Chez les Gaudassiens, à Jouy-aux-Arches

Nan mais les Gaudassiens, gentilé des habitants de Jouy-aux-Arches, ont comme tout le monde le droit de se promener pieds nus hein. Voilà, je fais la blague direct, comme ça on n’a plus cette épée de Damoclès qui pèse sur notre sérénité.

Dis-donc. C’est pareil, tu crois qu’il va rien se passer, et bam! Un aqueduc! Gallo-romain! Comme ça! Moi je voulais juste aller à Metz via Nomeny parce que l’autoroute ça craint et que je l’évite quand je peux.

Mon objectif était de retrouver ma cousine qui sur l’échelle des gens cools est indéniablement dans le haut du panier, et de nous rendre ensemble dans une librairie où un autre éminent camarade, venu de Marseille pour l’occasion, signait des bouquins ou vendait des trucs je sais plus.

Je ne l’avais pas vu depuis longtemps, et on a passé un moment assez fameux, engoncés dans des fauteuils stylés entourés de livres comme si on était des stars de la critique littéraire, à parler de tout ce qu’on n’avait pas pu se dire depuis des années. On a pas mal parlé de la mort d’ailleurs. Étonnant.

Alors forcément j’avais pas l’air con, en route, avec mon aqueduc impromptu sur le râble. Pourtant je le sais bien que Jouy-aux-Arches ne s’appelle pas comme ça parce qu’il y a des archers ou des gros bateaux plein de bestiaux. Même mon grand-père l’avait photographié, cet aqueduc. Il m’était juste sorti de la tête. En scred, d’ailleurs, parce que vu la taille du machin, j’aurais dû m’en rendre compte.

Bon, tu vois, j’étais contrarié. J’allais juste à Metz bon sang. C’est tout! J’avais pas prévu de halte. Comme j’étais très énervé, et on le serait à moins, j’ai tenté de le mordre et tout pour le faire fuir, mais j’m’ai fait mal les dents, hein. Du coup, face à mon échec, je me suis arrêté histoire de tirer le meilleur parti de la situation pourtant effroyable (si j’en fais trop, faut me dire) et faire quelques photos. Hop. Feu de tout bois.

Autour d’Amance, attendre l’orage, guetter l’orage, rentrer brocouille (Bouchonnais style)

On a toutes et tous nos marottes. Moi j’aime bien guetter l’orage. Pas faire 548 kilomètres pour le chasser, je ne suis pas de cette tribu que j’aime bien cependant. Juste le guetter. Je chasse l’orage à l’affût. Je le croise peu, par conséquent, et j’attends beaucoup. Parfois il surgit salement de derrière la colline comme un album de Lou Doillon sur le bon peuple et me tombe allègrement sur le coin de la gueule, en poussant des grands cris venteux et en tapant ses éclairs dans tous les sens, et je ne fais pas trop le fier. Il m’arrive d’avoir peur. Il n’a pas besoin d’être géant, il n’a pas besoin d’être tentaculo-giga-méta-cellulaire.

Il fait juste crac boum et tout mon cœur bat plus vite. Comme devant un gorgonzola, un risotto ou une bière bien gaulée (et il n’en manque point dans la région). L’orage c’est chouette, et le guetter dans le Grand Couronné de Nancy l’est d’autant plus, avec ses paysages de collines fauves, en été, t’as l’impression que quelqu’un s’est endormi sur le bouton saturation. Et ces collines, et ces plateaux, c’est l’occasion de te perdre et de te faire surprendre par le bestiau électrique et perturbé.

Sinon ça faisait un moment hein? Ouais j’avais plus accès au blog, j’ai tout tenté en béotien sans succès, après la procrastination m’est tombé dessus, j’ai tout tenté pour la vaincre mais j’ai perdu comme à chaque fois (à vrai dire j’ai pas tout tenté, à cause de la procrastination: c’est un genre de boucle infinie…). Et puis à la faveur du confinement, j’ai réussi à aller extirper le problème de la base de données du blog en donnant des grands coups de marteau un peu partout, et grâce à la chance, me revoici (procrastination et chance sont les mamelles de la réussite, il faut croire). Je vais pas vous dire que vous m’avez manqué, vu que c’est pas vrai, parce qu’on ne se connaît pas en fait. Et les ceusses que je connais, bah on s’est sûrement vu ou donné des nouvelles depuis. J’ai beaucoup utilisé Facebook et Instagram pour planter les photos faites avec le crétinphone (c’que c’est moche, crétinphone, on dirait une blague de quand j’aurais 80 ans). Je continuerai. Mais entre nous, il n’y a qu’ici que je me sens vraiment à la maison.

Et hop, l’orage est tout barré. Caramba, encore raté (cette photo est garantie 100% mensongère, la position du soleil montre bien que c’est le lendemain, au mieux…)

Ah, pour finir, pendant ces mois sans accès au blog, j’ai appris à connaître et à aimer le travail de m’sieur Jacquot. Suis donc ce lien, tu pourras voir ses photos et lire ses mots. Tu peux même faire l’inverse, comme quoi c’est super optimisé.

Les dix ans du Festimad à Haraucourt: feu d’artifice et feu de la saint Jean

Les festivals, je n’aime pas ça. C’est pénible, c’est musicalement décousu, c’est plein de cons (d’après mon analyse statistique pertinente certifiée par moi-même), pas moyen de se concentrer sur rien, et cette injonction extrêmement pénible à arborer une attitude festive en grappes, à être sociable coûte que coûte, ça me rend triste comme un portrait du président dans une mairie. Voilà. C’est pour ça que c’était pas gagné, ces dix ans du Festimad. Alors que. Quand un festival ressemble plus à une grosse fête de village, ça devient plus intéressant.

Alors certes, malgré une prestation pleine de qualités, un groupe de reprises de standards de Woodstock, c’est pas mon truc. Les groupes de reprises, j’ai jamais compris le concept. Ça m’échappe, complètement. Du coup voilà, musicalement, j’ai pas vécu un moment dingue. Mais c’est l’ambiance générale qui m’a plu. Oui, voilà, le côté fête de village, fête de quartier. Il faut savoir que depuis gamin, véridique, parmi d’autres plus ou moins exotiques, un de mes rêves a toujours été de tenir un stand de frites merguez dans une brocante ou une quelconque fête patronale. Ces gens suant la mort sous des tonnelles par 40°C et se démenant pour faire des sandwiches à la saucisse en beuglant afin de satisfaire un client qui en retour est heureux, avec l’aide de sa sixième bière, de bouffer de la bidoche premier prix dans du pain sec trempé de ketchup, va comprendre, je les ai toujours trouvés héroïques. D’ailleurs, j’ai eu l’occasion de me retrouver, l’âge adulte ouvrant quelques perspectives, sous ces fameuses tonnelles à servir des gens en perdant 700 litres de sueur à la minute, et j’avoue que j’ai pas été déçu. C’était super.

Alors voilà, comme c’était un peu ça aussi les dix ans du Festimad, crois-moi que j’ai trouvé ça chouette. Sans compter qu’Haraucourt est un chouette patelin dans un joli coin, là-bas, sur ce plateau infini qui triangule avec Nancy et Lunéville. Mais le clou, c’était le feu d’artifice. A Nancy, quand tu viens voir un feu d’artifice, faut venir 8 ans en avance, et être prêt à te faire une place à la machette. L’avantage à Haraucourt, c’est que tout le monde se pète dans l’herbe au bout du champ, et que partout tu es aux premières loges. Et un feu d’artifice vu à 100 mètres à tout péter de la zone de tir, c’est quand même merveilleux. Alors ouais, c’est pas les shows de la capitale, mais comme t’as le nez dessus, ça vaut vachement plus.

Et puis dans la foulée, bam! feu de la saint Jean. Bah, c’est un feu comme un autre en juin, mais comme tous les ans, je ne suis, et ne serai jamais blasé. A chaque fois, je suis fasciné comme la première fois. A chaque fois, je me rappelle que je pourrais être pyromane en cas de reconversion professionnelle. Et à chaque fois je me dis: «ah bah non merde, j’oublie toujours, c’est interdit de foutre le feu à des trucs pour se jouir dessus à mater les flammes goulues faire leur office, raaaaah, c’est con, tant pis, je vais garder mon métier actuel, faut dire qu’il est bien aussi». J’ai une vie intérieure aussi crétine que riche. Bref, hein, les feux du Festimad d’Haraucourt, ça envoyait du bois. C’est tout ce qu’il faut retenir. Ça et le fait que tous les gens qui se remuent le cul comme des oufs pour faire vivre nos bleds, dans les comités des fêtes, les foyers ruraux, les structures d’animation des territoires et tutti, voire quanti, mine de rien, c’est des gens qui donnent envie de croire en des trucs, comme la puissance du collectif, que ce soit pour faire des fêtes du gras, ou des manifestations contestataires… Merci à eux, dans tous les cas. Ils se bougent quand même vachement plus les roustons que les gens qui les traitent de gros beaufs depuis la ville ou pas.