Octobre au verger

C’est comme quand t’étais gosse. Ici c’est la Meuse, mais ce sont quand même ces belles journées d’octobre -pas trop cette année, certes- où l’après-midi est encore chaud, et qui sentent le sucre et vrombissent des girations de guêpes échappées à la gangue de la froide rosée de ce matin. Le goût des pommes, et le bruit creux et mou de celles, blettes, qu’on jette sur les troncs d’arbre dans des concours d’adresse qui se délectent de voir voler des éclats de fruits partout. Les guêpes redoublent au fur et à mesure qu’on ouvre les pommes. Les vieux ont des gestes précis, rapides, leurs doigts calleux se moquent des morsures de la lame, ils nous tendent des morceaux charnus, et on veut monter au plus haut barreau de l’échelle pour montrer à quel point on n’a pas peur. Juste là, au fond, Hattonchâtel nous observe depuis son éperon meusien, face au Montsec, les pentes mystérieuses des vallons glacés roussissent et à cette saison les quetsches sont immangeables, même sous la lumière rasante, qui excuse tout, permet tout, mais n’empêche pas la nuit de venir tôt, qui force à remettre son pull pour aller vite vite à Vigneulles manger le sanglier de l’année arrosé de (beaucoup) de vin de table, pas mauvais, mais qui pique un peu, et c’est pas plus mal. Une journée au verger, en Lorraine.

One Reply to “Octobre au verger”

  1. C’est si joliment dit ! …

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