Le Moulin Noir, encore un matin où ça valait la peine de se lever

Bon je dis le matin, mais en fait c’était entre midi. J’ai mangé tout vite mon reste de gratin de pâtes (avec genre du Comté, du Salers et de la Tome vosgienne, et des lardons de la ferme découpés par bibi) et je suis allé profiter de mes deux heures de pause méridienne. Quand j’ai été embauché, j’ai pas négocié mon salaire, mais par contre j’ai négocié deux heures de pause à midi. J’arrive pas toujours à les prendre d’ailleurs. Mais dès fois oui. Partant du fait que je préfère travailler moins pour gagner moins que l’inverse. Du moment que ça paye les factures, les patates et la bière, t’sais… bon me voilà à Lay-Saint-Christophe. C’était il y a quelques jours. Je traverse la passerelle du Moulin Noir, site d’un ancien pont ferroviaire, parce que c’est un chouette endroit sur la Meurthe, avec au sud les promesses de Malzéville et Maxéville, et au nord un coude sous Bouxières-aux-Dames avec quelques bancs de galets où je venais me baigner gamin et chercher des fossiles avec des grands de la famille fans de cailloux.

De l’autre côté, sur la rive Champigneulles, après avoir zyeuté tant et plus le mouvement fascinant de l’eau aspirée par la récente centrale hydro-électrique, j’ai filé à gauche mater le cul des brasseries. Ça faisait longtemps que je n’étais pas passé là et ça fera l’objet d’un autre billet. Arrêtons-nous avant, veux-tu bien? Parce que, au niveau du Moulin Noir et un peu au-delà, il y avait le meilleur truc météorologique du monde après la neige et les orages, à savoir le brouillard. C’était chouette. C’était chouette cet air immobile. C’était chouette les arbres qui dégoulinent bruyamment et se répandent au sol en flaques étrangement denses. C’était chouette ces formes incroyables, c’était chouette ces silhouettes d’arbres se découpant durement sur la blancheur, c’était chouette cette eau favorable au narcissisme. C’était chouette, quoi. Faudrait que ce soit plus souvent l’automne et l’hiver. Une fois par an c’est pas assez.