Être en bas d’Amance

C’est bien beau tout ça. Amance. Le village perché. On ne retient souvent d’Amance que cette colline, fort belle, et ce village en son sommet, presque provençal, et son faubourg qui dévale à l’est sans pour autant tomber dans la plaine car il a sa dignité. Mais il ne faut pas oublier que si Amance est cette belle chose perchée, Amance a aussi des pieds comme tout le monde. Son pied du nord est fort agréable. Longeant les douces ondulations où la colline prend pied (mon champ lexical est toujours assez limité avant 10H du mat’), la route qui va vers la Croix du Jard, à la sortie de Laître, ne s’arrête pas qu’au magasin en contrebas de la jolie ferme du Jard. 

Elle se prolonge, la route, caressant toujours les arpions de la colline. Tout ceci est fort bucolique, mais je te rappelle que nous sommes en Lorraine, il est de bon ton qu’une croix vienne rappeler la guerre et ses morts, qui sont par chez nous un genre de spécialité locale. Le Lieutenant-colonel Venot y a laissé la peau, là, dans ces champs, le long de cette jolie petite route. Lui, certes, mais aussi et surtout plein de gars, aux premières semaines de la guerre, en des contre-attaques incessantes contre les Allemands qui échouèrent finalement à prendre la colline et à s’ouvrir la route de Nancy.

Un coquelicot, par ailleurs seul ce jour-là, essaye de se la jouer bataille de la Somme; mais définitivement, les grands batailles de l’après 14 ont effacé les sanglantes semaines d’août et septembre, plus sanglantes à elles seules que le reste de la guerre. N’est pas anglais qui veut.

Mais dis-moi, hein, on va vraiment parler de guerre toute la journée? La réponse est non, parce que la route se poursuit, coupée parfois de chemins qui tournent le dos à la colline, pour s’épancher vers des bosquets d’arbres ou des haies qui ont survécu dieu sait comment aux ravages de l’agriculture industrielle. Plus on avance sur la route, plus on voit apparaître sur la gauche le domaine rural de Fleurfontaine, et en face mais sur le coté droit, et cette indication montre bien que je n’ai pas tout retenu de mes courtes heures en géographie à l’Université, se tient la ferme de la Fourasse. Détruite en 1914 (ah merde, j’ai rechuté), reconstruite et devenue aujourd’hui refuge de la SPA. Bientôt, un carrefour. A gauche, Fleurfontaine et la remontée sans aménité (mais avec du charme pourtant) vers Amance via son Faubourg. A droite la Fourasse, où s’arrête la route. Elle est prolongée par des chemins carrossables qui pénètrent le couvert de la forêt d’Amance, beau massif qui se prolonge jusque Champenoux et Brin-sur-Seille. Au dernier moment, petit coup d’œil enfin aux pentes de la colline d’Amance, histoire de pas jouer non plus au snob de la plaine!

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