La nuit et l’église Notre-Dame-de-l’Assomption à Phalsbourg

Une fois j’étais à Phalsbourg, c’était le soir, c’était l’hiver, et il caillait sévère. Phalsbourg en hiver, c’est moyennement la Riviera. C’est pas plus mal tu me diras. J’étais allé faire des photos d’un joli spectacle comme Léa Pellarin sait en concocter. C’était dans la salle de théâtre du centre ville, une fort jolie salle d’ailleurs, et en sortant du lieu, je m’attardai un peu devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, car j’étais garé en face. Dans l’air froid, avec ses éclairages en partie au sol, je suis resté à la regarder, et à faire ces deux trois photos, sans pied, donc pas techniquement orthodoxes. Mais c’était ce moment: sortir d’une heure de conte poétique en bonne compagnie, tout là-bas à Phalsbourg pour le Nancéien que je suis, et cette église dans l’air froid. Quelques bars étaient ouverts sur la place d’Armes, tâches de lumière, et tout ceci humait bon la jouissance d’un moment solitaire et heureux quelque part au fond de l’hiver.

Puis il a fallu rentrer, et arrivé dans le coin des étangs, un brouillard phénoménal à couper au couteau, et une route épique et dangereuse. Mais c’est une autre histoire…

Pour Chambrey, clignoter à droite (mais ça dépend)

Chambrey c’est ce village sur la route de Nancy à Château-Salins, qui domine légèrement la vallée de la Seille. Un peu mais pas trop. Pendant très longtemps, de l’autre côté de la vallée inondée à la moindre goutte de pluie, je voyais le village surnager tandis que je passais sur la route nationale. En effet, qui tournerait vers Chambrey? A part une grenouille ou une carpe, je veux dire? Pour te dire, je ne savais même pas si c’était en Meurthe-et-Moselle, ou déjà «de l’autre côté», en Moselle (tu sauras, c’est en Moselle). Mais erreur! il faut y aller. Féru de Première Guerre Mondiale comme d’autres de point de croix, j’avais entendu parler de la gare allemande de Chambrey, que l’on voit sur ces photos. J’ai donc mis mon clignotant à droite un jour (jeu: devine d’où je venais) et pouf, je suis tombé sur la gare. Ma détermination avait payé. Surtout que bon, comme détermination, c’était pas de ouf.

Ah bah oui. Effectivement, ça aurait été dommage d’ignorer le lieu plus longtemps. Les Allemands et leur propension à frimer à coups de parpaings. La gare de Chambrey, première gare allemande que l’on rencontrait pendant l’annexion en arrivant de France, elle en jetait pas qu’un peu, avec en plus ses quais calculés pour des chevaux et de l’artillerie. Eh bah oui, si vis pacem et tout l’toutim. La gare de Chambrey faisait passer les gares françaises du coin comme celle de Moncel pour de vulgaires cabanes de chantier. Du coup, bien joué les mecs, on voit bien qu’en Allemagne c’est mieux (rappelons que l’annexion de 1873-1918 était une véritable assimilation, donc il y avait côté impérial une volonté de montrer aux Mosellans et Alsaciens qu’être Français, c’était quand même la lose et que c’était mieux comme ça).

Ah et puis Chambrey s’est pris l’automne 44 en pleine gueule. 1944, dans le coin, c’était pas spécialement la fête à Bébert, hein, ça a quand même un peu frité. Donc Chambrey, complètement bousillé, s’est reconstruit sur place. D’où le peu de portes de granges traditionnelles, et surtout l’église moderne qui quoiqu’on en dise a de la gueule, là, sur sa hauteur. Voilà c’était Chambrey, et à la fin, même, des reflets à la surface de la Seille, comme quoi si j’veux je suis moi aussi un grand romantique allemand, ou mosellan ou français, je sais plus trop.

 

Lunéville, le château et les jardins

J’ai toujours un peu honte de dire que depuis gamin, je suis un peu déçu par le château de Lunéville. C’est quand même le château au gros Stan, le «Château des Lumières» par arrêté marketing, un site sur lequel on mise beaucoup d’argent dans le coin car c’est un des joyaux du patrimoine lorrain, un «petit Versailles». Bon alors, qu’est-ce qui m’arrive? En quoi suis-je anormal?

Quand tu arrives par la ville, le coin du château est très chouette. Et la vue sur le château ne l’est pas moins. Cette grande cour pavée, flanquée de deux ailes bien développées, à la fois magistrales et rustiques, c’est une sacrée promesse. Mon imaginaire se laisse toujours un peu piéger. Il se dit toujours que depuis tout ce temps c’est peut-être une erreur, un biais de ma fantaisie, et que passé le porche, j’assisterai enfin médusé au développement du château dans une grande profondeur, comme le laisse espérer la si belle cour probablement d’honneur. Mais toujours, je passe le porche, et là s’étendent immédiatement les jardins sous une esplanade en gravier. Et moi les jardins, bon, je suis pas contre, mais les jardins géométriques complètement maitrisés, ça ne me parle pas complètement. Et puis ce sont des jardins, pas le château que mon imagination réclamait. Et puis et puis et puis. Et puis à chaque fois que je suis venu, il faisait toujours un cagnard de l’enfer. Tout ceci contribue à me donner une image bizarre du château de Lunéville.

Cependant, visiteuse, visiteur, n’oublie pas que mon point de vue ne doit (malheureusement) pas faire taire une certaine objectivité: le château de Lunéville vaut le détour, rien que pour l’histoire de sa remise en état suite au dramatique incendie de 2003. Et puis ce matin j’ai foiré mon café, trop d’eau, pas assez de café, va savoir, mais faut pas m’écouter, je suis ronchon.

 

Architecture de stockage (Béthelainville, Meuse)

Moi j’aime bien l’architecture. En petit amateur curieux. Je n’ai pas d’échelle de valeur, et je ne vénère personne (ah si, Jules Criqui à cause de ses interventions dans le quartier de mon enfance, et André Lurçat parce j’aime ses espoirs, et sa naïveté, ou ce que j’interprète comme tel). Mais sinon? Ah? Tu vois bien. Bref, j’essaye de ne pas avoir de préjugés, et je n’ai pas suffisamment de culture pour en avoir. Je ne considère pas que tel truc soit dépassé, ou que tel autre soit visionnaire. J’aime bien en général les gens qui tentent des trucs, quitte à se vautrer. Les gens qui, à l’instar de Benny B. (ah bah tu vois  niveau culture…) «Et qu’est-ce qu’on fait maintenant?». Que ce soit pour tenter un choeur gothique au XIIIème siècle à la place de l’ancien ouvrage roman, que ce soit avec un bâtiment brutaliste au XXème siècle. Enfin bref, tu as tous ces grands courants, ces grands bâtiments, ces ouvrages ambitieux et voilà.

En architecture, le truc qui découle quand même de tout ça et qui me plaît aussi, c’est le quotidien. Les tous petits trucs du quotidien. Comment on réfléchit à la forme d’une cabine de chiottes mobiles, pourquoi les cabines téléphoniques françaises ont sept fenêtres (sept?), comment on imagine un local électrique, ou, je te le donne en mille, un réservoir d’eau.

Moi, je te laisse donc y réfléchir devant le réservoir de Béthelainville dans la Meuse, qui m’a sacrément tapé dans l’oeil, le sacripant.