gras, ou des manifestations contestataires… Merci à eux, dans tous les cas. Ils se bougent quand même vachement plus les roustons que les gens qui les traitent de gros beaufs depuis la ville ou pas.

 

Nancy, quai de la Bataille, le côté qui est de l’autre côté du côté d’hier

Le quai de la Bataille, évoqué dans le billet d’hier, a deux parties. Si l’on file avec des gros sabots tous crottés le bazar, on pourrait parler des deux partis. Rapport à la bataille. Eh ouais. Cette partie, à l’arrière de la maternité régionale, est à mon avis moins sexy à photographier. C’est bien pour ça que je l’aime bien, d’ailleurs.

Nancy, quai de la Bataille

A Nancy, du côté du quai de la Bataille, un bon vieux quartier se contient entre voie ferrée et avenue de Strasbourg. Des immeubles dans le même genre que ceux de la Chiennerie, avec leurs airs de cités d’urgence, leurs très grandes pelouses libres, sans hiérarchisation de l’espace, avec des fils à linge encore utilisés ça et là. Les trains qui gigotent aux heures de pointe, et la rue qui longe la voie ferrée, qui se termine plus ou moins nulle part, avec des airs de bout de la ville au milieu de la ville. Comme un cordon ombilical tout juste coupé, qui ne mène plus à rien.

Revenir à Toul pour revenir sul’blog

Vas-y désolé, ça fait un bout de temps, mais y’a des gens qui bossent, hein, comme disent les artisans après avoir installé des malfaçons chez toi et en reprenant un douzième café et en mettant les pieds sur ta table pour aborder le délicat sujet de ces feignasses de fonctionnaires. Voilà, quasiment un mois d’absence, j’espère que parmi vous des gens ont fait des comas de manque, vu que j’aime bien penser que je suis hyper important et que je change vos vies au quotidien, au moins autant que le dernier pet d’not’ bon maît’. Et pour ce retour, quelques images de Toul. Me demande pas pourquoi, laisse faire ce bon vieux Jean-Philippe Algorithme.