Un après-midi d’été en Lorraine -2- Gondreville

Gondreville, sis entre Nancy et Toul. Depuis l’A31, Gondreville est une bretelle assez moche, qui semble ne donner sur rien. Moi j’arrivais de Villey-le-Sec, par cette petite route qui donne l’impression de traverser l’Arizona, non, non, je n’exagère pas du tout. Et là, c’est autre chose. On arrive sur une place assez sympathique, claire, qui va bien avec l’été. Par cette chaleur, il n’y a pas grand monde. Quelques personnes affalées à des tables de bar à l’abri du soleil, sirotant à coup sûr une boisson fraîche et pas désaltérante. Des chats étalés dans les zones d’ombre. Ici encore, tout est au ralenti. On tire la langue. Quand on se décide à descendre vers le centre ancien du village, le caractère de ce dernier s’affirme: arches discrètes, placettes verdoyantes quoique roussies, belvédères sur la vallée de la Moselle et sa mer d’arbres… et bien sûr l’incroyable le lavoir!

Un après-midi d’été en Lorraine -1- De Pierre-la-Treiche à Villey-le-Sec, sur la route de Gondreville

Il y a les étés lorrains. Les après-midi sans fin qui s’affaissent sur eux-mêmes le soir, pour dégénérer en orages, parfois. Ce ciel bleu écrasé de chaleur, qui devient laiteux, qu’aucun vent ne vient nettoyer, et ces arbres au loin qui foisonnent comme une mousse prodigieuse. Tout est lent. Tout est dur. Ce jour-là il faisait 36°C, et j’avais entrepris un périple qui partait de Pierre-la-Treiche, puis filait à Villey-le-Sec, Gondreville, Liverdun, pour terminer du côté de Bezaumont et Sainte-Geneviève. Quand tu as tout un après-midi pour toi, à raouer, c’est un véritable voyage. Tu te laisse porter par des vagues de chaleur, la route t’amène où elle veut, tu peux décider tout et n’importe quoi, en fonction de l’humeur, de la distance, des images à faire, et beaucoup de ta géographie intime qui est tout sauf efficace et rationnelle, et c’est une bonne chose.

A Pierre-la-Treiche, l’immobilité dominait. Je m’étais invité chez des amis en sortant du travail à midi, et ni une, ni deux, sympathique conversation et omelette sur le pouce (cette expression est quand même curieuse). Dans le village, pas un mouvement entre midi. Le clocher emmêlé de fils, qui partent dans tous les sens, fut mon attraction. La camarade Mamléa, chez qui on mange donc de bons œufs, en a fait un sujet de prédilection.

Après manger, l’attraction de la vallée de la Moselle, qui boucle fort par ici, fut trop forte pour que j’y résiste. Je prends donc la route de Villey-le-Sec, je traverse le barrage où ma grand-mère est venue souvent se baigner dans la lumière des étés 46, 47 et 48, dans un pays nouvellement libre. Il en reste de belles photos. J’y venais souvent aussi en vélo depuis Nancy. Il était délicieux de s’y poser. Je traverse donc Villey-le-Sec, et redescends vers Gondreville. Là, nouvelle pause pour deux trois photos: l’effet de chaleur est saisissant, tout est sec autour de moi, je me crois une seconde dans un film. Dans l’Arizona. Sans exagérer, hein, s’entend. Au fond, Toul se planque sous ses collines en espérant y trouver de la fraicheur. Puis je plonge vers Gondreville. Mais… c’est une autre histoire!

à suivre…

Fin d’après-midi autour de Château-Voué

Château-Voué est un petit village qui se trouve carrément en Moselle, près de Morhange, dans un coin calme. Calme? Désert, oui! Mais c’est une assez bonne nouvelle. Il est perché, comme ça, au bout d’un plateau battu comme un chien par les vents froids. Une tour en ruine qui yoyote, quelques rues, des chiens genre malinois qui sont heureusement derrière un grillage. Terre de chasseurs, que veux-tu… des maisons basses, mitoyennes, profondes et étroites: la Lorraine qui se blottit contre les vents d’hiver, qui plus est sur ce plateau nu. Tout autour, des forêts humides, des étangs, des baraques de chasse, de grosses fermes isolées. Pour moi, le Nancéien, tout un délicieux frisson face à cette hostilité supposée, que les oies véhémentes symbolisent parfaitement. Si la campagne n’est que douceur, gentillesse, lapins souriants et ruraux serviables, proches du bon sauvage, quel intérêt d’être citadin de formation? Faisant fi de tout optimisme, j’avoue que je suis dans mon imaginaire (qui aura changé dans dix secondes) plus Massacre à la Tronçonneuse que gîte rural trois épis, quoi. Au moins, le méchant plouc crasse n’y fait que souligner la bêtise médiocre du citadin. Et c’est bel et bien.

 

 

 

Pour Chambrey, clignoter à droite (mais ça dépend)

Chambrey c’est ce village sur la route de Nancy à Château-Salins, qui domine légèrement la vallée de la Seille. Un peu mais pas trop. Pendant très longtemps, de l’autre côté de la vallée inondée à la moindre goutte de pluie, je voyais le village surnager tandis que je passais sur la route nationale. En effet, qui tournerait vers Chambrey? A part une grenouille ou une carpe, je veux dire? Pour te dire, je ne savais même pas si c’était en Meurthe-et-Moselle, ou déjà «de l’autre côté», en Moselle (tu sauras, c’est en Moselle). Mais erreur! il faut y aller. Féru de Première Guerre Mondiale comme d’autres de point de croix, j’avais entendu parler de la gare allemande de Chambrey, que l’on voit sur ces photos. J’ai donc mis mon clignotant à droite un jour (jeu: devine d’où je venais) et pouf, je suis tombé sur la gare. Ma détermination avait payé. Surtout que bon, comme détermination, c’était pas de ouf.

Ah bah oui. Effectivement, ça aurait été dommage d’ignorer le lieu plus longtemps. Les Allemands et leur propension à frimer à coups de parpaings. La gare de Chambrey, première gare allemande que l’on rencontrait pendant l’annexion en arrivant de France, elle en jetait pas qu’un peu, avec en plus ses quais calculés pour des chevaux et de l’artillerie. Eh bah oui, si vis pacem et tout l’toutim. La gare de Chambrey faisait passer les gares françaises du coin comme celle de Moncel pour de vulgaires cabanes de chantier. Du coup, bien joué les mecs, on voit bien qu’en Allemagne c’est mieux (rappelons que l’annexion de 1873-1918 était une véritable assimilation, donc il y avait côté impérial une volonté de montrer aux Mosellans et Alsaciens qu’être Français, c’était quand même la lose et que c’était mieux comme ça).

Ah et puis Chambrey s’est pris l’automne 44 en pleine gueule. 1944, dans le coin, c’était pas spécialement la fête à Bébert, hein, ça a quand même un peu frité. Donc Chambrey, complètement bousillé, s’est reconstruit sur place. D’où le peu de portes de granges traditionnelles, et surtout l’église moderne qui quoiqu’on en dise a de la gueule, là, sur sa hauteur. Voilà c’était Chambrey, et à la fin, même, des reflets à la surface de la Seille, comme quoi si j’veux je suis moi aussi un grand romantique allemand, ou mosellan ou français, je sais plus trop.