Nuit froide à Nancy

Tandis qu’à l’autre bout de la France on détruit à la pelleteuse les jolies maisons de gens qui ont au moins le mérite de tenter de proposer des choses différentes au lieu de suivre les sentiers battus dont on sait que globalement ils ne mènent à rien, il suffit d’ouvrir un journal pour s’en convaincre, peut-être par misanthropie qui n’exclut pas ma tendresse pour les gens, j’ai envie de me foutre en position fœtale et de penser aux belles nuits froides de l’hiver enfuit. Et d’oublier ces images de flics blindés et de pelleteuses écrasant des bergeries sans sourciller. Comment ne pas sourciller? Comment? Oh, les êtres humains, vous êtes encore là? Y’a un être pensant et sensible sous ce casque? Derrière ce bouclier? Oui, bien sûr qu’il y en a un. Alors qu’il se manifeste, c’est URGENT. Je rêve de ces vieilles fraternisations qu’on lit dans les livres d’histoire. Parce que le peu de confiance qui me restait dans nos bons maîtres, dans notre régime et dans nos institutions a tendance à finir de partir en miettes, à s’effondrer au même rythme que les habitations et les bergeries qu’on écrabouille ces jours-ci. La brutalité de l’Etat, qui est la même que la brutalité du marché, qui est la même que la brutalité du repli sur soi, qui est la même que la brutalité de l’individualisme, je n’en peux tout simplement plus. Et que si on crève avant l’heure de quelque chose, ce sera sûrement de ça. Ou de la pénurie de Picon-bière.