La Vadrouille #6 // Un bout d’Alsace fatiguée

Même en Alsace, y’a des coins crados. Oui oui. Tu peux boire une bière depuis un Colmar rutilant (au centre du moins), tu n’empêcheras la rugosité d’être partout. Elle est normale, et souhaitable. Elle est l’usure, le temps qui passe, la marque que tout ce qu’on construit est voué à devenir un jour dégueulasse et tout moisi. Ça me va, de le savoir. Il y a toujours un envers du décor*, même à Venice Beach, même à Ibiza, même à Dubaï, même à Colmar, même dans l’urbex avec des filtres insta et de la performance. Le beau d’aujourd’hui est le dégueu de demain. C’est pas grave hein. Mais moi ça me fait du bien de le savoir. Ça me rapproche de la banalité et du quotidien, que j’aime pour les surprises sans fin qu’ils nous réservent.

A la fois je suis Lorrain, donc aigri. J’avoue.

*Ah ah bien joué, on dirait un «reportage» sensationnaliste sur une chaîne de télé incompétente.

A cheval sur les crêtes, encore

Toujours à moitié en Alsace et en Lorraine, sur les crêtes. C’est un endroit banal en un sens, pour beaucoup d’entre nous. On y va presque comme on irait à l’épicerie acheter des patates, on y emmène la belle-mère du Sud ou le copain de Paris voir le Hohneck, on en est fiers sans bien regarder ce qui se passe. Mais les crêtes, c’est comme ta rue: si tu regardes bien, y’a toujours un truc que t’avais pas vu, ou pas sous telle lumière, ou pas sous la neige, ou peut-être que ce jour précis la couleur de la pluie révèle une aspérité qui s’était noyée dans la routine pendant des années.

Les Crêtes vosgiennes, c’est un endroit magique à moitié en Lorraine et à moitié en Alsace, avec ses fermes parfois complètement perdues. On s’éloignera d’ailleurs avec raison du Hohneck pour y manger, les alentours étant pourris de cars de touristes et d’établissements aux pratiques douteuses, tant avec leurs clients qu’avec leurs salariés. Pour manger, d’autres endroits ne manquent pas, en particulier au Huss, où l’on travaille en famille et où l’accueil est humble et jovial.

Si un jour la Grande Région doit se faire (oui, pour le moment, je suis dans le déni) elle n’aura peut-être de vraie valeur qu’autour de ces sommets que nous chérissons en commun avec les Alsaciens.

Pour de très belles photos de ces coins, on ira chez Julien Félix ou chez Julie Perrin. On peut et doit aussi aller chez Vincent Munier, qu’on ne présente plus.

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«On a marché sur l’Alsace»: un petit matin sur la montagne

Le massif vosgien est administrativement mi-lorrain, mi-alsacien.

Mais ça, c’est pas trop un problème. Les Lorrains s’approprient à quelques dizaines de mètres près certains sommets alsaciens, et réciproquement. Du coup, non loin du Schweisel, on a dormi quasiment en Lorraine, et à peine en Alsace. En tous cas, et par la grâce du hamac pas plus gros qu’un sac banane, on a passé une nuit dans ce si merveilleux massif montagneux qu’on se partage bien volontiers, entre deux blagues idiotes et rigolotes lancées pour la forme. Hamac qui soit dit en passant est hautement pratique et permet de pieuter en plein Parc Naturel tout en respectant les lieux. Un  tout petit peu plus que certains propriétaires d’établissements très touristiques du coin, ou que d’événements comme, au hasard, le Tour de France, qui réveille les opportunistes peu scrupuleux et sème derrière lui une jolie trainée d’ordures, de pollution sonore et visuelle et de sols piétinés.

Voilà, c’était à un jet de pierre de la Lorraine, c’était en Alsace, et c’était quand même un Dimanche en Lorraine et une nuit aussi un peu.

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A cheval sur le grand jeu

Il est sympa ce coin des Vosges, cet enchaînement de crêtes qui te font passer toutes les trente secondes de Lorraine en Alsace et réciproquement. Du coup on fait des blagues. Et dans ce coin des Vosges, il y a ma brochette de sommets préférés: le Kastelberg, laissé plus au nord sur cette série, le Rainkopf, le Rothenbachkopf et le Batteriekopf. Et niché profondément entre le Kastelberg et le Rainkopf, le lac incroyable de l’Altenweiher. Ici, c’est le grand jeu. Le très grand jeu, celui qui te rend modeste…

Baguenauderies identitaires à Fénétrange

Je t’imagine bien. Pas le mauvais bougre, pas la mauvaise coucheuse. Sympa, même. Mais pénible, car tu hésites. Lorraine? Alsace?

Comme tu n’es pas Chancelier prussien(ne), tu ne pourras pas prendre les deux. Il faudra choisir. Ou alors…

Ou alors tu vas à Fénétrange. Fénétrange, c’est un bout d’Alsace qui ressemble à la Lorraine. Et inversement. Même si les gens du coin auraient sûrement un avis bien plus tranché. Mais Fénétrange, c’est cette petite ville « médiévale » (dès que t’as une rue de moins de trois mètres de large et un mur vaguement tordu, c’est le terme générique, car le Moyen-Âge, c’est bien connu, était une époque étroite et tordue, hein). Cette petite ville fin jolie. Pas encore assez maison de poupée névrosée pour paraître sottement alsacienne, et insuffisamment crotteuse pour sembler foncièrement bêtement lorraine. Fénétrange, c’est pas clair, et moi j’aime bien ça les trucs pas clairs.

Comme tu es pénible, ne nie pas, on en a déjà parlé, tu vas avoir faim. Sur la petite place ci-dessous, le restaurant « Aux Oubliettes ». Tu mangeras pour pas trop cher, oh, certes, de la cuisine normale, bonne sans être succulente, mais amplement suffisante. Si t’es vraiment con, tu râleras parce qu’on t’a posé ton verre à gauche par exemple, et que le service gna gna gna. Mais c’est que vraiment, tu es un fieffé inculte, ignare des bonnes mœurs, puisqu’un bon service ne consiste pas à te poser ton verre du bon côté, mais à être détendu, à tailler le bout de gras de manière amicale et à faire de l’humour estival sans conséquence. Et là, c’est une bonne adresse. Et puis, la place est jolie, très calme, et ça causera français, et aussi alsacien. Platt? Je sais pas moi. Oui, bon. Allemand, quoi (j’ai toujours aimé le contact lapidaire du caillou qui ne l’est pas moins sur ma peau au petit matin).  Et tu sais quoi? Le monsieur du restaurant, même, il te parlera avec son accent britannique que tu t’y attendras pas. Tu seras bien au restaurant Aux Oubliettes. Léger et pas exigeant s’il-te-plaît.

Allez hop. Salut Fénétrange. T’avais un bel avant-goût de vacances. A une prochaine, avec grand plaisir!