On ze road en Lorraine: les petites routes de Meuse

Je tiens pour acquis que certains coins de Meuse, comme la vallée de l’Aire, sont un peu notre Far-West à nous. A tous points de vue. Je ne sais pas ce qu’il faut penser de ce que je viens d’écrire. Est-ce positif? Négatif? C’est surtout sans importance, on n’en est pas à compter les bons points et à attribuer des prix d’excellence, fort heureusement. Laissons les synergies innovantes et les syncrétismes productivistes là où ils sont bien. Toujours est-il que dans ces coins-là, j’ai toujours en tête que tout peu arriver. Encore une fois, je n’ai pas la moindre foutue idée de ce que j’entends par là. Je dirais simplement qu’ici peut arriver tout ce qui n’arrive pas ailleurs en Lorraine. D’aucuns diront qu’il ne s’y passe rien. Ce serait oublier les gens qui vivent, travaillent, copulent, mangent  et rient ici, comme partout, ou oublier les cycles naturels. Les frondaisons des bois meusiens sont le siège de multitudes d’événements, en permanence. Par exemple. On est au spectacle animal, au théâtre végétal. Mais ça, faut bien être une bourrique nancéienne pour croire que si c’est pas dans une salle de spectacle, ça doit pas valoir la peine d’être vu. Bien sûr qu’il se passe des choses ici. Simplement, on est assez loin des normes citadines -ici, point de « villages fleuris » aux normes du concours, mais des cuves à fioul rouillées sur les usoirs; on a d’autres contingences- et du point de vue de citadin que j’adopte, il peut se passer n’importe quoi, et un peu plus encore, parce que les routes bien tracées auxquelles on est habitué sont ici moins visibles. Eh bien. C’est plutôt rassurant. Je ne sais pas si c’est bien, ou beau, ou bon. Ou même mieux. Mais moi ça me cause. Même si en fait, on n’y est pas au Far West. Qu’on est souvent quand même et quoique j’en dise à proximité immédiate des normes de la ville. Mais ce qui compte, c’est ce que ça te fait quand tu le vois. Et moi, je vois des vampires antédiluviens dans des forêts inviolées des Hauts de Meuse, autant que des sangliers mutants imbibés de pesticides et d’engrais chimiques balancés au quintal par centimètre carré dans la Woëvre, et des cuves à fioul qui s’imbriquent entre elles à la faveur d’une volonté ambigüe pour constituer des robots cradingues en marche vers Hollywood en vue de défoncer la gueule de Michael Bay et de ses Transformers tout brillants et tout propres comme des caniches à leur mémère. Je crois que je préfère les légendes grises un peu païennes. Et un peu râpeuses. Je crois que je préfère la Meuse.

Entre Lacroix et Rouvrois-sur-Meuse

Lacroix-sur-Meuse

Troyon

Villers-sur-Meuse

Récourt-le-Creux

Entre Heippes et Rambluzin
Entre Heippes et Rambluzin

 

Entre Saint-André-en-Barrois et Heippes
Entre Saint-André-en-Barrois et Heippes
Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois
Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois

 

Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois
Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois
Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois
Entre Bulainville et Saint-André-en-Barrois

 

 

Bulainville

Bulainville, le temps s’est arrêté. Sur la commune de Nubécourt aujourd’hui, le village de Bulainville s’endort doucement au fond de la Meuse. C’est toujours comme ça que je l’ai senti. La maison où j’étais accueillis aussi. Lui est parti, un gars du coin, lui, envolé paisiblement nous dit-on. Le gars qui aimait les forêts et la justice, le syndicaliste chrétien à l’Équipement, et qui aurait voulu faire garde forestier. L’austère patriarche qui savait tout faire. Elle, survivante, car c’est de ça qu’il s’agit, elle s’endort lentement, seule dans la belle maison vide avec ses fenêtres en brique, ses enfants viennent la voir très souvent, mais elle est bien seule quand même, et c’est dur, et pour tout le monde. La vieille meusienne qui avant, n’était pas française, mais encore italienne, naturalisée peu avant 1939, arrivée en Meuse après une prime enfance près des carrières de la région parisienne où travaillait son père piémontais, avant d’être mineur au Pays Haut lorrain. Son père qui détestait les gendarmes, pour qui avoir un gendre de la maréchaussée avait été vécu comme un déshonneur. Elle qui s’est battu à l’école, à Rouvrois-sur-Meuse, quand on l’avait traitée de « macaroni ». Des gens durs à l’émotion, rêches, même, un peu, pessimistes et méfiants par principe et anxieux du manque et du qu’en dira-t-on. Ces très vieux Meusiens qui n’ont pas tant changé que ça, depuis que Genevoix les a décrit et 1915…

Des photos de Bulainville en 2001, que c’était encore le bon temps au village, et un bon voyage là-bas/là-haut/nulle part au Raymond, et une grosse bise à la Joséphine.

L’église de Rouvrois-sur-Meuse

Rouvrois-sur-Meuse, c’est le genre de village meusien où il y a du passage, parce que c’est la vallée, parce que c’est sur la route de Saint-Mihiel. Pourtant c’est tout petit. Tu peux aller boire un coup au Chardon Fleuri, c’est sympa. Tu peux aller faire un enterrement à l’église. Bref, ce qu’on fait quand on va y passer un week-end.

Sinon, on écoute un peu Michel Serres, et c’est bien d’écouter ce qu’il raconte, parce que bon dieu, on a besoin de gens qui disent des choses comme ça.