Les mauvais jours finiront (Nancy)

Juste vite fait, pour dire que je suis plus que jamais content, heureux et reconnaissant d’être Lorrain, dans cette Lorraine pour laquelle j’ai une tendresse infinie et si intime. Cette Lorraine que j’adore quitter, et dans laquelle j’aime plus encore revenir. Cette Lorraine pleine de gens très chouettes, Lorrains ou non, qui la font bouger, penser, changer, créer, imaginer, tout en sachant jouer avec ce qu’elle est, et ce qu’elle a été, et qui, par le mouvement de cet air frais, la respectent et l’aiment. Cette Lorraine pour laquelle j’ai aussi la critique facile, parce que l’autodérision c’est sain comme pas deux, ça décrasse le cerveau, et parce que j’aime rire en général, et surtout de moi et des miens.  Et aussi, comme dit par le passé, être heureux d’être Lorrain, savoir que je suis d’ici par mes racines, pour avoir un chez moi, donc une porte à ouvrir, une lumière au portail les nuits d’hiver, et un bol de ragoût (que soit avec ou sans lard, avec ou sans viande) toujours au coin du feu pour l’étranger de passage, qui se serait perdu, qui serait loin de chez lui, et qu’il faudrait accueillir. Quand on a la chance d’avoir un chez soi, de se sentir chez soi quelque part, on devrait comprendre d’autant mieux ce que ça doit être d’être arraché à son univers, et tendre la main, toujours.

Et que je laisse aux « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » la fierté, le désir morbide d’une identité culturelle imaginaire figée dans les musées; je leur laisse aussi le patriotisme et le nationalisme (qui sont, certes, deux choses différentes, mais que je n’aime ni l’une ni l’autre), la pureté, et la race. Je laisse ça aux Lorrains immobiles et terrorisés, qui ont peur de leur ombre et ne croient pas en la force et en la beauté de la Lorraine, qui ne semblent pas imaginer d’avenir pour elle. Qui la font crever en voulant l’empêcher de vivre et de créer, d’évoluer et de causer, ces gens ennuyeux et honnêtes qui préfèrent les natures mortes aux jardins qu’on cultive lentement et avec confiance; ces jardins bien vivants qu’on peut voir changer doucement depuis des siècles, au rythme des saisons, lovés dans leur terre immuable, mais qui n’est rien sans le rythme des oiseaux migrateurs et des insectes activistes qui ont la bougeotte, qui emmènent de nouvelles plantes, qui régénèrent, qui fécondent. Je laisse tous ces Lorrains qui aiment les animaux morts et empaillés, qui s’accrochent à leur culture hors sol qu’ils gardent sous clé, et surtout, qu’ils ne partagent en consanguins des idées qu’avec les gens comme eux.

Et tiens, en effet, qu’ils restent entre eux, et fassent un club avec ces autres qui vénèrent le Marché, qui veulent tout marchander, tout vendre, tout communiquer, tout mettre en vitrine, tout transformer en produits lisses, monnayables et consensuels, et qui salissent tout ce qu’ils touchent. Et qu’ils nous foutent la paix, et vu qu’ils s’aiment pas, qu’ils s’étripent entre eux jusqu’au dernier, dans leur club de cons.

Nous, on a une vie à vivre, et un avenir à continuer d’inventer pour le pas de notre porte et le reste du monde. Bref, on a encore beaucoup de boulot.

 

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4 Replies to “Les mauvais jours finiront (Nancy)”

  1. Rien à ajouter. Il n’y aurait pu avoir meilleur billet pour défendre notre Lorraine bigarrée. La nature a horreur de ce qui se replie…Ce qui se replie se meurt…
    Et plus légèrement, merci pour la jolie petite vue « au pied » des Grand Moulins, ça fait toujours plaisir de revoir ces lieux maintes fois parcourus, et qui conservent leur charme des premiers jours où j’ai posé mes bagages à Nancy. Et où j’ai commencé ma lente adoption de/par la Lorraine 😉

  2. Ça me plaît bien quand y’a des photos et du texte ! Et quand c’est un coup de gueule, alors là… ça fait du bien (sûrement à celui qui le pousse) mais aussi au lecteur (en l’occurrence, ici, à la lectrice) surtout si ce coup de gueule reflète la réalité !
    Réalité d’autres Ailleurs, itou…

    1. Eh bah… merci pour vos commentaires, je sais que je suis loin d’être le seul à penser dans ce style, bien au contraire -et malgré les résultats-, mais ça fait toujours du bien de le lire.

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