Verdun, ça dépend

Ce billet pourra être curieux. Parce que le texte n’ira pas trop avec les photos. C’est la Meuse. Nanti d’un camarade parisiano-brestois fort peu informé sur les sites de la Première Guerre Mondiale en Meuse, et au profit d’une journée fort pluvieuse, mais bien dans le ton, nous partîmes résoudre ce problème, quitte à passer une journée de février un peu sinistre. Mais en réalité, nous avions Verdun comme objectif à cause d’un concert se déroulant le soir à la MJC du Verdunois, à Belleville-sur-Meuse. Je vais donc vous parler de cette soirée à Verdun, car si je suis allé souvent à Verdun, je n’ai jamais eu l’occasion d’y faire un samedi soir… mais les photos parleront de notre passage crépusculaire à Douaumont. Comme ça on pourra dire à la fin de ce billet qu’on a vu des images prouvant combien la Meuse du front est sinistre, et lu des trucs comme quoi on est bien accueilli en Meuse, et qu’on y passe de bons moments.

Parce que voilà, après notre périple se finissant par le crépuscule à Douaumont, nous redescendons dans Verdun, avec deux heures à tuer avant d’aller au concert. Et que font deux gars qui ont deux heures à tuer? Ils cherchent un bar, bonne réponse. Garés à la cathédrale, car dans mon infinie connaissance des lieux, je voyais Belleville de ce côté-là, nous nous transportâmes vers les lumières de la ville basse, et les quais, dont le quai de Londres, car mon souvenir infaillible m’y faisait situer quelques enseignes. Et puis, on avait bien besoin de faire la coupure d’avec cette journée qui quoi qu’instructive et sans aucun regret, avait été solitaire, froide, et triste.

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Mais moi, j’avais un foutu préjugé. Un bar. Sympa. A Verdun. Non mais ça va pas bien? Dans ma majesté nancéienne, je considère en effet, comme de bien entendu, que toute cité lorraine autre que Nancy n’est qu’un entassement de bâtisses précaires desservies par des voies boueuses ne menant à rien. Et pourtant. Nous passions ainsi devant divers établissements donnant sur les quais déserts, plus ou moins tentants, annonçant leur soumission à la Diekirch, très présente à Verdun. Après plusieurs passages, nous décidâmes de nous fixer sur un genre de pub étroit. Le Vivian’s Pub & Pasta.

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Bonne pioche. D’emblée, il fait chaud, et il y a deux places libres au comptoir. Les gens sérieux vont au comptoir. Les chaises et les tables, c’est un truc de bourgeois. Si, si, discute pas, c’est scientifique comme truc. Et d’emblée, on finasse un peu sur les pressions, quelle pinte choisir, nom de dieu, quel dilemme sans fin. Nous nous fixons sur une bière rousse pas désagréable, étant entendu que de toutes manières, toute bière, après cette journée, était bonne à prendre.

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Faut dire qu’on était très bien reçus. Comprendre par là que le tutoiement sans distance est de mise immédiate, mais tu sais, pas ce petit tutoiement froid sournoisement snob des mecs un peu cools de la ville, non, le tutoiement normal de bistro, cet endroit dans lequel personne ne devrait jamais être un étranger ou un public à épater. Ajoute à ça que les deux autres clients étaient causants, que la serveuse, charmante, ne l’était pas moins, que la patronne daronne l’était encore plus, nous voilà avec quatre personnes sympathiques, comme à la maison, à boire des bières.

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C’est quand même bien agréable. Voilà qu’on cause de tout et n’importe, t’es d’où toi, comment t’es arrivé(e) là, et Verdun alors, et le quai de Londres, et la guerre, et le «beau» 1er régiment de chasseurs (je ne vois pas comment un régiment peut être beau, hein, mais la causette au bar, c’est aussi des choses inexplicables), quelques faits divers, des vannes régionales. Et surtout de la bière, et aussi un peu lire le journal. On relance une deuxième pinte, même si le temps passe vite dans ces lieux, mon comparse s’intéresse à une blanche au rhum que je goûte dans son verre, et qui m’arrache un cri de haine. Je me rabats sur une Diekirch, tiens, pour faire couleur locale.

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Bon sang, on est bien dans le troquet, là. On se rencarde sur le chemin à suivre vers la MJC du Verdunois, à Belleville-sur-Meuse. Oui, à Belleville. Pourquoi je la voyais près de la cathédrale, ça reste un mystère… du coup il va falloir marcher un peu pour rejoindre les lieux, plus que prévu. J’anticipe aussi que le retour va nous sembler long. Mais pour le moment on termine notre pinte, quelques habitués passent, ça reste convivial, personne ne s’en plaint… dehors il fait frais, le quai reste assez désert, notre refuge va être dur à quitter.

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Vinguette, faut quand même qu’on bouge, c’est que le temps passe. On flirte avec la Porte Chaussée, on traverse la Meuse, et suivant les indications données au bar, on part à gauche, et roule ma poule. La route vers Belleville est d’emblée sinistre et sans vie. Personne à la ronde. On en vient à douter. J’avise au loin un vieil homme boiteux qui m’inquiète un peu. Le vieillard, pourtant, sous sa casquette qui nous cache encore un peu plus son visage que sa position bancale, se révèle un type foncièrement accorte, qui nous indique le chemin, amical comme pas deux, souriant et badin. Décidément, Verdun, c’est un grand désert parsemé de refuges chaleureux et de voyageurs solitaires fortement amicaux. Et ça se confirme. Nous inquiétant à nouveau sur la distance restant à parcourir, nous entrons dans une boulangerie. Ni une, ni deux, la madame nous jauge et avec un sourire nous dit: «vous cherchez le concert, hein?». Bah oui, qu’on le cherche. Nous apprenons que nous ne sommes pas loin, nous causons un moment avec elle et sa cliente, on rigole encore bien, qu’est-ce que les gens ont à être gentils comme ça, bon dieu, c’est effrayant. On mange aussi, des trucs gras qu’on lui achète. Une bonne raison de plus pour elle d’avoir le sourire. Elle nous avertit: «prenez pas le chemin de halage, la nuit c’est pas sûr, on rencontre des cas». Tout en voyant bien ce qu’elle veut dire, je ne vois pas bien ce qu’elle veut dire. Allez, on y va, direction la MJC, qui apparaît peu après.

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Ah, un tas de punks devant la porte dis-donc. C’est que les Messins sont en force, hé. La MJC est une MJC, c’est anonyme, mais c’est pas mal, et même, dirait-on, heureusement que ça existe. On boit des coups, moi moins parce qu’il faut rentrer après, mais quand même, y’a de la bière de Rarécourt qui est bien bonne, et c’est pas juste parce que je suis content. Elle est bien bonne en vrai. On rejoint la salle assez vite parce que la petite galerie de la MJC est étouffante et noire de monde. J’aborde un mur, quel talent, je prends appui, quelle audace, et je ne bougerai plus jusqu’à la fin, ou peu s’en faut. Diego Pallavas entre en scène.

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Bien sûr, comme toujours, Diego Pallavas, ça savate, c’est plein d’énergie, c’est teigneux avec le sourire et ça boit du whisky, que ça dit. Bon. Tout ça met une scène très jouasse, et un public itou. Je commence doucement à laisser sombrer dans la brume cimetières, cratères, forts, champs de bataille et zone rouge.

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PKRK passe à son tour, les tubes du groupe font des remous venus du fond du public. Bien que n’étant pas un grand fan, je ne boude absolument pas mon plaisir. La prestation commence tiède, avec un son discutable, et puis ça prend en cours de route, ça monte, ça monte, et ça termine joliment. Les Sales Majestés, je les attendais au détour. Parce que c’est un groupe que j’ai écouté quand j’avais 16 ou 17 piges, et puis j’avais décroché, et puis bon, le temps passe, et comme pour d’autres, je me dis: « allez. Faut bien les voir une fois au moins, hein ». Je n’en attendais pas grand chose. Bah tiens. J’en ai eu d’autant plus. C’était sévèrement balaise, sévèrement galvanisant, très enthousiasmant. Un retour aux fondamentaux très premier degré, mais c’est loin d’être inutile (a m’fait penser au «Deuxième degré» de Zabriskie Point, tiens). Moi je m’envole de partout, pris par surprise, je ne m’attendais pas à autant de patate, je chante gueule comme un veau, c’est super. Ils sont loin les champs de bataille. Mais voilà. Les Sales Majestés ont aussi un titre, qui s’appelle «Champ d’honneur» et qu’ils ne pouvaient pas ne pas jouer à Verdun. Impossible de le rater. Et soudain, toute la journée me revient, tout le rapport étrange, révulsé, passionné et presque douloureusement charnel que j’ai avec ce conflit, et surtout celles et ceux qui l’ont vécu, me revient, et la chanson m’explose aux méninges, comme cette fois où on l’écoutait dans la voiture avec un ou deux camarades notoires sur le Chemin des Dames. Alors quoi?

Alors à ce moment là, la boucle de cette journée était bouclée, plusieurs mondes intérieurs quelque part en moi se regardaient, circonspects, mais se serraient longuement la pogne.

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Les choses bien à Jarville

La sidérurgie? Ah, c’était peut-être pas bien, mais ça avait de la gueule quand même. Mais ça fait longtemps que c’est terminé. Alors? Alors je propose la microbrasserie Grenaille par exemple. Alors ouiiiiiii, monsieur Jones, c’est quoi cette pub, ah, vous qui dites toujours…

Je te répondrai qu’une fois que tu y auras été, tu comprendras que ce n’est pas du caca mou mercenaire fait pour entrer en symbiose avec ton cerveau, soit de la pub, mais bien un acte de salubrité publique enthousiaste. Voilà. Ici le site de la microbrasserie, et ici sa page Facebook.

T’as vu? Deux liens de couleurs différentes. C’est ça l’expertise technologique de Un Dimanche en Lorraine. Je ferais bien claquer ma langue dans ma bouche avec un clin d’œil pour en rajouter un peu, mais par écrit, c’est pas terrible. Enfin….

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Les manettes des caves de Maxéville

Aux anciennes brasseries de Maxéville devenus Vins de la Craffe puis plus rien après fermeture, ce qui est chouette, c’est pas seulement les caves obscures qui font froid dans le dos un peu, c’est aussi les manettes. Comme ma prof d’histoire-géo appelait les télécommandes. D’ailleurs ici, c’est des armoires en fait. Bref. Y’en a plein, et le vin industriel, ça se fait pas comme ça… c’est comme la spéléo, c’est du boulot (obscure référence).

 

Dehors, les brasseries!

Car les anciennes brasseries de Maxéville, ce ne sont pas que des caves, c’est aussi du dehors. Ici la façade côté chemin de fer, que l’on voit quand on arrive à Nancy par le nord. Elle se trouve à l’emplacement de la terrasse où l’on servait bière et rafraichissements, face à la voie ferrée, qu’enjambait une passerelle permettant aux visiteurs d’y accéder directement depuis la route de Metz. Enfin, la charpente d’un entrepôt plus tardif.

Et oui, j’ai eu la main lourde sur les contrastes de la première.

Brasseries de Maxéville / Vins de la Craffe: les bas-fonds

 

C’était marrant de faire ces photos tout seul. Avec juste la lampe de poche à batterie. Parce que voilà, quand y’a pas de lumière, tu fais pas ta diva à vouloir ramener des tas de projos machin. Si y’a pas de lumière, tu en prends ton parti. C’est comme ça, tu vas pas dénaturer tes sensations avec des watts. Et puis ce serait bien trop social-démocrate (si). Le côté exploration anarchique est plus rigolo, tu fais vingt réglages par photos, tu râles tout seul dans le noir, ça résonne, du coup tu te tais et te fais tout petit. Tu en prends ton parti. Le noir, c’est bien. Les projos, c’est l’diab’ (sans compter que j’aurais la grosse flemme d’en installer, note. C’est peut-être la raison principale, mais si c’est frustrant, je peux aussi te faire trois paragraphes sur une supposée « démarche artistique », hein. C’est pas l’soucis).

Au fond des brasseries…

En attendant que je photographie le fin fond. Nous sommes toujours à Maxéville, dans les caves des Grandes Brasseries Réunies / Vins de la Craffe. Où aujourd’hui pullulent des champignons massifs. Ce qui n’est pas rassurant, car une invasion d’aliens, à côté des champignons, c’est une grosse farce. La civilisation humaine, au regard de la dynamique du champignon, c’est un ramassis d’agitations incohérentes. Hum. Bref.