Le Léomont

Nous voici sur la commune de Vitrimont, à deux pas de Lunéville. A partir du 22 août 1914, on ne rigole pas  à Vitrimont. C’est que les Français ont bien l’intention de reprendre Lunéville et que, selon une logique récurrente en cas de guerre, l’ennemi, en l’occurrence allemand, garderait bien la ville sous ses armes. La route de Lunéville est dominée par la colline du Léomont, on parlera ici du Grand Léomont, que couronne une ferme. Le 26ème régiment d’infanterie de Nancy, qui avait sa caserne rue Sainte-Catherine sera des troupes ayant combattu ici, pendant des jours, en particulier lors de la furieuse nuit du 25 au 26 août 1914. Gardons-nous de creuser tranchée profonde et d’établir lignes fortifiées dans nos imaginaires calibrés: nous sommes encore au temps des opérations de la guerre de mouvement, pendant lesquelles on flamboie, croit-on, on court dans les champs par compagnies entières, et l’on meurt aussi, par compagnies entières. 1914, et sa guerre qui ne commence qu’en août, reste l’année la plus meurtrière du conflit; on le sait peu, aveuglés que nous sommes par les lumières sinistres de Verdun et de la Somme en 1916. 1914 est un bain de sang militaire inégalé. Une colline comme le Léomont, elle se crapahutait en cavalant dans les pentes, sac au dos.

Les Français s’emparèrent du Léomont. Point de Lunéville, qu’on pouvait pourtant presque toucher du doigt, de là-haut. Les cratères encore apparents ont remplacé la ferme, dont il reste quelques menus pans de murs, discrets, dans les taillis. La statue assez impressionnante de Gaston Broquet domine les lieux, érigée en 1922, détruite par les Allemands le 8 octobre 1940, puis reconstruite à l’identique en 1950 par Sinapi.

Quand j’étais gosse, j’habitais à l’angle avec la rue du Léomont à Villers. Le nom m’était sympathique, et puis j’y avais des copains.

Le site est impressionnant. Une butte comme elles pullulent en Lorraine, légèrement pelée, acide, battue par le vent, qui domine un paysage relativement forestier, en particulier vers le nord et le nord-ouest. Des replis de terrains, crêtes et bois cachent Nancy à la vue, mais on voit ce Grand Couronnée qui se dresse au loin, les deux monts d’Amance qui se confondent avec le plateau de la Rochette, jusque Bouxières-aux-Dames vers l’ouest, et le prolongement, dont la segmentation est invisible dans la brume ténue d’une froide journée de printemps lorrain, vers le plateau de Malzéville, celui de Ludres, et toutes ces hauteurs qui observent Nancy. On voit les deux émetteurs de Ludres et Malzéville, la tour panoramique des Aulnes à Maxéville, et puis plus près, les tours de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, la cheminée d’une soudière -était-ce celle de Solvay ou de la Novacarb? elles sont si proches…- [c’est la Novacarb, me souffle-t-on dans l’oreillette à commentaires…]

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Guerre ou pas guerre, le Léomont est une hauteur lorraine à voir, sans aucun doute. J’y était lors d’une sortie-étude organisée par ces messieurs dames du Moulin de Rouvres, dans le cadre d’un cycle sur les combats de Lorraine en août-septembre 1914. Merci à eux, et merci au MC, Nico, tant pour la qualité de son travail, de ses présentations, que pour une amitié de trente ans! (mais nous pour de vrai).

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8 Replies to “Le Léomont”

  1. L’ami Nicolas, je serais heureux d’assister un de ces quatre a une de ses sorties

  2. Notre montagne locale! Fameuse station de luge en hiver!

    Concernant la cheminée, c’est celle de Novacarb (juste derrière la Basilique sur la photo)

  3. Merci!

  4. Bah tu vois, je trouve ça réjouissant que ce lieu de bataille, de souffrances et de mort soit aujourd’hui, certes un lieu de souvenir, mais aussi un lieu de franche rigolades en luge.

  5. C’était pas MA piste de luge, vu qu’à Dombasle on a aussi notre station de sports d’hiver (la « petite Source » que ça s’appelle).

  6. Tiens tiens?

  7. Rien d’exceptionnel, mais une pente sympa, entre Dombasle et Sommerviller, très prisée dès que la neige est en quantité suffisante!

    En allant un peu plus haut sur la colline, la vue est comparable à celle depuis le Léomont mais avec plus de détails sur Solvay & Dombasle (faut aimer les cités ouvrières)!

  8. Bah ça va aller, c’est pas bien un problème, ça.

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