La Bresse grande banlieue

La Bresse ça reste une ville. Petite, certes, contrainte, c’est sûr, mais c’est une ville. C’est comme Gérardmer, d’ailleurs, de l’autre côté. Ces villes plutôt touristiques, quand tu en as vu les lieux à voir, ça devient aussi redondant que cette phrase. Et si tu y retournes encore et encore, ça vaut le coup d’aller voir plus loin, là où ton regard n’est pas poussé à se poser par les Offices de tourisme et les clips promotionnels du département qui s’est pris pour Michael Bay. Sur les marges, du côté un peu industriel, du côté pas beau si l’on s’en tient aux standards, du côté de la ZAC, de la ZI et autres acronymes que l’on n’aimait pas mais qui finalement n’étaient pas pires que les éléments de langage actuels (qui ouvrent le champ des possibles dans une synergie de territoire mobilisant les partenaires sur le coaching d’un pool d’éco-startups innovantes). Bon y’a aussi plein de belles choses qui sont chouettes sur les rebords de La Bresse. Quand je dis belles, c’est selon la norme ISO 9025 qui fixe la beauté réglementaire et républicaine en lien avec le roman national et autres machins morts et inertes.

C’est se dire que les villes mignonnes, ça reste des villes. Avec des gens qui y vivent, qui y travaillent, et que ça génère des choses sur un tissu urbain. C’est se dire que les gens qui ont visité dix fois le centre historique de Colmar et le connaissent comme leur poche ne connaissent pas Colmar, en fait, mais juste un petit quartier de cette ville.

Bref, La Bresse, cette ville que j’adore, et sa grande banlieue à l’infini. Le 9.3 de la vallée de la Moselotte. Le New Jersey vosgien, qui s’étend au-delà du Ruisseau du Chajoux et au bas mot jusqu’à la goutte de l’étang de la Cuve. C’est déjà autre chose que l’East River. La Bresse rpz. Bitch.

La Bresse: l’étang de Sèchemer

Tu connais pas l’étang de Sèchemer? Ah ouais je vois le genre. Bon je vais être clair, on n’aime pas trop les losers par ici. Alors on va tolérer ta présence le temps de ce billet.

Donc, pas trop loin du joli lac des Corbeaux, y’a l’étang de Sèchemer, au-dessus de la vallée, et c’est chouette. Un étang, pour de vrai. Entre lac et tourbière. C’est pas bien grand. Un peu planqué mais pas trop, moins populaire que son grand frère corbac, il a un charme de ces charmes que l’on ne trouve que dans les Vosges. Y’a des reflets en goguette, un fond vaseux que colorent étrangement les rayons du soleil (on pense au Marais des Morts de Tolkien)(on pense à la Terre du Milieu tous les deux mètres, dans les Vosges, tu m’diras), y’a de la poiscaille qui rampe entre deux eaux, y’a du silence quand les promeneurs la ferment, ce qu’ils devraient faire plus souvent dans ce genre d’endroit, y’a pas vraiment de silence en fait parce que y’a des bestioles et des bestiaux, et un léger bruissement dans les branches des sapins qu’on dirait bien un courant d’air. Et y’a ta carcasse au milieu de tout ça, qui a envie de ne plus bouger et de rester là pendant des heures.

Le truc c’est qu’à la saison de ces photos à l’étang et aux alentours, on se gèle pas mal le cul, alors la carcasse elle arrête ses simagrées méditatives ridicules et elle se met en route. Et en rang par deux s’il vous plaît. Hein. Bon.

Le lac des Corbeaux et la sociologie objective

Salut. J’ai bien envie de te dire qu’il y a les Lorrains un peu faibles d’esprit, sans imagination, qui l’été venu, partent dans le Sud se baigner sur des plages tellement bien aménagées que tu peux pas mettre un pied devant l’autre; ils pénètrent une eau tiédasse où les bactéries s’épanouissent, bondissant des mycoses de pieds d’Allemands en surpoids; ils bronzent sur des plages confortables, au sable fin et doux, tellement fin et doux qu’il faut pousser les chairs cramées pour le trouver. Bref, ce sont de petites natures banales et sans envergure, qui perpétuent le dévoiement du bel esprit de l’été 36.

Jusque là, je suppose que tu es d’accord avec moi, tant mon étude sociologique très fine évite les préjugés et la mauvaise foi.

Pour la suite, je te conseille quand même de prendre une bonne inspiration avant de commencer la phrase.

Et il y a les vrais Lorrains, ceux qui savent qu’un lac vosgien est un sommet de beauté, un moment de communion indicible avec une nature complice, ceux qui n’envisagent pas la vie autrement que dans la sensibilité d’une intelligence à l’abstraction redoutable et pourtant ancrée dans la réalité des choses, dans le quotidien poétique de l’essence des êtres et de la Terre, ceux que la fraîcheur d’une régénération aqueuse attire, quitte à jouir de l’instant, quitte à entrer dans l’eau en caleçon du jour tant le bonheur et la sérénité d’une âme bien née s’expriment avec l’autorité d’une spontanéité qui confine au sacré. Point. Soufflez un peu. Allez pas crever, hein. On respire.

Ouais bref. Tu vois l’idée, un lac Vosgien, en l’occurrence celui des Corbeaux, ça tabasse.

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Sur les hauteurs de la Bresse, le petit paradis de la Basse des Feignes

En Lorraine, on a le pays des Hobbits. La Comté. Mais dans la montagne. C’est trop bien foutu, la Lorraine, on a les Hobbits à La Bresse, Sauron avec euh… le monument Barrès tiens, et même Saroumane à Uckange, par exemple. La Vieille Forêt en Argonne, avec sûrement Tom Bombadil vers le Four de Paris ou Varennes. Ah, et puis bien sûr le Gondor vers Montmédy, et Amon Sûl vers le Crany à Eulmont. Voilà. Et des trolls à Dabo. J’oubliais.

Bon, je vais reprendre un peu de drogue, hein.


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Vue de la Basse des Feignes

En octobre, au-dessus de La Bresse, t’as de ces lumières, mazette! Un truc incroyable. Tu te promènes là, sur les chemins du faîte, du côté des tourbières, et tu redescends vers la Basse des Feignes, ses hameaux charmants qui surplombent La Bresse, qui se niche gentiment. Et puis là-bas au fond, le royaume magique des crêtes du côté du Hohneck (même si, je crois, ce qu’on voit à l’horizon n’est autre que l’enchaînement incroyable du Rothenbachkopf et du Batteriekopf). Aaaaaaaah. On est bien.