Nancy, boulevard d’Austrasie et avenue du XXe Corps, 2002

En plein dans ce coin tout raté aujourd’hui, ce nouveau quartier triste, barbant, sans audace mais sans patrimoine, aberrant. A Nancy, je ne comprends pas comment on raisonne. On a rasé entièrement des quartiers au centre, table rase, pour construire des grands immeubles. Maintenant qu’ils sont bien là, qu’ils font le quartier depuis tant de décennies, eh bien, il faut assumer ces erreurs et bien vivre avec, et les aimer, malgré tout, en se disant qu’on évitera ça par la suite. Et? Et on tire dessus à boulets rouges. « Ah, la tour Frantel, ah la tour Joffre, ah, c’est pas bien, caca, tout ça« , s’exprime le Nancéien moyen dont l’élu moyen flatte la croupe moyenne. Et? Et exactement en même temps qu’on nous tartine avec les erreurs du passé d’un côté, on prend tout le quartier Meurthe-Canal, on le rase, on efface les témoignages modestes de son passé, de son histoire, de son identité, on ne garde que quelques pauvres rescapés, pour construire autour des rues droites le long desquelles on empile à la chaîne de pâles immeubles de standing sans la moindre personnalité, hors-sol, de l’habitat hydroponique sans lien, sans continuité avec le reste de Nancy, comme une ville en carton prototype interchangeable tombée du ciel. Alors que quitte à tout casser, autant essayer des trucs. Mais non. Des gros blocs sans caractère. Bon.

Il y a vraiment un truc qui m’échappe, chez nos décideurs locaux. Des schizophrènes qui n’assument pas leurs choix? Oui, peut-être. Est-ce que j’aurais fait mieux, moi qui critique? Non, assurément non. Mais moi c’est pas mon métier…

Retour sur Austrasie et le XXe Corps en 2002, avec la gare Saint-Georges encore debout, mais salement blessée, et quelques travaux afférents.

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On voit très clairement sur cette photo les rails de l’ancienne voie de ceinture qui traversent l’avenue du XXe Corps pour rejoindre la gare Saint-Georges, où se trouve approximativement aujourd’hui cette magnifique chose d’une utilité criante et philanthropique qu’est le magique et délicieux « Centre Commercial des Deux Rives ».

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On citera Joseph Abram à la fin des années 90, dans l’excellent mais discret « Nancy, âges d’or, âges de plomb« , l’air de rien un des bouquins les plus bavards (et parfois touchants) qu’il m’ait été donné de lire sur ma ville:

« La ville espère étirer jusqu’ici son centre. […] On ne peut compter sur le hasard sauvage comme vers la gare… Il faut cultiver subtilement la mémoire du lieu. On aimerait, sur les rives, des bâtiments longs, mélancoliques… comme des péniches…, des hangars de culture, des promenades pour les amoureux de la passerelle Lecreulx… un musée d’art contemporain… (si Nancy veut toutefois sortir de sa torpeur en matière d’arts plastiques). C’est ici qu’il faudrait organiser la Fête de la sculpture, et non dans la verdure étouffante des parcs… Qu’on y transfère le musée du Fer, et non les administrations. Qu’on y crée des « vitrines » pour le Nancy de la recherche scientifique et technique, mais pas de marinas, ni de fronts d’immeubles prétentieux… le site est plutôt paisible. » 

Joseph Abram, « Impressions sur la ville « telle quelle », in Nancy, âges d’or, âges de plomb, pp.97-98

Meurthe-Canal version 2002 (Nancy)

Tiens? Encore un vieux quartier de Nancy qui agonisait avant d’être remplacé par du normalisé. Le quartier Meurthe-Canal, en 2002, au moment du chant du cygne (bien avancé), ou de la fameuse curée. Bon, dans le fond, je ne critique pas le fait de recycler, refaire, parfois détruire pour du mieux. Mais vu la gueule des quartiers efficaces et sans génie qui sont sortis de terre depuis, des Rives de Meurthe à l’horrible nouvelle version du Port-aux-Planches… bon, voilà quoi. Le projet de l’Île-de-Corse m’interpelle un peu plus. J’attends de voir ce que ça donnera.

L'ancienne gare Saint-Georges, incendiée, puis ici en cours de démolition
L’ancienne gare Saint-Georges, incendiée, puis ici en cours de démolition
La Méchelle, en passant vite fait sur l'autre rive de la Meurthe, lors des travaux qui lui ont donné son visage actuel respectable et bien-pensant, et qui au détriment des jardins qui y survivent devrait carrément devenir rentable et performante, en plus. Et morte, aussi.
La Méchelle, en passant vite fait sur l’autre rive de la Meurthe, lors des travaux qui lui ont donné son visage actuel respectable et bien-pensant, et qui au détriment des jardins qui y survivent devrait carrément devenir rentable et performante, en plus. Et morte, aussi.
Du côté du Chemin des Cinq Piquets et de "Nancy-Bâches", il ne reste déjà plus grand-chose
Du côté du Chemin des Cinq Piquets et de « Nancy-Bâches », il ne reste déjà plus grand-chose
Du côté du Chemin des Cinq Piquets et de "Nancy-Bâches", il ne reste déjà plus grand-chose
On vient buter sur le canal du côté de la rue du Progrès.
Le quartier du Port-aux-Planches
Le quartier du Port-aux-Planches
Le quartier du Port-aux-Planches
Le quartier du Port-aux-Planches
L'ancien club d'aviron, qui, lui, est toujours là aujourd'hui. De plus en plus irrécupérable, avec un avenir de moins en moins probable.
L’ancien club d’aviron, qui, lui, est toujours là aujourd’hui. De plus en plus irrécupérable, avec un avenir de moins en moins probable*.
L'ancienne gare Saint-Georges, incendiée, puis ici en cours de démolition
L’ancienne gare Saint-Georges, incendiée, puis ici en cours de démolition
La voie ferrée Saint-Georges
La voie ferrée Saint-Georges

*NOTE: Entretemps, une personne qui suite la page Facebook (eh ouais, groovy baby) me contredit et me fait savoir que la mairie serait bien décidée à y développer un projet de guinguette. On notera que je suis bien content qu’on me contredise pour m’annoncer des trucs comme ça.