Le Moulin Noir, encore un matin où ça valait la peine de se lever

Bon je dis le matin, mais en fait c’était entre midi. J’ai mangé tout vite mon reste de gratin de pâtes (avec genre du Comté, du Salers et de la Tome vosgienne, et des lardons de la ferme découpés par bibi) et je suis allé profiter de mes deux heures de pause méridienne. Quand j’ai été embauché, j’ai pas négocié mon salaire, mais par contre j’ai négocié deux heures de pause à midi. J’arrive pas toujours à les prendre d’ailleurs. Mais dès fois oui. Partant du fait que je préfère travailler moins pour gagner moins que l’inverse. Du moment que ça paye les factures, les patates et la bière, t’sais… bon me voilà à Lay-Saint-Christophe. C’était il y a quelques jours. Je traverse la passerelle du Moulin Noir, site d’un ancien pont ferroviaire, parce que c’est un chouette endroit sur la Meurthe, avec au sud les promesses de Malzéville et Maxéville, et au nord un coude sous Bouxières-aux-Dames avec quelques bancs de galets où je venais me baigner gamin et chercher des fossiles avec des grands de la famille fans de cailloux.

De l’autre côté, sur la rive Champigneulles, après avoir zyeuté tant et plus le mouvement fascinant de l’eau aspirée par la récente centrale hydro-électrique, j’ai filé à gauche mater le cul des brasseries. Ça faisait longtemps que je n’étais pas passé là et ça fera l’objet d’un autre billet. Arrêtons-nous avant, veux-tu bien? Parce que, au niveau du Moulin Noir et un peu au-delà, il y avait le meilleur truc météorologique du monde après la neige et les orages, à savoir le brouillard. C’était chouette. C’était chouette cet air immobile. C’était chouette les arbres qui dégoulinent bruyamment et se répandent au sol en flaques étrangement denses. C’était chouette ces formes incroyables, c’était chouette ces silhouettes d’arbres se découpant durement sur la blancheur, c’était chouette cette eau favorable au narcissisme. C’était chouette, quoi. Faudrait que ce soit plus souvent l’automne et l’hiver. Une fois par an c’est pas assez.

Nancy en automne

Ouais bah c’est un titre comme un autre. Possible que je l’aie déjà utilisé. Peut-être. Et après? Hein? Bon. C’est pas comme si je te demandais ton avis.

C’est toujours bien de commencer un billet par une petite engueulade, ça détend et ça évite d’avoir des pensées trop positives, trop de good vibes tue les good vibes comme disait Peter Tosh le relou.

Hey mais je suis véhément moi! Alors que c’est l’automne, et que l’automne c’est quand même une saison vachement bien qui me rend plutôt serein. Le temps passe, les années s’empilent et je ne m’en lasse toujours pas. Alors Nancy en automne, c’est rien de très original. Y’a du brouillard et des feuilles mortes, le cahier des charges est rempli quoi. Mais en fait c’est dans la tête et dans les yeux et dans la tripaille que ça se passe. Les passants sont plus rares. J’aime ma ville vivante, je l’aime plus encore quand elle s’enfonce vers l’hiver, dans le silence. C’est là que ça se passe et que ça me plaît, me fait du bien, me ravit la tronche. J’aime donc beaucoup ces derniers jours. Illustrés ici par les photos d’un automne d’il y a quelques années.

Un automne à Moncel-sur-Seille

La Lorraine reste depuis les premiers Jeux Olympiques de la Déprime en 1928 championne dans la catégorie « Automne Bâclé ». Dans la catégorie « Été de Merde et Misanthropie », d’ailleurs, pour ne pas dénoncer, Saint-Cyprien-Plage arrive en tête. Moi, personnellement, la Lorraine championne de déprime pour l’automne, je le vis bien, j’adore même ça, c’est une saison très étrange, très sombre, habitée, un peu mystique et pleine de sentiments au ras de l’humus, avec de l’introspection et le retour des bières brunes et épaisses. J’en suis même assez fier, de notre automne grisâtre. Cette année, le SCGMSS (Sporting Club Gothique de Moncel-sur-Seille) nous délivre d’ailleurs une superbe prestation.

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