Quand soudain, il faut amener le minerai à Maxéville

Autour de Nancy, il y a les mines. De fer. Et beaucoup plus qu’on ne croit. Parce que toute l’attention a été captée par les grandes structures et les épopées du Pays-Haut, parce qu’autour de Nancy, ce furent beaucoup de petites mines, parce qu’elles ont fermé très tôt. Arbed à Maxéville en 1967 et la dernière, le Val de Fer, le 31 décembre 1968. Bien avant avaient fermé celles de la plupart des communes à l’ouest de Nancy, de Ludres à Chaligny, et au nord jusqu’à Dieulouard ou Custines. Plus à l’est, il y avait Lay-Saint-Christophe, Blanzey à Bouxières-aux-Chênes, et Amance.

La mine d’Amance a fermé en 1936. Raté pour les congés payés. Elle a toujours été modeste et a produit un minerai de qualité très moyenne. Mais la modestie n’empêche pas de mettre les moyens qui vont bien. Le «tacot de la mine», un train pour ainsi dire, circulant sur voie étroite, reliait la mine à la gare d’Eulmont-Agincourt, au Piroué, sur la commune de Dommartins-sous-Amance (parce que c’est mieux quand c’est pas simple). Là, on déversait dans des wagons sur voie classique, qui venaient acheminer les produits de la mine aux hauts-fourneaux de Maxéville. Le tout via le pont de chemin de fer au Moulin Noir, à Lay-Saint-Christophe, où se trouve aujourd’hui une passerelle bien connue des promeneurs et cyclistes qui s’aventurent au nord de Nancy. Alors d’accord, tu me diras, un pont pour traverser la Meurthe, cours d’eau mineur sans grande importance, admettons.

Mais pour traverser, au pied du petit mont d’Amance, cet obstacle titanesque, comment ont-ils fait? Mais si! L’obstacle titanesque, là… tu vois pas? Mais bon sang, le ruisseau des Étangs! Quand même! Voie d’eau structurante à l’échelle cosmique!

Blague à part, le ruisseau des Étangs, qui descend du plateau au nord, représentait un obstacle à franchir, en pied de colline, avec un dévers important. Un pont sur des piles en pierre de taille fut installé. Et, ce qui est chouette, c’est qu’aujourd’hui, quand tu te promène dans les jolies prairies qui longent le ruisseau des Étangs, en slalomant entre les meutes de tiques affamées, tu tombes sur les anciennes piles du pont. Elles sont plus visibles en hiver, mais la végétation en été leur donne un certain romantisme. Les voici donc, en quelques photos, y compris celles que l’activité humaine nécessaire a fait tomber.

Le chemin de Dommartin à Blanzey

L’est un chemin qui part de chez moi, juste après le cimetière, et qui file vers Blanzey, sur la commune de Bouxières-aux-Chênes. C’est de loin pas le plus bucolique du secteur, il fait avancer en bordure du petit plateau de Dommartin, entre le ruisseau de Gencey et celui des Étangs, longeant des lieux aux noms fantastiques et modestes, comme « Les Fortes Terres », « La Fin de Bouxières », « Pierre Moulin ». A droite, le ruisseau et tout de suite les pentes vertes du Petit Mont d’Amance, à gauche, des champs monotones légèrement bombés qui viennent tout là-bas, au-delà du ruisseau de Gencey, buter sur les contreforts du plateau de Malzéville. Mais je l’aime bien parce que justement, avant d’aborder la montée vers Blanzey, il a des petits airs de sentier hostile, battu par les vents, il me fait penser à Brel, il a des côtés aventure à deux francs six sous. Il y a les arches de l’ancien pont du train de la mine d’Amance, et le ruisseau d’où sortiront sûrement en rampant un jour des créatures du ruisseau noir, ceux des toutes petites profondeurs. En hiver, les lumières sont assez sales, délavées, la saison, si laborieuse, pleure sur sa copie et l’encre coule et se délaye dans le ciel. Les végétaux ont ce vert sombre de ceux que la gelée veut frapper, qu’elle caresse en fredonnant, en attendant que les températures baissent assez pour pouvoir y planter ses crocs. Ce même chemin en été est riant, ensoleillé, bordé d’un long mur de mûres où les gosses viennent se repaître en vélo. Je l’aime bien ce chemin, parce que chaque saison y trouve une page vierge pour s’y exprimer. Voilà pourquoi. En ce moment il est un peu triste et pourquoi pas inquiétant. Et c’est très bien comme ça.

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Le pont du chemin de fer de la mine d’Amance

La quoi? La mine d’Amance? Bah oui, la mine d’Amance, un peu oubliée, et pourtant, mon coco, les hauts-fourneaux de Maxéville, un peu oubliés eux aussi, tu crois peut-être qu’ils tournaient à la crotte de bique? Ah, grand naïf. Et le minerai, hein? Tu crois qu’il y allait comment? Sur ses petites pattes? Ah ah ah. Non. Il empruntait un chemin de fer à voie étroite qui rejoignait la gare d’Agincourt au Piroué. Et comment il traversait ce relou de Ruisseau des Étangs qui descend d’Eulmont, insouciant de la glorieuse marche du Progrès? Grâce à la lévitation… Mouhuhuhuhu. Es-tu bête, jeune béotien. Avec un pont. Un PONT, tu as bien entendu. Et ce pont était porté par Musclor peut-être, hein? NON. Trois fois non. Il était porté par des arches en pierre. Et comment on en apprend plus? Hein? En attendant la science infuse pour tous peut-être? J’crois pas, tu vois. J’crois qu’il vaut mieux aller voir le site de référence sur Amance et cliquer sur les liens adaptés. Tu sauras faire? Ça ira? Bon. Alors je te laisse, en confiance, avec des photos des traces conséquentes qu’il reste de ce pont.

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Sur le chemin de Dommartin à Laître, je pense à n’importe quoi*.

[AVERTISSEMENT: toute situation ressemblant à n’importe quoi dans ce billet ne serait que fortuite chose de… du… chose qui serait par erreur… ou euh… bon. C’est clair ou quoi?]

Alors je marchais comme ça dans la bouillasse entre Dommartin-sous-Amance et Laître-sous-Amance, de la bonne bouillasse lorraine bien gluante, comme seule une pente de Petit Mont d’Amance sait en produire, à la faveur d’un remembrement et d’une mécanisation agricole idoine qui lui ont enfin donné toute liberté d’expression. Bref, je pataugeais, mais en un sens j’étais content, parce que patauger, c’est relativement marrant, mon âme d’enfant et tout ça. Ça a l’air débile, comme ça, on se croirait dans une chanson à la con de Bénabar ou de Grand Corps Malade, ça fout les jetons, mais en vrai c’est bien.

Vers le nord, le paysage est assez nu, quelques lignes électriques font de l’œil à l’horizon, mais je n’ai pu les charger, car ma lance était en panne et la réparation est dévolue à la sous-traitance qui du coup a d’autres chats à fouetter, et Sancho a été licencié hier vu qu’il fallait réduire les coûts. Le secteur « écuyer » a été privatisé, et la boîte a estimé à la lumière d’un audit qui lui a coûté un bras qu’il fallait rapidement qu’elle fasse des économies. C’est rigolo ça d’ailleurs. Du coup, pas de lance, pas de Sancho, je me suis détourné, et j’ai piqué des deux mais à pied, ce qui ne rend rien, vers Laître.

Je suis resté en admiration devant les arbres nus avec leurs touffes de gui, qu’on les croirait posées là juste pour faire beau, alors que leur but est de parasiter (ou plutôt d’hémiparasiter, si je puis dire) leurs hôtes qui dodelinent gentiment au-dessus du filet d’eau du Ruisseau des Étangs, descendu comme un saumon enragé gavé de testostérone et de Benco depuis le vallon du Crany à Eulmont. Tiens, c’est là que j’ai pataugé grave d’ailleurs. Car mécanisation et remembrement, mais aussi ruissellement à foison. Gadoue. Splotch, pieds joints, plaisirs futiles.

Au-dessus, côté horizon nu, le cimetière de Dommartin fait son solitaire, un peu comme si on était dans le Plat Pays, mais y’aurait des bosses. Allez, je peux encore rentrer. La pluie menace.

Dommartin n’est pas loin. Le feu, la cheminée. Ah. Oui mais la gadoue. Les pieds joints. Les dérapages boueux… oh, hé, on continue.

Et puis le gui dans les arbres, qui est sur les rangs pour devenir un motif récurent pour moi.

Dommartin s’éloigne irrémédiablement, le Pain de Sucre ferme la vallée, le ciel descend d’un étage, la bruine fait des caresses. C’est pas grave la bruine.

Les chevaux. Ici ça a l’air important les chevaux. Les gens dans le village ils ont des chevaux. Y’a du haras. Y’a du galop dans les prairies. Y’a des traces de sabots sur le chemin.

Le cheval de transport en département, le TED, passe en hennissant son gazole sur la route, là-bas, couvé du regard par la ferme de Monteux, vieil établissement qui s’accroche aux pentes du Pain de Sucre.

Le TED va à Dommartin. Bon dieu. Le village me tente bien. Quand même, la cheminée, un bon bouquin… la vue sur la maison-forte qu’on voit au sommet du village… raaaaaaah. Mais non. Je ne peux pas céder. Pis de toutes manières je suis collé dans la boue, je peux plus reculer. Ni avancer, tiens. Ah merde.

Oh! Mais je suis presque à Laître! La ferme de Maison Neuve, juste avant l’entrée du village! Je hurle, je hurle, je suis coincé dans la boue. Peut-être m’entendront-ils? Et là hop, qui je vois débarquer? Vladimir Poutine! Soi-même. Ouais. Sur un destrier blanc pécho à un chef terroriste caucasien. Ouais. Comme j’te l’dis. Et là, il me libère de la boue, alors je caracole, mes yeux s’embuent de larmes de reconnaissance. Je lui fais un croche-pied (comment ça il est à cheval? J’t’en pose des questions?). Il tombe dans la boue. Il est mon prisonnier. Ah ah ah bien eu, le Vladimir. Sale con, va. Bon. J’en étais où? Ah oui, enfin libre, je repris ma route vers Laître qui n’était plus qu’à quelques encablures.

Du haut de mon nouveau statut de tombeur de Poutine (phrase qui pour un québecois peut sonner bizarrement), je me retourne et observe mes terres en niquant les dents du tsar à coups de bottes, mais en conservant le regard bien droit sur l’horizon pour lui montrer mon mépris. A ce foutu enfoiré. Ah! mégalo de mes deux, tu peux pas lutter contre du Lorrain, fort de quatre siècles de consanguinité, je suis puissant comme un Tchétchène et rusé comme un Ukrainien. Si. Grand Couronné boyz masta o’ puppets nique tout, pour si tu savais pas.

Tiens? Mais voilà-t-y pas que c’est Laître qui apparaît à l’horizon? Ah! je vais aller leur parler de moi et de ma victoire sur Poutine. Voir si ça les impressionne pas un peu. Pis comme ça je raconterai moins de conneries. [ou pas] (ouais non, je fous des crochets pour me désolidariser de moi-même rédigeant une fin avec un « gimmick » aussi pauvre que « ou pas »).

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*L’auteur tient à préciser qu’aucune drogue n’a été maltraitée ni blessée durant la rédaction de ce billet.

A bientôt pour de nouvelles aventures à la découverte de mon nouvel environnement.

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Elle est pour toi celle-là, Vladinounet: