Le matin de l’orage dont on parle 4 – Le stade d’Essey-lès-Nancy et la rue Jean XXIII à Saint-Max

On s’approche comme ça de la rue Jean XXIII et de Saint-Max. On croise le pauvre stade: inondé, les clôtures abattues (Ah, si les inondations n’abattaient que les clôtures…). J’ai une pensée pour le stade Marcel Picot, qui malheureusement est parfaitement intact -pensée qu’un ami qui vit dans le quartier où je me dirige a eu également: « quand j’ai vu l’eau sous ma fenêtre cette nuit, j’ai espéré très fort que Picot soit emporté et qu’on n’en parle plus de leurs projets à la con! ».

Les photographes amateurs dont je suis se succèdent à un rythme lent, mais régulier, devant les barrières arrachées. Un homme m’aborde, comme toujours quand on maraude avec un appareil, et d’autant plus dans ces conditions. Il me raconte son ami qui mangeait chez lui hier soir, au troisième étage d’un immeuble, il raconte en riant de bon cœur comment celui-ci, depuis le balcon, se désespérait car lui-même vivant aux étages, il avait oublié de fermer ses fenêtres et ne pouvait y remédier, coincé qu’il était en face de chez lui avec la rue changée en ruisseau et la pluie torrentielle qui manifestement entrait chez lui avec densité…

Beaucoup de voitures sont grandes ouvertes. On fait sécher comme on peut. Quand il ne faut pas enlever la boue des sièges à la pelle. On arrive à Saint-Max. Là-bas, dans une faible brume humide, les immeubles du quartier Jean XXIII, en bordure de celui du Haut Rivage: ici, c’est encore une autre ambiance qu’à Mouzimpré, qui est pavillonnaire. La rue est fermée à la circulation.

 Nécessairement, ici, l’habitat collectif génère plus de gens dans la rue, plus de voitures bringuebalées, plus d’animation, mais aussi plus de logements inondés à la fois. J’ai l’impression que les gens sont moins désespérés qu’à Mouzimpré. Peut-être est-ce simplement dû au nombre. Peut-être n’est-ce qu’une impression. Sûrement.

Je vois moins de journalistes ici. Est-ce trop loin des grands axes? Sont-ils déjà passés? Sont-ils noyés dans le nombre? Peut-être un peu des trois. La supérette locale nage dans l’eau. Certains stocks sont déjà devant. Ce charbon n’allumera plus de barbecues.

C’est un quartier que j’ai appris à aimer depuis quelques mois. On s’active dans les entrés d’immeubles, les raclettes tapent. On discute beaucoup. Pompiers, Grand Nancy, équipes, police et réserve municipales, police nationale… on ne sait plus où donner de la tête. Ballet de fourrières, de camions poubelles, groupes de voisins en larges assemblées, des pelleteuses s’appliquent déjà à dégager l’importante rue dont des plaques entières de revêtement gisent échouées, parfois au-dessus de gros trous formés par le drainage du sol.

Une dame, qui n’est pas avare en paroles, sort de son immeuble, raconte sa cave submergée, et « encore un peu et ma petite vieille du rez-de-chaussée elle était noyée ». Elle s’exclame devant chaque catastrophe vue dans la rue, prend des tas de photos, jusque dans les voitures des gens. Dit en riant qu’elle voulait arrêter le jardin, mais que vu l’eau qu’il y a dedans, c’est son jardin qui s’est arrêté avant elle. L’ambiance, si elle n’était pas si terrible, serait presque conviviale. On se parle.

(coucou m’sieur Lurçat…)

3 Replies to “Le matin de l’orage dont on parle 4 – Le stade d’Essey-lès-Nancy et la rue Jean XXIII à Saint-Max”

  1. Le magasin Lidl est situé … rue du Pont de Pierre !

    1. Précisément. Faut croire que, hein.

  2. Merci pout toutes ces photos, hélas spectaculaires, et pour vos précieux commentaires, qui nous font prendre un peu mieux la mesure de cet enfer… Pour info, solidarite.inondations@grandnancy.org pour coordonner tous les mouvements de solidarité (don de vêtements, de biens – meubles, électro-ménager -, de produits de consommation courante, dons en numéraire, proposition de bénévolat) en lien étroit avec la Croix Rouge.

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