Échappé à Châtel-sur-Moselle

Moi le jour où j’ai une Fuego qui remonte le temps, je pars pas au Far-West (ah, la Bretagne!), ni dans le futur (ah, le quartier ̶N̶a̶n̶c̶y̶ ̶G̶r̶a̶n̶d̶ ̶C̶o̶e̶u̶r̶  Nancy Gros Cul!), mais bien dans les années 50. En allant à Châtel. Et pas à 88 miles à l’heure hein. Calé à 110 sur l’E23, comme tout le monde. Parce que Châtel fait partie de ces petits endroits qui pour partie sont restés quelque part loin derrière les sirènes de cette saloperie de start-up nation, d’économie de marché et toutes ces foutaises instantanées et superflues qui en particulier dans les grandes villes nous collent aux basques comme le pire des chancres. A Châtel, comme à Nomeny, Xertigny, Blâmont, Mirecourt, Saint-Mihiel, il reste de cette intemporalité qui fait du bien. Châtel n’est pas que ça. Mais c’est aussi ça. Pourtant c’était pas mieux avant. Les gens ont toujours été capables d’être cons de tous temps, et on idéalise beaucoup trop les années passées. C’est pas une question que c’était mieux. D’ailleurs, je parle pas d’hier, je parle d’aujourd’hui. Et aujourd’hui, c’est reposant ces quelques repères, ces quelques permanences modestes, ces lieux que le rouleau-compresseur a oubliés. Pas forcément pour leur bien d’ailleurs, souvent ça crève, par ici, les petits commerces sont partis et le centre dépérit, comme en maints endroits. Mais en attendant, vu de l’extérieur, on s’y sent en paix. Sans sollicitions d’écrans publicitaires lumineux, sans circulation étranglée, sans flux de gens pressés bondant les trottoirs, sans grands magasins, sans injonctions de perfection, de bonheur, de corps sain, de performance.

Alors Châtel, c’était un vrai bol d’air.

(le noir & blanc c’est pas pour faire rétro bourrin ou quoi, c’est surtout que ça allait bien avec la lumière de ce jour-là)

(et oui, je sais, je dis aussi souvent que j’aime les ventre-villes grouillants et frénétiques, ça reste génial d’y errer en dehors du flux pour observer ce dernier… je suis pas à une contradiction près, hein. Et heureusement, la contradiction c’est savoureux, ça se mange sans faim…)