Une jolie fin de journée dans le Val de Seille (et ses annexes)

Ces derniers jours ont prouvé avec véhémence à quel point l’hiver a une supériorité incontestable sous peine de lynchage à vocation pédagogique sur l’été. Parce que le soleil rasant, là, qui vient te souligner l’ensemble des choses soulignables de l’univers… tu crois que celui de l’été, qui est un étoile différente, il te donne les mêmes sensations? Non. Non non non. Non. C’est définitif. Si l’hiver était un Pokemon, il serait forcément le dernier en lice avec les oignons. Car si l’on bascule entre les registres et qu’on cause cantoche, y’a quoi à part les oignons? Le lard? Oh, je te sens partisan, quoique je t’approuve. Mais non. Les oignons. Quel que soit ton régime alimentaire ou ta religion, les oignons sont un summum d’importance inévitable. Personne ne l’interdit. Alors. Bon. Bref. Pour en revenir à la supériorité écrasante de l’hiver, quelques images de ce dernier en approche dans le Val de Seille (et ses annexes).

SONY DSC SONY DSC SONY DSC SONY DSC

En forêt de Brin

On l’appelle forêt de Brin-sur-Seille, en tous cas moi. Mais c’est par habitude. C’est que par la grâce des frontières communales, ce même massif comporte plusieurs forêts. Brin, donc, mais aussi Amance, un bout de Dommartin-sous-Amance avec le bois de la Voivre, et pour ceux qui vont traîner leurs guêtres jusqu’à la corne là-bas au nord-est, le bois de Bioncourt. Je n’oserai citer la jonction envisageable avec l’autre côté, vers le sud de ce massif que Champenoux coupe en deux. Ça c’est pour les Unionistes pré-défrichages d’antan. Bon, sinon je m’y attache de plus en plus à cette forêt. Humide, la forêt. Très humide. C’est qu’on y coule dans tous les sens, et quand tu crapahutes dans les sous-bois, tu tombes sur des rigoles, des ruisseaux, des talus, des vieilles digues, des coins inondées, tout un bordel impraticable d’ailleurs. Et puis il y a l’étang en plein milieu-mais-pas-vraiment. Et puis la forêt, elle penche, elle est toute bancale vers le sud alors ça ruisselle de partout. Et puis y’avait une voie ferrée dans la forêt. Et en 14, on s’y est battu comme ça, pour faire comme tout le monde, et dès l’hiver, les français s’y sont enterrés, organisés, dans ce secteur qui restera après la fièvre de l’été 14 plutôt calme jusqu’à la fin des hostilités. Du coup, tu ne sais plus ce qui est drainage, ruisseau, tranchée inondée, installations de la voie ferrée, installations militaires, installations forestières…

Alors tout ça confondu, ça te fait une forêt à la fois inextricable, impraticable, jolie, diversifiée, riche, pleine de tas de trucs cachés avec de grandes routes forestières ignorantes qui te quadrillent tout ça. Tiens, là je vais te montrer le genre de terrain qu’on trouve autour d’une -manifestement- vieille batterie d’artillerie française au bord d’un chemin, ou ce vieux puits près d’un carrefour de routes forestières. Par exemple. Ah, les forêts habitées, ah! On se croirait dans les Vosges, pour l’état d’esprit. A force d’aller l’explorer, la forêt de Brin, elle commence à bien me plaire, dis-donc.

DSC_7524

DSC_7523

DSC_7522

DSC_7521DSC_7520DSC_7519DSC_7509DSC_7507DSC_7506

Étang et forêt de Brin-sur-Seille

Tout ça pour dire qu’en Lorraine, y’a pas que des grosses usines sidérurgiques dégueulasses fermées par de vrais butors de premier ordre. C’est l’jeu ma pauvre Lucette? Ouais. Bah il serait temps qu’on arrête de jouer en soupirant bêtement qu’il faut bien respecter la règle pour maraver les concepteurs et les arbitres du jeu. Leur retourner la table de jeu dans la gueule, ou quelque chose de cet ordre. Et retourner voir Lucette pour lui dire que le problème est réglé, et qu’éventuellement en cadeau bonus, elle peut se marier avec Josette, qu’on fera une fête sous une tonnelle mais pas à l’étang pour pas emmerder les bestiaux. Et même si se marier reste une démarche qui m’apparaît un peu… incompréhensible.

Enfin bref, en Lorraine, y’a aussi plein de coins sans cheminées à l’horizon, contrairement à ce qu’on croit parfois. Voilà.

DSC_7527 DSC_7530 DSC_7535 DSC_7538 DSC_7539

L’INRA et la Bouzule et les méchants

Je suis du genre à prendre mon vélo et à rouler un peu tout droit dans la forêt. Si tu fais ça du côté de Brin-sur-Seille, il t’arrivera la même chose qu’à moi: PAF! d’un coup, tu vas te retrouver face à l’INRA, avec ses bâtiments de base secrète des gentils, cachée dans la forêt pour que les méchants dont la base a été conçue par Starck -qui est un des méchants- ne puissent pas la trouver, les tas de gredins maléfiques. Et c’est tant mieux, parce que aussi, il y a le vieil arboretum d’Amance qui est là, et si les méchants le trouvaient, ils y feraient un Center Parc. Center Parcs? C’est un truc de bien-être cher et de la nature c’est chouette quand c’est à moi, qui consiste à raser une moitié de forêt pour y installer de coûteux équipements et à clôturer l’autre moitié pour que tu payes pour y aller, en fait. Détente et écologie je te dis, proche de la nature, tout ça. Bon esprit. Je te jure que le jour où je suis maître du monde, je rase les Center Parcs en premier dans ma liste des trucs à faire. Et après, je fais fusiller Benjamin Biolay et Alex Beaupin en deux, mais ça c’est encore un autre problème. Bref, il vaut mieux aller du côté de l’INRA, à la Bouzule, et à l’arboretum, qu’à Center Parcs.

Voilà voilà.

DSC_7510

DSC_7511

DSC_7512

DSC_7514
Je suis Champenoux dans le fond. Ouaip.

DSC_7516

DSC_7517

Les vacances en Lorraine -1-

Salut.

Je suis un petit gamin 50% Parisien, 50% Brésilien, 100% 18ème Arrondissement. Mon arrondissement il est cool. Plein de bonnes odeurs les soirs d’été, même si ça sent la pisse du coté du métro La Chapelle. Depuis chez moi on voit Montmartre et son atroce Sacré-Cœur. C’est un appartement dans un immeuble populaire, comme on dit, mais la vue est belle aux étages. On voit les Orgues de Flandre, on voit même la tout Eiffel au loin, avec son phare qui attire le touriste à bon port. A portée de main, les Indiens, les Pakistanais, les Brésiliens, les Africains de divers pays, là-bas même cette terrasse pleine d’Italiens. Les mecs louches au carrefour qui font leur commerce, et mon école très chouette avec ma classe où on n’est pas trop blanc, et où ma copine elle est carrément noire. On s’invite, on se voit, nos parents rêvent de la campagne parce que le collège du quartier a une réputation un peu comme-ci comme-ça, et pas forcément volée. C’est le quartier. C’est comme ça. On le sait. Ils rêvent de campagne, et justement, tiens, on allait en vacances en Lorraine. On allait crécher à Dommartin-sous-Amance, chez un poilu qui fait un Dimanche en Lorraine et une fille aux jolis yeux bleus.

Le matin, on est monté dans le camion bleu du poilu, qui était avant à mon papa (le camion, pas le poilu). Dessus, ça a changé, y’a des autocollants comme « Lorraine Café » et « Un Dimanche en Lorraine ». Aussi « Sage Francis ». Ça a l’air bien. On a été dans un magasin un peu curieux au milieu des champs, à Laître-Sous-Amance, et on a acheté des bonnes choses de Lorraine. On ne sait pas trop si les producteurs étaient, justement, productivistes ou non, mais au moins ça venait du coin. Et l’épaule fumée, mijotée trois heures au romarin, à la baie de genièvre, avec des patates rates du coin, des champignons de l’automne dernier et un peu de crème et de gris de Toul dans la sauce, je te dis pas! Après, on a été à Brin-sur-Seille. On a fait le tour par Lanfroicourt parce que c’est vachement plus sympa et ça donne une belle vue sur la vallée de la Seille qui est rien moins qu’adorable dans ces coins-là. A Brin-sur-Seille, on marchait vers la forêt, et on m’a raconté qu’on allait voir la tanière d’un loup. Cette tanière a été construite entre 1914 et 1916. Étonnant. Plus étonnant encore, on m’a raconté que c’était un loup allemand. Moi, comme j’ai pas bien compris, je l’ai appelé tout de suite le « Lorallemand ». Ça a eu l’air de leur plaire, là, aux grands dadets. Cette tanière en bordure du chemin était bizarre, on a fait une sacrée aventure pour l’atteindre, et même si il y avait un accès tout fastoche, il n’empêche que c’était marrant cette aventure à travers les taillis et les arbres qui piquent. La tanière du Lorallemand, vous y croiriez pas. Une tanière pas croyable. J’ai contacté l’Etat-Major des enfants et le service de renseignements m’a informé que si vous n’y croiriez pas, tas d’adultes dégénérés, c’est parce que vous avez peur de tout, comme de mes copains pas très blancs du XVIIIème, et aussi parce que vous croyez en des trucs nuls d’adultes, comme des religions ou des systèmes économiques absurdes. Bah dis-donc. Moi je suis bien avec ma tanière de Lorallemand, même si ça me rassure moyennement, comme endroit.

DSC_6672 DSC_6673 DSC_6699 DSC_6700

Après on a continué. On a croisé un loup blanc (qu’ils m’ont dit les grands dadets, même si c’était un chien qui avait quand même un air de loup). A un moment, ils se sont tous mis à parler à voix basse et je vais te dire, pour moi, c’était ardu, vu que comme j’étais impatient, et selon la coutume du peuple enfantin, c’est difficile de pas parler fort. N’empêche qu’ils n’avaient pas tort. Parce que nous, tu vois, on a monté dans une sorte de cabane en bois bizarre, et y’avait une fenêtre toute allongée, et de cette fenêtre on voyait les oiseaux. Sur l’étang. Le poilu a sorti les jumelles de marine de son grand-père. Elles sont bien puissantes, c’est vrai, mais immenses et pas pratiques, va comprendre. Lui avait l’air de trouver ça bien. Mais qu’importe. J’ai vu des tas de sortes d’oiseaux à plumes diverses et variées, sur l’eau, sur les rives, sur les sortes de bancs de sable et tout. Incroyab’. Ils étaient à la fois plus jolis que des pigeons consanguins de Max Dormoy, et aussi ils flottaient vachement plus que les moineaux de la Gare du Nord.

DSC_6676 DSC_6678 DSC_6679 DSC_6691 DSC_6693

Après on est rentré à Dommartin à la maison du poilu et de la fille aux yeux bleus, et maman et moi on était bien content. Brin-sur-Seille, ça niquait sa race, comme dit le grand-frère à mon copain qui est déjà au collège. Et sans rire, c’est vrai. A la maison, on mangé des haricots et tout, et c’était bien, avec de la salicorne vinaigrée ramenée de l’endroit rigolo qui s’appelle Le Crotoy, comme une crotte. Pouf, sieste pour moi et pour les grands, avant que des autres grands venus de Nancy, de la rue Vayringe, n’arrivent boire du café et manger du gâteau au yaourt et à la pomme que ma maman elle avait préparé avec les yaourts du magasin bizarre dans les champs et les pommes du carton qui sent fort dans l’entrée du poilu. Elles sont « blettes » ils disent, mais très bien pour un gâteau, ces pommes du verger en Meuse, du pépé et de la mémé de la fille aux yeux bleus. Bref, un Dimanche en Lorraine qui commençait bien. Mais je n’avais encore rien vu. Et vous non plus du coup, tas d’adultes ignares et froussards.

La ferme du Jard

Après Laître-sous-Amance, déjà côté Amance, y’a la ferme du Jard. La ferme du Jard, et pas la ferme du Jarl, pour les inconditionnels de Skyrim ou de Mount & Blade qui liraient trop vite. Même si, amis amateurs de jeux vidéo, je vous l’accorde, ça serait la classe américaine. La ferme, là, elle se tient campée, sous les pentes du Grand Mont d’Amance, qui domine la région en faisant le beau.

Après Le Jard, la route se poursuit vers le château de Fleurfontaine et le chenil de la Fourasse. Au-delà, les bois. Forêts d’Amance et de Brin.

Oui, c’est sur la route, peu après le Jard. Oh bah moi tu sais, je suis pas difficile comme garçon. Tu me fous des cuves rouillées sur le bord du chemin, je suis excité comme un poux, ça me fait ma journée. Oulalah, m’en faut peu pour être heureux…