Frouard: le collège Jean Lurçat

Un jour y’a longtemps, c’était la grève. Dure, et tout. Avec des coupaings, on avait été faire de la retape dans plusieurs établissements de l’agglomération, pour discuter avec les collègues de leur situation et voir où ils en étaient. Souvent on voulait pas trop nous laisser rentrer, vu que quand des pas chefs se mettent à parler entre eux, ça fait peur aux chefs. Comme quoi il leur faut pas grand chose. Alors on rusait, et on a pu rencontrer des collègues. A Lurçat par exemple. Chez le tapissier, Jean Lurçat, hein. Le nom du collège. Pas son frangin André Lurçat, l’architecte délingos intégriste que j’aime vraiment bien, qui est mon bon copain. Bref, de ce collège où à l’époque la situation était d’ailleurs visiblement vraiment limite et le service un peu compliqué à faire fonctionner, je me souviens aussi d’un endroit vieillot un peu, mais charmant beaucoup. Y’a pas que la militance bon teint dans la vie, y’a aussi ce que voient nos yeux en même temps.

Ce collège, il est cool à voir. Il sent fort les années cinquante, avec son style « institution ». Il s’accroche avec ambition dans la pente. Avec des solutions marrantes dans la cour étagée pour compenser ce farfelu relief de côte. Il se trouve d’ailleurs sur le site de l’ancienne école et hôtel de ville. Ces anciens bâtiments ont été ravagés par l’explosion du dépôt de munitions qui s’y trouve alors. Nous sommes dans la nuit du 30 août au 1er septembre 1944, et les soldats allemands balisent grave, ça sent la retraite précipitée. Les gaillards font sauter le dépôt en pleine nuit et prennent la poudre d’escampette. D’ailleurs, sur l’événement et ses dégâts dans la ville, avec photos à l’appui, on ira faire un tour ici.

Le collège Lurçat, j’aime en particulier ses fenêtres allongées légèrement asymétriques pour cause de rue en pente. Des fenêtres comme dans la cage d’escalier des greniers de l’usine Lerebourg à Liverdun, ou du tout voisin Théâtre Gérard Philippe de Frouard. Qui a une programmation chouette, en passant.

Donc, nous voici à Frouard avec notre école toute cassée. Le collège Lurçat sera entamé en 1949, et l’inauguration aura lieu en 1952. Le site du collège, avec sa partie historique sympa à laquelle je me réfère pas mal, nous indique comme architecte un « Vallin de Nancy ». Nom de dieu! Un Vallin! En 1949! Est-ce un fils du grand Eugène? Bon bah en tous cas, il a fait du joli boulot.

Toujours est-il que voilà, je l’aime bien ce collège. Pour sa gueule. Après… ça vieillit bien un bâtiment comme ça? Comment sont organisés les sous-sols avec une telle pente? Le terrain est-il bien stable? Des infiltrations d’eau, ça s’envisage, non? Bref, des questions pratiques qui touchent ceux qui y étudient et travaillent que je me pose tout de même…

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