Un crépuscule entre Meurthe et canal (Nancy)

Se retrouver seul au crépuscule pour marcher. Marcher en attendant un hypothétique ami qui sortira un jour de son boulot où il est retenu. Il travaille à la Poste, et la Poste ça se passe pas très bien depuis quelques années, la désorganisation la plus complète a l’air de devenir la norme, servie par un «management» qui balaye les gens, et ne leur donne qu’une envie moyenne de s’investir. Etait-ce mieux avant? Peut-être. Pas sûr. La seule chose qui est sûre, c’est que ça n’est pas mieux maintenant. Suivez mon regard vers des réformes en cours… je songeais à tout ça parce que marcher, ça fait cogiter. Même en guettant les photos qui traînent dans la rue, ça occupe le cerveau, il mouline, il mouline, mais sans but imposé. Il vit sa vie dans ma tête. Je ne suis qu’un réceptacle mouvant. Si un jour je me retrouvais à la rue, je serais sûrement de ceux qui marchent tout le temps. Ne pas savoir attendre sans bouger, ne pas oser affronter la cohue des heures de pointe dans les transports en commun, marcher parfois juste pour m’occuper, détester arriver en avance, explorer la proximité en attendant l’heure, et quitte à me mettre en retard, ce qui est plus ma norme, eh bien, marcher a toujours été la solution. C’est comme ça aussi que j’ai beaucoup découvert Nancy. Par dépit, quelque part. Le dépit mène à bien des choses si on décide d’en faire une monture. Paresseuse et sans but, mais une monture. Jusqu’à ce qu’on rencontre cette rue inconnue, cette maison bizarre, ce point de vue nouveau sur l’habitude. Alors, le dépit devient curiosité, enthousiasme, audace, et les pas ne comptent plus.

Et je finis invariablement en retard.