Sainte-Geneviève, sortons du village

Enfin c’est pas obligé non plus, on peut y rester. Je ne connais personne à Sainte-Geneviève, mais il doit bien y avoir des gens sympas avec lesquels boire des coups et manger des navets. Statistiquement c’est presque obligé.

Mais quand même. Sainte-Geneviève est un village perché sur sa colline, qui a le bon goût de dominer la vallée de la Moselle. Et aussi la centrale électrique de Blénod-lès-Pont-à-Mousson, majestueuse comme pas deux. Elle ruine la vallée, mais elle est majestueuse. C’est comme ça, ça serait trop simple si c’était pas compliqué dans ma tête. Mais ho, on va remonter sur la colline et sa belle vue. Sainte-Geneviève, quand tu en sors dans l’axe de la crête, il y a un chemin. Et sur ce chemin, outre le fait que ta vue porte par-dessus la rive gauche de la Moselle vers les hauteurs du Toulois qui moutonnent avec leur talent habituel dans le couchant, tu croiseras un terrain de foot en pente, un monument aux défenseurs du Grand Couronné avec des panneaux pour t’expliquer comment ça a flippé sa mère côté français sur cette colline coupée du reste du front fin août 1914 et même un petit belvédère pour regarder vers l’est, de l’autre côté. Parce que la vallée de la Moselle c’est bien, elle fait sa belle genre regardez-moi je suis une vallée de la Moselle avec des tas de clins d’œil déplacés, mais il y a aussi à voir vers la Seille et sa vallée qui se prend pour une plaine. Bon, vers le nord-est tu auras aussi non loin la butte de Mousson. Non négligeable. Ah aussi si tu pousses un peu, tu passeras sous la blinde de pylônes assez fascinants soutenant les lignes à haute tension qui escaladent et franchissent la colline depuis la centrale électrique sus-citée. C’est bien hein?

Ouais c’est bien Sainte-Geneviève.

D’ailleurs on y reviendra.

Un après-midi d’été en Lorraine -4- Entre Bezaumont et Sainte-Geneviève

Cette journée s’est terminée sur les hauteurs qui dominent la vallée de la Moselle, à la recherche d’un peu de fraicheur. Introuvable. Le soleil écrasait tout autant la Lorraine sur ces hauteurs que dans les vallées, plus encore peut-être. Depuis, la pluie est tombée, il serait intéressant que je refasse ces photos d’ici quelques semaines, pour noter le contraste…

Le Froidmont, la Première Guerre Mondiale et ce qu’il en reste (2005)

Peu avant Pont-à-Mousson, les arrières du front côté allemand sur le Froidmont, à Bouxières-sous-Froidmont. Ce qui se tient. Un très bel ensemble de vestiges, et des paysages un peu mélancoliques en hiver. J’aime bien, là, entre Nancy et Pont-à-Mousson. Même avec mon tout vieux compact pas cher d’à l’époque en 2005 ça passe pas trop mal.

 

Sainte-Geneviève et Landremont, sur les collines heureuses

Le relief c’est important en Lorraine. Les collines. Y’a les montagnes vosgiennes, mais les collines, les ondulations. J’ai passé un mois dans l’Aube une fois, un long mois. C’était intéressant d’une certaine manière, très inspirant en fait et pour tout dire exotique. Mais bon sang, cet horizon plat criblé d’éoliennes qui clignotent la nuit toutes en même temps et projettent une lumière d’apocalypse sur les nuages, ça m’a foutu un cafard de tous les diables. Alors quand j’ai retrouvé les ondulations lorraines, et au premier chef celles du Grand Couronné de Nancy, qui sont celles que je connais le mieux, j’ai respiré. J’ai bien respiré, même.

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Quelques vues depuis la Butte de Mousson

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Le viaduc du TGV-Est du côté de Vandières

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La banlieue de nord de Pont-à-Mousson, et au fond, entassé dans son vallon, Norroy-lès-Pont-à-Mousson

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Un coup d’œil vers le piémont vosgien, dans le lointain.

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La vaste et large vallée de la Seille, avec au premier plan la Forêt de Facq

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Sous le revers du Froidmont, la carrière du TGV-Est encore bien visible.

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Vallée de la Seille et forêt Facq. Bis.

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Au loin, à travers les brumes, on voit Metz.

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Nina et Axel font partie des amoureux ingénieux qui peuplent parfois les soirs d’été de la Butte de Mousson.

La Butte de Mousson et le bordel existentiel

D’un côté, et bien que je mette souvent un mouchoir dessus, j’ai une véritable haine du tourisme, parce que c’est un marché, du marketing, des institutions, de la pauvreté dirigiste, des structures parasites, parce qu’il souille tout ce qu’il touche et prostitue les gens et les lieux; je le dis pas trop en général parce que ça ne se dit pas, et que souvent, je n’agis pas en conséquence, bien au contraire, j’y participe. Et avec enthousiasme, encore. Mais pourtant, dans le fond, c’est ça.

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Autant, à dire vrai, j’adorerais que l’humanité, pour voir grand, (re)connaisse la beauté de certains coins de par ici -ou ailleurs-, les montrer, les faire connaître, les faire apprécier, les partager, les raconter, les illustrer, les animer… dans le fond, c’est ça aussi.

En même temps. Les deux. Ouais je sais, c’est n’importe quoi. Un peu comme ma mise en page. Bon.

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Je ne sais vraiment pas comment je fais, parce que c’est assez incompatible, tout ça. Peut-être continuer de bien vivre dans la contradiction, l’inachevé, l’absurde et l’inquantifiable, il n’y a décidément que là que je me sens vraiment chez moi. Et ne jamais résoudre le conflit entre orgueil démesuré et humilité atavique.

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La Butte de Mousson fait partie de ces endroits que j’ai envie de faire connaître à la planète entière, et sur lequel je ne veux pas que le monde marchand mette ses sales pattes, un lieu qui ne doit appartenir à personne, pas même à ceux qui y sont nés, mais que j’aime voir mis en valeur. Contradictoire, donc.

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La Butte de Mousson, je n’aime pas y aller, je n’aime pas en faire un but (de Mousson, ah-ah), mais j’aime y passer, qui plus est à l’improviste, sur un coup de tête. Tiens, j’ai un peu le temps, et ce flux débile de l’autoroute me mine, voici la Butte au loin, si je faisais un pas de côté? Monter même dix minutes sur la Butte? Sortir du flux, et laisser vagabonder mon crâne sans but (de Mou.. je… non, désolé)? J’aime cette halte, par tous les temps, par tous les moments. Je préfère quand même quand c’est venteux, avec un ciel un peu boudeur.

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La Lorraine et ses collines, ses buttes, ses lèvres de plateaux, ce sont quand même des motifs qui me font avoir des élans amoureux paysagers, comme ça, spontanés, qui soulèvent de vraies émotions intimes, des vagues de tendresse inquiète, avec une sorte de capharnaüm tellurique psychologiquement douteux qui me fait me sentir agréablement petit, humble, et partie insignifiante et essentielle d’un ensemble plus vaste que je ne comprends pas, et que je ne veux surtout pas comprendre, ni maîtriser: ça tuerait cet agréable sentiment de le prendre en pleine gueule, cette certitude de ne pas pouvoir le contrôler, le posséder, l’acheter, ou le vendre, et de m’y abandonner.

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La Butte de Mousson, je ne sais pas si c’est mieux qu’ailleurs, ou moins bien, ou plus vendeur, ou moins attractif. Et je m’en fous royalement. La seule chose dont je suis sûr, c’est que c’est un endroit où je suis bien (le mieux étant l’ennemi d’icelui), et celles et ceux à qui je le montre semblent s’en rendre compte. Moi j’vais t’dire, ça m’suffit. 

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(Même si le monde doit savoiiiiiiiiiiir! Mais alors comment faire? La question des moyens, comme disent les Marxistes…)