Information informative

Y’a quelques nouveaux liens à droite, là. Pas trop mais un peu.

Y’a aussi une nouvelle rubrique «Hall of Fame». A droite aussi. C’est moche mais c’est comme ça.

Elle contient des noms de gens que je connais, et des noms de gens que je ne connais pas. Mais c’est toujours un hommage. A un moment donné, c’est dur de pas dire merci.

Bien entendu, c’est un premier jet, et ça s’étoffera lentement avec le temps…

Revenons aux choses auxquelles on veut revenir

Après ce scandaleux billet d’aujourd’hui dans lequel je t’expliquais comment je sais tout mieux que tout le monde grâce à mon goût incroyable, revenons aux trucs chouettes. Comme par exemple des gens à aller voir à la Biennale de l’image de Nancy, et il te reste que demain, dimanche, ça va être chaud. Sinon tu peux aussi suivre ce qu’ils font sinon, hein. Ça empêche pas.

Alors.

Isabelle Chabot. Une série sur des gens dans leur jus, un peu comme toi et moi, leur jus de quartier, de «grand ensemble». Avec quelques paroles sur leur quartier, et puis quelques paroles sur ce que serait «ailleurs» pour eux. Ça ressemble à ce que j’aime bien faire. C’est pour ça, sans grande originalité de ma part, ça m’a beaucoup causé, ces portraits dans le quartier, toujours couplés avec une photo du quartier. Et puis y’a du texte, et moi, souvent, les photos sans texte, j’ai du mal de me concentrer réellement, je dois être un peu scolaire.

C’est pour ça que Vera Fon Sing. Alors là aussi, bon dieu, c’est chouette. Portraits intimes de personnes séropositives à Maurice, et récit de leurs espoirs, de leurs souffrances, de leurs regrets, de leurs joies. J’ai entendu dire par des visiteurs que c’était plombant. Moi je le trouve relativement heureux, ce travail, en particulier à la lecture du bouquin idoine. Il renferme plein de bouts de l’idée, tant dans le texte que dans l’image, que les gens vivent malgré tout, et malgré la gabegie des pouvoirs publics et de la société à Maurice à leur égard. Qu’ils vivent malgré tout, et même s’ils en crèvent aussi. C’est très très chouette.

Du coup, j’ai beaucoup aimé Irène Jonas, qui parle dans des images très dures et très tristes, mais aussi extrêmement courageuses, de l’agonie de son père, à l’hôpital et chez lui. Jusqu’au bout. Quand tu l’as pas vécu, c’est peut-être plus compliqué à aborder. Voire dérangeant. Insupportable. Mais si tu es passé par là, tu sais la dose d’amour désespéré qu’il faut pour faire ces photos, prises au sein d’un univers gris, aseptisé en surface, terriblement angoissant dans le dedans, un univers dans une apesanteur morbide, un temps aux nuit sans fin, et où tous les matins semblent un répit, une renaissance, une victoire temporaire et douloureuse, et une nouvelle épreuve en attendant la fin. Voilà comment je vis ça, comment ces images vont alpaguer des choses au cœur de mes souvenirs de ça. Peut-être aussi que si tu l’as vécue et suivie ainsi, cette mort d’un proche, tu n’as pas envie de la revoir. Ça peut aussi être une réaction. Compréhensible. Et preuve de la force de ces photos…

Olivier Brossard. Plus succinctement, une belle série sur la route, vaporeuse et inspirante. Peu de choses à dire, on entre là dans des impressions que je maîtrise mal. Mais ça donne envie d’écrire.

Jacques Desablens a donné une série très violente sur de gros plans de destruction d’immeubles à la pelle mécanique. Avec une foule de détails poignants. Parce que je suis un peu sensible quand un bâtiment est détruit, et rapidement ému. C’est comme ça, ça doit avoir un lien avec des trucs au fond de mes tripes, une fois encore, un lien qui me reste inconnu. Ou en tous cas informulable.

Je n’oublie pas Christophe Hargoues avec une très chouette série de transports, mais de transports en déroute, de longs transports, et des endormissements, des plongées individuelles qui s’ensuivent. Tu prends de longs trains, la nuit, ou de courts trains, mais aussi la nuit, et tu vois tout ça dans tes impressions. Ça dégouline. Le train de 0H01, qui me ramenait chez moi, à une époque, après le travail. Pendant trois mois. J’y pense immédiatement, à ces trente-cinq minutes de somnolence, et la vision de mes rares congénères en apnée, les yeux vitreux. Voilà, même si ce n’est pas exactement ce dont il cause, c’est à ça que je pense. On fait avec ce qu’on a.

Globalement, c’était plein de trucs chouettes (comme Jean-Charles Thomas), et c’était bien.

Regarde. Lis. Sinon.

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Voilà. Maintenant que je vous ai causé des autres qui m’impressionnent, je vous invite dès demain si j’ai envie à revenir lire et voir un billet un peu moyen, sûrement très égocentrique et assurément auto-satisfait.

Amance

Comme disait Kansas, c’est un peu la tournée des «Highlights» de ma vallée, hier Blanzey, aujourd’hui Amance. Comme on peut pas tout faire, il manquerait les coteaux d’Amance et Laître, le lavoir d’Amance, le Crany à Eulmont, l’église de Bouxières-aux-Chênes, de la forêt de Brin et l’étang afférent, la Bouzule, Fleufontaine, certains coins du plateau de la Rochette, le Pain de Sucre… ça manque pas de chouettes lieux à voir, par chez moi, et sur une toute petite surface. Ce qui est chouette, c’est que c’est comme ça partout.

Mais comme on était dans une phase de tourisme initiatique, on a bien entendu commencé par les appâts qui font revenir. Ainsi, Amance. Nous faisions visiter à des Mosellans de tout là-bas, là où qu’on n’a jamais été aussi proches de l’Alsace sans jamais autant s’en défendre. Là où on va pourtant volontiers en Alsace et à Strasbourg, et où on ignore superbement Nancy et sa région, qui sont bien, sans aucun doute, «de l’autre côté»; Un autre côté bien plus éloigné que l’Alsace qu’il faut pourtant atteindre en traversant les Vosges du nord.

Les différences culturelles et linguistiques, qui sont jolies et luttent contre l’uniformité lassante d’un monde lisse et efficace, sans une pointe de rugosité, valent montagnes quand il s’agit de les franchir. Mais ça se fait aisément, d’nos jours, savez. Si l’autoroute traverse les Vosges à Saverne en rigolant, on a aussi, tout en y tenant, et tout en défendant nos cultures locales, appris à prendre des autoroutes mentales pour discuter entre cultures différentes, qu’elles soient de Moselle ou de l’autre bout du monde, des cités de Nanterre ou d’un village d’Ardèche. Y’a rien de plus simple, si on y met du sien. Et ces particularités, ces grosses différences que je ne veux surtout pas voir gommées, ça nous fait des trucs à nous raconter et à échanger et à rigoler parfois un bon coup. Sinon on causerait boulot, carrière, performances des gamins, météo, insécurité, propriété privée, impôts et pognon toute la journée, et c’est vraiment pas ça qu’on veut, hein? Quoique la météo, c’est quand même super important.

Moi j’aime bien savoir d’où je suis, et où je suis, connaître mes lettres classiques et aimer mes contemporains dynamitant les lettres classiques. Parce que tout ça me constitue bien, ça me pose les pattes quelque part, sûrement dans une bonne et corpulente contradiction, et cette contradiction, ça me donne un pas solide pour y mettre une porte et la laisser ouverte à qui veut entrer, d’où qu’il vienne. J’ai besoin de mon accent, de mes mots, de mon folklore, de mes particularismes pour mieux m’en moquer, en être heureux et les aimer avec une grande humilité, maîtriser les codes pour jouer avec; j’en ai besoin pour aborder ceux des autres, les écouter, les comprendre, parfois les adopter quand ils me plaisent. Savoir d’où je viens, connaître et aimer mes origines, c’est de là que je peux devenir Serbe ou Lapon demain si je veux, mais sans me perdre dans le reniement, sans brader mon indépendance. C’est aussi de là que j’adopte un Turc ou un Japonais comme un Lorrain à part entière, sans exiger de lui qu’il se perde dans ma propre culture et qu’il se torde pour convenir à mon nombril.

En gros, «viens comme tu es», et on verra après.

J’en ai besoin, de mon local crasse, pour ne pas me perdre dans les globalisations ultra-libérales qui lissent tout au bulldozer, ou les nationalismes/régionalismes exclusifs qui uniformisent tout dans une culture figée qui se prend beaucoup trop au sérieux. Ce ne sont que les revers d’une même médaille qui me déplaît fort.

D’ailleurs, si je voulais faire du mauvais esprit lorrain-nancéien, je te dirais que c’est quand même plus simple d’échanger avec un Afghan ou un Polynésien qu’avec un Alsacien, non? Non? J’ai pas raison? J’ai pas raison?

Sur cet humour badin, et ces considérations qui oscillent entre anarchisme rural autogestionnaire et internationalisme urbain marxiste et prolétarien, rêvant de leur compatibilité, et avant d’aller relire un peu Élisée Reclus pour mettre, c’est un comble, de l’ordre dans tout ça, je vous laisse avec des images du beau village d’Amance au sommet de sa colline.

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En passant, les Mosellans sus-nommés disaient, là-haut: «on n’imagine pas qu’il y a ça à une heure de chez nous, on se croirait dans le Sud, qu’est-ce que c’est dépaysant!». Bah ils pouvaient difficilement me faire plus plaisir. Les gens qui ont encore la capacité de s’émerveiller de tout, de mettre de côté deux minutes leur cynisme (qui peut être marrant et parfois salvateur au demeurant) et de voir de l’exotisme à cent bornes de chez eux, je les aime, globalement. Ce sont les mêmes qui continuent de trouver que c’est incroyable de voler dans un avion, c’est tellement surnaturel de voler, pour un humain, et qui sont excités comme des puces, même si c’est leur dixième voyage dans les airs. Ceux qui au décollage lisent le journal sans sourciller et sans la moindre émotion portent en eux le cadavre putréfié du gamin qu’ils ont été et sont à mon avis dans un état proche de la mort cérébrale, des robots productifs et efficaces, sans épaisseur, sans grain, sans écorchures, sans sueur et sans odeurs. Le bruit et l’odeur, c’est surtout de la vie, quoiqu’en pensent certains pantouflards.

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Groupe d’humains émerveillés à Amance. 2014. Pourvu qu’ça dure.

Verdun, ça dépend

Ce billet pourra être curieux. Parce que le texte n’ira pas trop avec les photos. C’est la Meuse. Nanti d’un camarade parisiano-brestois fort peu informé sur les sites de la Première Guerre Mondiale en Meuse, et au profit d’une journée fort pluvieuse, mais bien dans le ton, nous partîmes résoudre ce problème, quitte à passer une journée de février un peu sinistre. Mais en réalité, nous avions Verdun comme objectif à cause d’un concert se déroulant le soir à la MJC du Verdunois, à Belleville-sur-Meuse. Je vais donc vous parler de cette soirée à Verdun, car si je suis allé souvent à Verdun, je n’ai jamais eu l’occasion d’y faire un samedi soir… mais les photos parleront de notre passage crépusculaire à Douaumont. Comme ça on pourra dire à la fin de ce billet qu’on a vu des images prouvant combien la Meuse du front est sinistre, et lu des trucs comme quoi on est bien accueilli en Meuse, et qu’on y passe de bons moments.

Parce que voilà, après notre périple se finissant par le crépuscule à Douaumont, nous redescendons dans Verdun, avec deux heures à tuer avant d’aller au concert. Et que font deux gars qui ont deux heures à tuer? Ils cherchent un bar, bonne réponse. Garés à la cathédrale, car dans mon infinie connaissance des lieux, je voyais Belleville de ce côté-là, nous nous transportâmes vers les lumières de la ville basse, et les quais, dont le quai de Londres, car mon souvenir infaillible m’y faisait situer quelques enseignes. Et puis, on avait bien besoin de faire la coupure d’avec cette journée qui quoi qu’instructive et sans aucun regret, avait été solitaire, froide, et triste.

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Mais moi, j’avais un foutu préjugé. Un bar. Sympa. A Verdun. Non mais ça va pas bien? Dans ma majesté nancéienne, je considère en effet, comme de bien entendu, que toute cité lorraine autre que Nancy n’est qu’un entassement de bâtisses précaires desservies par des voies boueuses ne menant à rien. Et pourtant. Nous passions ainsi devant divers établissements donnant sur les quais déserts, plus ou moins tentants, annonçant leur soumission à la Diekirch, très présente à Verdun. Après plusieurs passages, nous décidâmes de nous fixer sur un genre de pub étroit. Le Vivian’s Pub & Pasta.

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Bonne pioche. D’emblée, il fait chaud, et il y a deux places libres au comptoir. Les gens sérieux vont au comptoir. Les chaises et les tables, c’est un truc de bourgeois. Si, si, discute pas, c’est scientifique comme truc. Et d’emblée, on finasse un peu sur les pressions, quelle pinte choisir, nom de dieu, quel dilemme sans fin. Nous nous fixons sur une bière rousse pas désagréable, étant entendu que de toutes manières, toute bière, après cette journée, était bonne à prendre.

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Faut dire qu’on était très bien reçus. Comprendre par là que le tutoiement sans distance est de mise immédiate, mais tu sais, pas ce petit tutoiement froid sournoisement snob des mecs un peu cools de la ville, non, le tutoiement normal de bistro, cet endroit dans lequel personne ne devrait jamais être un étranger ou un public à épater. Ajoute à ça que les deux autres clients étaient causants, que la serveuse, charmante, ne l’était pas moins, que la patronne daronne l’était encore plus, nous voilà avec quatre personnes sympathiques, comme à la maison, à boire des bières.

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C’est quand même bien agréable. Voilà qu’on cause de tout et n’importe, t’es d’où toi, comment t’es arrivé(e) là, et Verdun alors, et le quai de Londres, et la guerre, et le «beau» 1er régiment de chasseurs (je ne vois pas comment un régiment peut être beau, hein, mais la causette au bar, c’est aussi des choses inexplicables), quelques faits divers, des vannes régionales. Et surtout de la bière, et aussi un peu lire le journal. On relance une deuxième pinte, même si le temps passe vite dans ces lieux, mon comparse s’intéresse à une blanche au rhum que je goûte dans son verre, et qui m’arrache un cri de haine. Je me rabats sur une Diekirch, tiens, pour faire couleur locale.

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Bon sang, on est bien dans le troquet, là. On se rencarde sur le chemin à suivre vers la MJC du Verdunois, à Belleville-sur-Meuse. Oui, à Belleville. Pourquoi je la voyais près de la cathédrale, ça reste un mystère… du coup il va falloir marcher un peu pour rejoindre les lieux, plus que prévu. J’anticipe aussi que le retour va nous sembler long. Mais pour le moment on termine notre pinte, quelques habitués passent, ça reste convivial, personne ne s’en plaint… dehors il fait frais, le quai reste assez désert, notre refuge va être dur à quitter.

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Vinguette, faut quand même qu’on bouge, c’est que le temps passe. On flirte avec la Porte Chaussée, on traverse la Meuse, et suivant les indications données au bar, on part à gauche, et roule ma poule. La route vers Belleville est d’emblée sinistre et sans vie. Personne à la ronde. On en vient à douter. J’avise au loin un vieil homme boiteux qui m’inquiète un peu. Le vieillard, pourtant, sous sa casquette qui nous cache encore un peu plus son visage que sa position bancale, se révèle un type foncièrement accorte, qui nous indique le chemin, amical comme pas deux, souriant et badin. Décidément, Verdun, c’est un grand désert parsemé de refuges chaleureux et de voyageurs solitaires fortement amicaux. Et ça se confirme. Nous inquiétant à nouveau sur la distance restant à parcourir, nous entrons dans une boulangerie. Ni une, ni deux, la madame nous jauge et avec un sourire nous dit: «vous cherchez le concert, hein?». Bah oui, qu’on le cherche. Nous apprenons que nous ne sommes pas loin, nous causons un moment avec elle et sa cliente, on rigole encore bien, qu’est-ce que les gens ont à être gentils comme ça, bon dieu, c’est effrayant. On mange aussi, des trucs gras qu’on lui achète. Une bonne raison de plus pour elle d’avoir le sourire. Elle nous avertit: «prenez pas le chemin de halage, la nuit c’est pas sûr, on rencontre des cas». Tout en voyant bien ce qu’elle veut dire, je ne vois pas bien ce qu’elle veut dire. Allez, on y va, direction la MJC, qui apparaît peu après.

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Ah, un tas de punks devant la porte dis-donc. C’est que les Messins sont en force, hé. La MJC est une MJC, c’est anonyme, mais c’est pas mal, et même, dirait-on, heureusement que ça existe. On boit des coups, moi moins parce qu’il faut rentrer après, mais quand même, y’a de la bière de Rarécourt qui est bien bonne, et c’est pas juste parce que je suis content. Elle est bien bonne en vrai. On rejoint la salle assez vite parce que la petite galerie de la MJC est étouffante et noire de monde. J’aborde un mur, quel talent, je prends appui, quelle audace, et je ne bougerai plus jusqu’à la fin, ou peu s’en faut. Diego Pallavas entre en scène.

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Bien sûr, comme toujours, Diego Pallavas, ça savate, c’est plein d’énergie, c’est teigneux avec le sourire et ça boit du whisky, que ça dit. Bon. Tout ça met une scène très jouasse, et un public itou. Je commence doucement à laisser sombrer dans la brume cimetières, cratères, forts, champs de bataille et zone rouge.

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PKRK passe à son tour, les tubes du groupe font des remous venus du fond du public. Bien que n’étant pas un grand fan, je ne boude absolument pas mon plaisir. La prestation commence tiède, avec un son discutable, et puis ça prend en cours de route, ça monte, ça monte, et ça termine joliment. Les Sales Majestés, je les attendais au détour. Parce que c’est un groupe que j’ai écouté quand j’avais 16 ou 17 piges, et puis j’avais décroché, et puis bon, le temps passe, et comme pour d’autres, je me dis: « allez. Faut bien les voir une fois au moins, hein ». Je n’en attendais pas grand chose. Bah tiens. J’en ai eu d’autant plus. C’était sévèrement balaise, sévèrement galvanisant, très enthousiasmant. Un retour aux fondamentaux très premier degré, mais c’est loin d’être inutile (a m’fait penser au «Deuxième degré» de Zabriskie Point, tiens). Moi je m’envole de partout, pris par surprise, je ne m’attendais pas à autant de patate, je chante gueule comme un veau, c’est super. Ils sont loin les champs de bataille. Mais voilà. Les Sales Majestés ont aussi un titre, qui s’appelle «Champ d’honneur» et qu’ils ne pouvaient pas ne pas jouer à Verdun. Impossible de le rater. Et soudain, toute la journée me revient, tout le rapport étrange, révulsé, passionné et presque douloureusement charnel que j’ai avec ce conflit, et surtout celles et ceux qui l’ont vécu, me revient, et la chanson m’explose aux méninges, comme cette fois où on l’écoutait dans la voiture avec un ou deux camarades notoires sur le Chemin des Dames. Alors quoi?

Alors à ce moment là, la boucle de cette journée était bouclée, plusieurs mondes intérieurs quelque part en moi se regardaient, circonspects, mais se serraient longuement la pogne.

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Pas de billet

Non, pas de billet.

Enfin, si, du coup.

Mais je n’ai pas un temps de très important à consacrer à Un Dimanche en Lorraine. En effet, mon chat a attrapé un cancer des moustaches, j’ai une fuite d’eau dans le cerveau, j’ai été kidnappé par un chaton pouilleux (et ça c’est vrai) et pour couronner le tout, et il faut me plaindre longuement en conséquence, j’ai une extinction de voix électorale.

Bon, ça suffit les conneries.

Pas trop de temps parce que je termine de préparer des choses pour ce weekend, pendant lequel j’exposerai -et je vendrai?- des photos avec l’ami Sylvain et d’autres choses chouettes avec les autres camarades du collectif Hidden District. Tout ceci se passera, je le rappelle, aujourd’hui samedi de 14h à minuit, et dimanche de 10H à 20H. Notez que que je ne serai présent que de 14 à 15H le samedi, mais toute la journée du dimanche. Le principe du collectif, c’est bien trouvé, je peux me barrer pendant que l’ami Sylvain bosse pour moi. Je suis chaud pour un Conseil d’ouvriers et de soldats quand vous voulez, dans ces conditions.

Tout ceci va se passer à Nancy, 50 rue Oberlin, dans l’ancienne usine Alsthom. L’événement est le P’tit Baz’art, et des tas d’autres artistes/artisans et créatures variées de facture diversement qualitative y exposeront leur came. Notre stand est le 98, l’entrée est libre, dans notre stand certes, mais partout en fait, hein, pas de problème.

Je présenterai pour ma part des photos sur des plaques de bois ou dans des cadres artisanaux approximatifs et discutables-mais-pas-tous, et des livrets imprimés très beaux quoiqu’un peu chers mais ça nous a coûté bonbon en même temps. Ça parle de sites qui nous plaisent avec l’ami Sylvain, à savoir le Col de la Chapelotte et les Milleries, amplement évoqués par le passé sur ce blog. Éventuellement je vends mon corps, mais ça c’est hors de prix, parce que difforme comme il est, y’en n’a pas deux comme ça. Pièce unique, j’te dis.

Aujourd’hui à 16h30, les danseuses de En Freech feront une apparition. Je n’ai pas vu ce spectacle là, mais ce que j’ai vu d’autre était chouette, comptons sur leur constance. Sinon y’aura le stand de Galingale -qui est aussi au marché de Noël à Saint-Sébastien-, et ça c’est très bien, c’est une bonne nouvelle. Et sinon je sais pas, les autres gens je les connais pas, je sais pas qui c’est, j’suis pas d’la capitale, comme chantaient les sévèrement ultimes Diego Pallavas (parler d’eux et de cette chanson me permet d’exorciser l’espèce de paranoïa bizarre qui m’étreint à participer à cet événement très capitale dans l’esprit)(si tu as cliqué sur ce lien, tu noteras que le mec en photo sur la pochette de l’album, c’est une photo eud’moi, la série de photos faite pour le livret de cet album étant sûrement l’un des travaux m’ayant le plus rempli de joie de tout l’univers).

Tiens, je vais tenter d’extraire de mon téléphone magique une photo super à la con de notre installation en cours pas terminée hier pour le P’tit Baz’art, histoire de mouiller ce billet un peu sec.

Alors. Je… putain. Attends, je vais trouver.

Ah.

Voilà.

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Je t’avais prévenu que c’était une photo à la con, hein.

La bataille d’Étain-Buzy

Mon vieux camarade Nicolas Czubak sort un bouquin, tiens, au fait. Comme on parlait de cimetières militaires, de guerre mondiale qui se serait d’après la rumeur produite entre 1914 et 1918 et de choses dans ce goût, l’enchainement est d’une brillante logique. Le garçon auteur est absolument crédible. Je fais cette publicité parce que c’est Nico, un de mes plus vieux amis, mais pas seulement: ça ne suffit pas. C’est aussi et surtout parce que je le sais très compétent, très accessible, avec une approche humble, impartiale et très saine de ses sujets: une approche d’historien en somme. Et puis quand on était gamins et qu’on jouait aux petits soldats, il gagnait tout le temps. Et ça, c’est la preuve définitive que tu dois acheter ce livre si le sujet t’intéresse un peu… (en plus j’veux pas dire mais il est pas cher).

Etain Buzy 1re de couverture

Etain Buzy 4e de couverture

De la rue Pasteur à Nancy-Thermal, en passant par le lycée Chopin

Ce qui nous fait passer par le lycée Chopin, où je terminai mon collège après un redoublement extrêmement chaotique dans un autre établissement, me refaisant une virginité, enchaînant sur un lycée. La grande majorité des copains et copines de cette époque sont toujours des proches. Ou restent des amis de loin en loin. Ce n’est pas tant l’établissement en lui-même que les gens que j’y ai connu qui m’ont marqué. C’est une époque, quoi. Le parc Sainte-Marie, où on se balançait des bouts de bois et des pommes de pin, et de la terre et même deux trois fois nos sacs en travers de la gueule dans des embuscades, incluant parfois des dommages collatéraux chez les passants. Pour ça j’étais à l’aise. Y’avait la piscine découverte Louison Bobet (célèbre constructeur de piscines de Nancy-Thermal, selon la blague absurde consacrée) où l’on voyait en 1997 des gens se baigner sous nos fenêtres de cours pendant qu’on nous assénait des sermons avant le bac. Remarque, là j’étais moins fier, me demander de me foutre torse poil devant des gens, c’était un peu trop pour moi. Et je ne suis toujours pas bien fan. Dans une ambiance de compétition de testostérone de piscine découverte en juin avec mes congénères adolescents, c’était d’autant plus hors de question, sans compter sous le regard des filles etc… non. Louison Bobet est toujours resté loin de moi, et j’étais mieux avec les embuscades buissonnières autistiques que nous nous menions mutuellement dans les couverts du parc. Rôliste or die, hein.

Du coup, ce quartier m’est familier, d’autant que ma mère a travaillé au Conseil Général, et même moi pendant un temps, à la fin des années 90 et au début des conséquentes années 2000. Et puis, quand j’étais à Chopin, au début, on a déménagé à Tomblaine. L’autre bout du monde! Moi tous mes copains étaient ici, entre le boulevard d’Haussonville et la place de la Croix de Bourgogne, alors j’étais plus souvent ici. Loin de ce Tomblaine qui m’était inconnu, et l’est beaucoup resté. Alors, aller en cours le matin, c’était un peu comme rentrer à la maison. Rue Pasteur, y’avait au collège une fille chouette, et au coin un bar très désagréable où j’ai très peu été, selon cet adage que les cours terminés, j’ai pas envie de m’infliger une sociabilité lycéenne qui m’a déjà pesé toute la journée, dans les griffes d’un patron qui me donnait un sentiment de vampire, trop heureux de ces tas de jeunes qui venaient lui faire son chiffre d’affaires et me paraissait du coup très faussement amical. Mon rapport étrange à l’argent et pas bien clair à l’intérêt individuel. Alors en général, fuite, sortie de la rue et squat chez les copains devant un film, une BD, une console ou parfois rien. Dans une forteresse, quoi, où on est toujours un peu plus à l’abri.

A l’époque, tiens, en passant, je ne savais pas que mon lycée avait été dessiné par Jean Bourgon, auteur du siège de Pont-à-Mousson à Nancy, où travaillait mon grand-père. Si je l’avais su, je sais pas si ça aurait été vraiment la biche: niveau séduction de gent féminine moyenne, au lycée, Jean Bourgon, c’est comme les embuscades à coups de bâtons au parc, c’est en général assez peu attirant…

(et merci Sylvie A., en passant, pour les vues depuis les étages de la rue Pasteur!)

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Ah tiens!

Le 9 septembre, c’est pas tout de suite, hein?

Puisqu’elle se termine le 9 septembre, tu peux aller voir l’exposition de Sylvain « copain » Raybaud à la Galerie 9 à Nancy, rue Gustave Simon, c’est bel et beau, avec le monsieur qui te parle de son travail, de son voyage par la route jusqu’en Arménie et a pour l’occasion mis des habits propres, et rien que pour ça, on y va. En plus, toi, tu peux venir en sale, parce que c’est détendu. Que demande le peuple?

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Agad’ moi ça comme il est tout fringant not’ Sylvain. Moi des gars fringants comme ça, ça me donne envie d’aller voir leur expo.
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Et la Nataša, qui est Serbe ET Croate, et qui pose fort à propos devant des photos de Voïvodine et de Novi Sad où elle habite? Hein? C’est aussi ça Nancy. Tu y viens en vacances, et on t’y emmène voir des photos de chez toi. Nancy c’est la ville la plus pertinente du marché des villes intelligentes.
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Tiens, à droite il a même trouvé une carte en papier sur laquelle il a marqué son itinéraire avec un feutre. Agissant ainsi sans Google Maps, ni Mappy, ce qui fait de lui un artisan de talent.
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Tout ça pour te dire que son expo, elle est chouette, et pas seulement parce que c’est un bon copain qui en plus a photographié une Serbie très chère à mon cœur. Je crois vraiment que c’est bien. En plus, ses très courts textes, accompagnant les photos avec logique, sont particulièrement bien foutus. Quel bougre talentueux.

Des problèmes, c’est un truc banal

Disque dur cassé, quelques photos perdues, mais beaucoup de sauvées. Mais les bibliothèques sont perdues, donc mon classement aussi, donc les photos mises de côté pour Un Dimanche en Lorraine et qui étaient encore un peu plus d’un millier se retrouvent lâchées dans la nature dans un désordre complet.

En conséquence, pas de billets pendant quelques heures/jours/temps, histoire de tout récupérer sur les disques de sauvegarde et de mettre un peu d’ordre. Aussi, en cas de redite, de republication de photos déjà vues, veuillez m’excuser et m’envoyer la saison 4 de Buffy Contre les Vampires. Pourquoi? Parce que je suis un fan qui à l’époque avait raté une partie de la saison 4 et qui envisage bien de se la revoir intégralement, pas de manière corrompue, comme un certain disque dur déjà évoqué. J’ai tenté, hein. Bon, sinon laissez tomber, je l’achèterai en coffret comme les vrais fans écervelés.

C’était bien essayé quand même, non?

La Pépinière est un zoo

A Nancy, y’a les animaux, à la Pépinière, le grand parc du vieux centre. Moi les zoos, ça n’a jamais été ma tasse de thé, j’accepte encore du bout de l’acceptation à aller au Parc de Sainte-Croix. C’est pas raisonnable, ça n’a rien à voir avec ce qu’on y fait vraiment, ou ce qu’on prétend y faire pour se donner bonne conscience, c’est juste, je suppose, une question d’empathie™ un peu surdosée dans mon crâne, et ça me saute à la gueule sans retenue comme une hyène enragée ou un loulou de poméranie au patrimoine génétique défaillant; les zoos ça me rend toujours triste, sombre, misanthrope, à la limite de l’agressivité. Je me souviens à Amnéville d’une panthère noire qui faisait les cent pas(ttes) nerveusement derrière sa vitre en PVC, le regard vide, sans que son œil n’accroche jamais nos présences visibles de l’autre côté, à quelques centimètres. J’en étais malade.

Du coup, les animaux à la Pépinière, sur leurs superbes étendues d’herbe en ciment, et leurs rochers en béton, tu imagines comme je me sens redoutablement à l’aise. Dommage, avec tout cet espace, on pourrait faire un camp de travaux forcés pour managers, si on leur met un Starbucks dedans, il seront heureux comme tout.

On me dit souvent: « oui mais tu fais de l’anthropomorphisme, et grâce aux…, et on fait attention à…, et on s’occupe de… ». On a peut-être raison. Sûrement. Je réponds pourtant invariablement: « ta gueule connard ». Au moins dans ma tête, car j’ai le courage du cloporte vengeur planqué sous une brique, sur le côté du jardin.

J’avais prévenu, je ne suis pas raisonnable avec ça, je ne veux rien savoir, je veux égoïstement et lâchement me tenir loin de ces endroits, même si parfois, quoique heureusement très très rarement, la pression sociale, en l’occurrence trois bambins en bonne et due forme dont un perché sur mes épaules, me tenant en otage, me font chuter. Et à chaque fois, je me dis, étant donnée ma réaction excessive, urticante, au moins formellement: c’est peut-être pas tant par empathie avec les bestiaux que tu réagis comme ça, que par rapport à ce qui t’angoisse TOI dans leur condition. Voilà.

On vous cache rien, on vous dit tout. Un Dimanche en Lorraine, c’est aussi cette transparence intimiste qui a fait dire à Mireille Dumas: « Un Dimanche en Lorraine? Ah oui, je connais. C’est encore mieux, même si c’est moins bien, quoique, bien entendu, toutes proportions gardées et dans la limite des stocks disponibles« .

Merci, Mireille.

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Et ils sont encore là.
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De tous les côtés.
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A me regarder comme des cons, fiers, contents. A me photographier. A me regarder dans les yeux sans ciller, comme si j’étais un gentil objet animé par des piles LR4.
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Et moi j’en peux plus de voir leurs sales gueules, tous les jours.