La nuit et l’église Notre-Dame-de-l’Assomption à Phalsbourg

Une fois j’étais à Phalsbourg, c’était le soir, c’était l’hiver, et il caillait sévère. Phalsbourg en hiver, c’est moyennement la Riviera. C’est pas plus mal tu me diras. J’étais allé faire des photos d’un joli spectacle comme Léa Pellarin sait en concocter. C’était dans la salle de théâtre du centre ville, une fort jolie salle d’ailleurs, et en sortant du lieu, je m’attardai un peu devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, car j’étais garé en face. Dans l’air froid, avec ses éclairages en partie au sol, je suis resté à la regarder, et à faire ces deux trois photos, sans pied, donc pas techniquement orthodoxes. Mais c’était ce moment: sortir d’une heure de conte poétique en bonne compagnie, tout là-bas à Phalsbourg pour le Nancéien que je suis, et cette église dans l’air froid. Quelques bars étaient ouverts sur la place d’Armes, tâches de lumière, et tout ceci humait bon la jouissance d’un moment solitaire et heureux quelque part au fond de l’hiver.

Puis il a fallu rentrer, et arrivé dans le coin des étangs, un brouillard phénoménal à couper au couteau, et une route épique et dangereuse. Mais c’est une autre histoire…

Fin d’après-midi autour de Château-Voué

Château-Voué est un petit village qui se trouve carrément en Moselle, près de Morhange, dans un coin calme. Calme? Désert, oui! Mais c’est une assez bonne nouvelle. Il est perché, comme ça, au bout d’un plateau battu comme un chien par les vents froids. Une tour en ruine qui yoyote, quelques rues, des chiens genre malinois qui sont heureusement derrière un grillage. Terre de chasseurs, que veux-tu… des maisons basses, mitoyennes, profondes et étroites: la Lorraine qui se blottit contre les vents d’hiver, qui plus est sur ce plateau nu. Tout autour, des forêts humides, des étangs, des baraques de chasse, de grosses fermes isolées. Pour moi, le Nancéien, tout un délicieux frisson face à cette hostilité supposée, que les oies véhémentes symbolisent parfaitement. Si la campagne n’est que douceur, gentillesse, lapins souriants et ruraux serviables, proches du bon sauvage, quel intérêt d’être citadin de formation? Faisant fi de tout optimisme, j’avoue que je suis dans mon imaginaire (qui aura changé dans dix secondes) plus Massacre à la Tronçonneuse que gîte rural trois épis, quoi. Au moins, le méchant plouc crasse n’y fait que souligner la bêtise médiocre du citadin. Et c’est bel et bien.

 

 

 

Pour Chambrey, clignoter à droite (mais ça dépend)

Chambrey c’est ce village sur la route de Nancy à Château-Salins, qui domine légèrement la vallée de la Seille. Un peu mais pas trop. Pendant très longtemps, de l’autre côté de la vallée inondée à la moindre goutte de pluie, je voyais le village surnager tandis que je passais sur la route nationale. En effet, qui tournerait vers Chambrey? A part une grenouille ou une carpe, je veux dire? Pour te dire, je ne savais même pas si c’était en Meurthe-et-Moselle, ou déjà «de l’autre côté», en Moselle (tu sauras, c’est en Moselle). Mais erreur! il faut y aller. Féru de Première Guerre Mondiale comme d’autres de point de croix, j’avais entendu parler de la gare allemande de Chambrey, que l’on voit sur ces photos. J’ai donc mis mon clignotant à droite un jour (jeu: devine d’où je venais) et pouf, je suis tombé sur la gare. Ma détermination avait payé. Surtout que bon, comme détermination, c’était pas de ouf.

Ah bah oui. Effectivement, ça aurait été dommage d’ignorer le lieu plus longtemps. Les Allemands et leur propension à frimer à coups de parpaings. La gare de Chambrey, première gare allemande que l’on rencontrait pendant l’annexion en arrivant de France, elle en jetait pas qu’un peu, avec en plus ses quais calculés pour des chevaux et de l’artillerie. Eh bah oui, si vis pacem et tout l’toutim. La gare de Chambrey faisait passer les gares françaises du coin comme celle de Moncel pour de vulgaires cabanes de chantier. Du coup, bien joué les mecs, on voit bien qu’en Allemagne c’est mieux (rappelons que l’annexion de 1873-1918 était une véritable assimilation, donc il y avait côté impérial une volonté de montrer aux Mosellans et Alsaciens qu’être Français, c’était quand même la lose et que c’était mieux comme ça).

Ah et puis Chambrey s’est pris l’automne 44 en pleine gueule. 1944, dans le coin, c’était pas spécialement la fête à Bébert, hein, ça a quand même un peu frité. Donc Chambrey, complètement bousillé, s’est reconstruit sur place. D’où le peu de portes de granges traditionnelles, et surtout l’église moderne qui quoiqu’on en dise a de la gueule, là, sur sa hauteur. Voilà c’était Chambrey, et à la fin, même, des reflets à la surface de la Seille, comme quoi si j’veux je suis moi aussi un grand romantique allemand, ou mosellan ou français, je sais plus trop.

 

Metz, derrière la gare, derrière le Pompidou

Cette drôle de relation avec Metz. Not’ bonne voisine. Moi je suis le Nancéien, alors Metz, je t’avoue que je ne sais pas vraiment de quoi je parle. Ces derniers temps, pour des raisons familiales non dénuées de franche camaraderie, je vais plus souvent à Metz. Si en un sens je reste un peu hermétique à cette ville si proche et pourtant si différente de la mienne, il n’en reste pas moins que cette incapacité que j’éprouve à m’en emparer, à la toucher, à la laisser me toucher, ça crée de la fascination. La fascination de cette inconnue exotique et pourtant si voisine, exotique et pourtant si froide. Je survole toujours un peu Metz, je ne m’y sens jamais totalement à l’aise. Je me sens chez moi au Tréport, à Caen, à Auxerre, au Havre. Pourquoi Metz se refuse à moi?

Finalement, sortis des beaux quartiers pittoresques, Metz me parle, tout de même, quand elle déploie ses blocs. Me voici en terrain mieux connu, plus familier, moins inquiétant. Malgré une diversité bien plus grande qu’on ne croit dans ces quartiers aux arrêtes tranchantes, il n’en reste pas moins que ce sont des textures, des grammaires qui ont à voir ensemble. Et comme à Nancy, comme ailleurs, comme à Metz, j’ai cette affection pour ces quartiers de béton pesant qui me sauve et me rassure. Alors allons-y, un peu de Metz, un peu de blocs.