La Bresse grande banlieue

La Bresse ça reste une ville. Petite, certes, contrainte, c’est sûr, mais c’est une ville. C’est comme Gérardmer, d’ailleurs, de l’autre côté. Ces villes plutôt touristiques, quand tu en as vu les lieux à voir, ça devient aussi redondant que cette phrase. Et si tu y retournes encore et encore, ça vaut le coup d’aller voir plus loin, là où ton regard n’est pas poussé à se poser par les Offices de tourisme et les clips promotionnels du département qui s’est pris pour Michael Bay. Sur les marges, du côté un peu industriel, du côté pas beau si l’on s’en tient aux standards, du côté de la ZAC, de la ZI et autres acronymes que l’on n’aimait pas mais qui finalement n’étaient pas pires que les éléments de langage actuels (qui ouvrent le champ des possibles dans une synergie de territoire mobilisant les partenaires sur le coaching d’un pool d’éco-startups innovantes). Bon y’a aussi plein de belles choses qui sont chouettes sur les rebords de La Bresse. Quand je dis belles, c’est selon la norme ISO 9025 qui fixe la beauté réglementaire et républicaine en lien avec le roman national et autres machins morts et inertes.

C’est se dire que les villes mignonnes, ça reste des villes. Avec des gens qui y vivent, qui y travaillent, et que ça génère des choses sur un tissu urbain. C’est se dire que les gens qui ont visité dix fois le centre historique de Colmar et le connaissent comme leur poche ne connaissent pas Colmar, en fait, mais juste un petit quartier de cette ville.

Bref, La Bresse, cette ville que j’adore, et sa grande banlieue à l’infini. Le 9.3 de la vallée de la Moselotte. Le New Jersey vosgien, qui s’étend au-delà du Ruisseau du Chajoux et au bas mot jusqu’à la goutte de l’étang de la Cuve. C’est déjà autre chose que l’East River. La Bresse rpz. Bitch.

De passage à Custines

Moi tu sais pendant longtemps Custines, toute mon enfance en fait, c’était le chemin du mercredi, du samedi ou du dimanche. J’allais avec mon grand-père ou avec mes parents dans la vieille maison pourrie et chouette paumée du côté de Sivry. On partait de Nancy, alors tu vois. On sortait à Custines et on s’arrêtait au supermarché sur la route de Faulx (mais on prenait à gauche à la patte d’oie) parce qu’il fallait bien acheter des choses à manger. Bon, un supermarché, tu vas me dire, c’est pas… hein? Voilà. Mais c’était le petit supermarché de Custines, porte de ces contrées cambrousses où j’ai passé des journées dehors, souvent seul, à faire connaissance avec les limaces, les fourmis, les trucs qui volent plus ou moins gros et les orties dans la gueule. Custines, c’était quitter l’autoroute, et c’était bon signe, c’était signe qu’on allait bientôt traverser la forêt épaisse et mystérieuse avant de redescendre sur Belleau. Qu’est-ce que j’ai pu fantasmer cette forêt, entre sourde inquiétude et fascination désarmante. Voilà, Custines, dernier avant poste avant la Forêt Noire (Mirkwood!) et au-delà l’Erebor. A moins qu’il ne s’agisse de la vallée de la Natagne. Les deux valent le détour.


Quelques images rapides de Custines, de l’avant-poste, ou de la dernière frontière

La Vadrouille #7 // Du noir et blanc à Novi Sad

J’ai déjà eu l’occasion de te raconter ici comme j’ai aimé la Yougoslavie, et j’utilise le terme à dessein, quand l’année 2001 m’y a amené pour la première fois dans un flou artistique et aléatoire improbable ? Je t’ai déjà parlé des chocs formidables que furent Sarajevo en Bosnie ou Novi Sad en Serbie ?

Oui, je l’ai déjà fait. Mais je m’y colle à nouveau. Parce tu es à ma merci, car si tu fermes cette page, un papillon risque de battre des pieds à Tourcoing et je te raconte pas les conséquences. C’est toi qui vois.

Bref, ces endroits me manquent beaucoup, et voilà quelques trop longues années que je n’y ai pas été. J’aimerais bien revoir Novi Sad et sa langueur plate et rassurante, Sarajevo et ses montagnes qui me font penser aux Vosges, c’est pour te dire comme c’est chouette. Et puis, faut aussi que je montre ça à ma fille qui n’était pas là lors du dernier voyage yougoslave en date (elle avait piscine ou un autre prétexte foireux genre «je suis pas encore née gnagnagna»).

Donc aujourd’hui c’est Serbie, un peu de Novi Sad, en noir et blanc, et majoritairement dans les vieux quartiers.


Si t’as du Paolo Conte à mettre en fond sonore, ça va bien, hein. Genova per noi ou Jimmy ballando par exemple. Si tu les connais pas, arrête d’être bête et va écouter ça tout de suite. Bon dieu. C’est beau comme du Andrés Calamaro (qui chanterait No tan Buenos Aires). Tu connais pas? Naaaaan? Arrêêêêête? Mais naaaan?

Bah t’attends quoi, je te pète pas des liens pour rien. Faut vraiment tout t’expliquer, c’est pénible.

La Vadrouille #6 // Un bout d’Alsace fatiguée

Même en Alsace, y’a des coins crados. Oui oui. Tu peux boire une bière depuis un Colmar rutilant (au centre du moins), tu n’empêcheras la rugosité d’être partout. Elle est normale, et souhaitable. Elle est l’usure, le temps qui passe, la marque que tout ce qu’on construit est voué à devenir un jour dégueulasse et tout moisi. Ça me va, de le savoir. Il y a toujours un envers du décor*, même à Venice Beach, même à Ibiza, même à Dubaï, même à Colmar, même dans l’urbex avec des filtres insta et de la performance. Le beau d’aujourd’hui est le dégueu de demain. C’est pas grave hein. Mais moi ça me fait du bien de le savoir. Ça me rapproche de la banalité et du quotidien, que j’aime pour les surprises sans fin qu’ils nous réservent.

A la fois je suis Lorrain, donc aigri. J’avoue.

*Ah ah bien joué, on dirait un «reportage» sensationnaliste sur une chaîne de télé incompétente.