La gare allemande de Chambrey

Chambrey tu sais, de 1873 à 1918, c’était la frontière entre la France et l’Allemagne, du temps de cette sympathique annexion qui a fait les choux gras de Nancy. Chambrey, c’était côté allemand. Et les Allemands, c’était pas des gros déconneurs, à foutre des gares en forme de glace à la guimauve. Non. Les Allemands, c’était des gars et des filles pas de mon âge qui construisaient des bâtiments ressemblant plus à des monuments un peu grandiloquents, à la fois pour expliquer aux ex-Français devenus sujets du Reich combien c’était la biche d’être allemand -ce qui d’ailleurs est historiquement pas complètement faux à plus d’un terme, en particulier dans le domaine de la protection sociale-, et à la fois pour expliquer aux Français « de l’intérieur » que l’architecture allemande, c’était autre chose que les fioritures dégénérées en forme de glycines vérolées de l’Ecole de Nancy. Bon. Je ne sais pas dans quelle mesure ça marchait, puisque les deux cultures s’interpénétraient régulièrement, et que la situation s’est rapidement normalisée dans les années 1880. Sans compter que les Français, leurs glycines, ils les trouvaient juste un peu plus civilisées que les monuments néo-romans obscurantistes d’hommes des bois mal dégrossis que construisaient les Allemands, comme à la gare de Metz.

Toujours est-il que c’est comme ça que la gare frontière côté allemand se retrouve si monumentale au milieu de nulle part. Il fallait à la fois faire transiter du soldat en troupeau compact en cas de guerre, et ne pas oublier d’impressionner le voyageur français en cas de paix. Elle est toujours là, la gare allemande, sans trains, sans guerre et sans considérations esthétiques finaudes, reconvertie en salle des fêtes et lieu d’animations variées. Pourvu que ça dure.