Dombasle.

Quand j’cause de trucs que je connais pas bien, que ça concerne des gens, des milieux, des classes sociales, des endroits, des activités spécifiques, des mondes en soi, j’ai toujours un peu le trac. J’ai toujours peur de dire une connerie. Pas quelque chose de factuellement inexact, me tromper, je m’en fous, mais quelque chose de con, et ça j’ai toujours peur. Mais d’un autre côté, j’ai tellement de choses à dire… et puis aussi, après tout, si je vais quelque part, que j’y rencontre des gens, faut bien que j’en parle aussi. Que je t’en cause à toi, moi, avec eux, depuis nous. Et ce que ça vaut. Alors… j’me lance.

Alors oui, Dombasle, c’est une ville assez prolo. C’est une ville ouvrière. Y’a la grande usine Solvay, et puis Cerebos, et puis tout près les mines de sel, et puis y’a eu Boussac etc…

On a vite fait de généraliser. Le monde ouvrier, bah oui, mais tu sais, ça reste des gens, plein de gens tous différents les uns des autres. On a diligemment signalé à ma connaissance un monument de stupidité, j’ai nommé le reportage de W9 sur l’affaire rebondissante Jacques Maire, dans l’émission poubelle « Enquêtes Criminelles ». J’ai regardé le truc, bon, certes, y’a le style plus bas que terre intrinsèque à l’émission, pis y’a là, Dombasle, que je connais un peu, et qu’on m’a évoqué dans ces années-là. C’est encore pire, de connaître, quand tu vois les images et les commentaires de ces abrutis. La malhonnêteté, le mépris et l’indifférence des reportages d’une telle émission pour ses sujets et les lieux qu’elle décrit est assez sidérante. Bon, je fais peut-être pas une grande découverte, mais comme j’ai pas de télé, je la vois pas souvent, et je suis du coup à chaque fois abasourdi. Moi je découvre.

Mais Dombasle, c’est quand même pas que ça. Heureusement. Moi je suis de Nancy, au départ, alors les villes ouvrières des environs, je les connais mal, je les appréhende pas bien, et j’ai coutume de rire dessus. C’est plutôt normal. C’est un genre de mécanisme local assez banal. On rit, et on ne sait rien, en attendant, du sujet qu’on moque. Mais on grandit, et puis on découvre, et puis on fait des rencontres, et puis on discute, et puis on apprécie. Les gens t’ouvrent leur porte, et tu ne peux pas lutter. Et tu aurais tort d’essayer. Ça empêche pas de continuer à vanner, à moquer, à faire fonctionner les antagonismes idiots mais rigolos. Mais dans le fond, ça confirme ce que tu savais depuis toujours: c’est jamais aussi simple que ça. Je réitère mon culte d’un monde flou et grisâtre, dans lequel rien n’est tranché. Quelque chose d’assez humain en somme.

Dombasle, je vais me plonger dedans doucement, et voir ce qu’on y trouve. Tout a commencé avec la cité Hanrez, la vieille cité ouvrière un peu planquée dans la rue Hélène. Un guide local à la sympathie débridée me l’a fait connaître, puis le hasard m’a foutu dans les pas d’une ancienne habitante, et de pas en pas, les anciens de cette petite cité ouvrière remontent à la surface, dont certains plus jeunes que moi. Ils aiment bien en causer. Tout le monde semble y avoir passé du bon temps. La cité a vu ses derniers habitants partir, contraints, en septembre 2013. Depuis, ça moribonde. Destruction prévue en juin 2014.

Avant de t’en parler, de te montrer les photos des beaux jours de la cité qu’on m’a gracieusement foutu entre les mains, avant d’évoquer les souvenirs, et de te faire entendre la parole des gens qui ont vécu là, et de dire, moi, que c’était peut-être pas mal comme façon de vivre ensemble, et puis de ne pas m’empêcher de critiquer un peu aussi, avant de mêler mon compère Sylvain (que tu connais si tu es un lecteur assidu) à cette affaire, afin qu’il y mette son regard différent du mien mais que j’admire, avant de te raconter comment les anciens de la cité te reçoivent avec le café, les rires, les regrets, tout ce que ça a d’un peu triste et tout ce que ça a de réjouissant, mais de généreux, toujours, tout ce qui n’est plus à Dombasle de cette vie perdue, tout ce qui est encore, et la vie d’aujourd’hui, ni pire, ni meilleure, tout ce qui donne envie de dire que quelques intellos (parce que c’est comme les ouvriers, y’en a des biens) qui s’arrogent le droit de penser pour les classes populaires, tout comme les Patrick Sébastien qui t’expliquent que le peuple n’aime pas réfléchir (merci copain Franck pour cette réflexion), mais plutôt acheter ses disques, que tout ça c’est des cons, qu’il faut toujours se méfier des vendeurs de soupe, avant tout ça, j’ai envie de poser un peu de contexte.

Je sortais d’un petit entretien rapide, mais ô combien sympathique, avec quelqu’un qui a habité la cité Hanrez, quelqu’un qui me rappelle un peu ma mère, et dont les photos me rappellent un peu celles de mon enfance, même si j’habitais pas dans une cité, et je revenais à ma voiture. Je cogitais un peu tout ça. Et j’ai pris quelques photos, sur une très courte distance. C’est concentré et pas très appliqué, c’est comme ça en passant. Dombasle, c’est aussi plein de verdure, de coins tranquilles, de rives heureuses. Mais Dombasle, c’est avant tout l’industrie, tout autour, qui façonne, qui occupe, qui étale, qui finance. Voici, après cette introduction longuette, ces quelques images chopées au vol sans trop réfléchir, pour te dire ce que c’est Dombasle pour moi, avec mon a apriori de Nancéien.

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Ici, je me suis un peu éloigné. Histoire depuis la Varangéville voisine de comprendre ce qu’on voyait de Dombasle, là-bas, au bout du canal et de la voie ferrée…

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14 Commentaires

  1. michou dit : Répondre

    Chouette ces quelques images de Dombasle avec l’omniprésence Solvay. Usine que j’ais visité dans les années 80.
    A propos la maman de Mathieu habite Dpmbasle ou elle a été instite alors peut être que cela pourrait t’intéresser hein !!!

    1. Dadu Jones dit : Répondre

      Oh oh ouais carrément tiens.

  2. Anonyme dit : Répondre

    Très belle la maison de briques rouges, bureaux ou demeure du patron ?

    1. Dadu Jones dit : Répondre

      On l’appelle « Le casino » Solvay, sans que j’en sache beaucoup plus. Il appartient toujours à l’usine mais semble être un équipement collectif plus qu’un organe administratif. Il ne s’agit dans tous les cas pas d’une résidence.

    2. Anonyme dit : Répondre

      enfant, à la fin des années cinquante, j’assistais comme tous les enfants des personnels à l’arbre de Noël ; cette grande salle des fêtes m’intimidait

      1. Dadu Jones dit : Répondre

        Ce qui peut se comprendre.

  3. Elle est « au poil » , la 5 !

  4. Dadu Jones dit : Répondre

    😉

  5. Pedro dit : Répondre

    Bonjour à tous.
    Tombé par hasard sur votre page (amateur de vieilles pierres), je me permets de confirmer. Le Casino Solvay (signé par l’architecte Brunfaut) de stye néo-flamand, est aujourd’hui utilisé par la firme lors de manifestations pour le personnel (remises de médailles, anniversaires de l’entreprise : 150 ans cette année, ou encore des formations).
    Le casino est pourvu au RDC d’une grande salle de réception avec estrade, ainsi que de cuisines. A l’étage, des salons privés où se retrouvent les grands pontes venant de Belgique lorsqu’ils viennent à Dombasle).

    La demeure du patron se trouve dans une rue plus loin en ville Rue particulière, elle abrite les directeurs du site depuis pas mal d’années.

    Bonne continuation et au plaisir de vous lire !

    1. Dadu Jones dit : Répondre

      Merci beaucoup, Pedro. Nous voici affranchis!

  6. Je sais pas pourquoi je suis aussi mélancolique en regardant ces photos : peut-être parce que j’ai habité Nancy, et que j’ai quelques souvenirs flous. (Parenthèse, le « flou et grisâtre » évoqué me fait songer à l’expression « âmes grises », de Philippe Claudel, lequel habite d’ailleurs à Dombasle) ; peut-être parce que j’aime, profondément, la poésie des fleuves, que je leur suis attachée, et que ce simple panneau, canal de la Marne au Rhin, moi qui suis Marnaise, me remue, autant que mes souvenirs. Nostalgie ce soir.

    1. Dadu Jones dit : Répondre

      Eh bien, je suis content d’accueillir cette nostalgie ici, par le biais de ces images!

  7. Pedro dit : Répondre

    Petite info en passant vous rendre visite…

    les cités ouvrières de la rue Hélène, (d’abord résidence des premiers tâcherons belges venus construire l’usine Solvay, puis par la suite Gendarmerie pour redevenir des habitations jusqu’à mars 2014) vont être détruites cet été pour laisser place à un centre médico-psychologique. L’occasion de faire quelques derniers clichés en hommage… j’en ai quelquepart en stock, sinon je vous ferai parvenir ceux que je ferai un de ces proches week-end 🙂

    Au plaisir !

    1. Dadu Jones dit : Répondre

      Bonjour,

      Comme je travaille de loin en loin sur les cités, que j’ai enregistré quelques entretiens avec des anciens habitants en vue d’une publication future… tout ce qui touche à cette cité m’intéresse!

      Merci de votre visite.

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