Sur la route d’Agincourt

Il fait beau, tu as le temps. Tu dois aller à Agincourt. Tu pars de Dommartin-sous-Amance. Alors tu prends tes pieds, vu qu’il y a à peine vingt minutes de marche entre les deux villages sur la petite route calme. Et agréable.

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D’abord ces bons vieux Ardennais sous le Pain de Sucre.

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Dans le fond se profile déjà Agincourt. Des vaches. Oh bon dieu des vaches. Invisibles pendant l’hiver, que seuls les chevaux peuplaient, j’avais oublié leur existence. Leur apparition me donne le sentiment de me retrouver face à un vieux peuple antique oublié. Oui. J’en fais trop. Je sais.

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Obéissant à la Commission Européenne et à Monsanto et consorts, les champs se hérissent de belles plantes mutantes.

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A l’entrée d’Agincourt, un calvaire. De 1882, même.

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Lui faisant écho, le clocher d’Agincourt apparaît.

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A l’horizon, sur la côte, Eulmont.

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Et tout là-bas, Amance sur la colline, avec au premier plan les toits de Dommartin.

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Bon bah ça y est. Agincourt. On dirait bien que je suis presque arrivé.

Les vacances en Lorraine -4-

AAhhHHAHhHHAHhHHAHhHAhahahahHHAhHhahA! Les chevaux! Au débouché du chemin du Pain de Sucre, je jubilais. Les CHEVAUX! Les PUTAIN DE CHEVAUX, que j’avais du me taper toute leur ballade de grands DE MERDE qui bavassent plus qu’ils ne regardent autour d’eux, avant de les voir, les chevaux. Mais au moins, ma maman ne m’avait pas menti, je peux toujours lui faire confiance. En redescendant, on ira voir les chevaux, elle avait dit. Mais voilà, intrigué par des mouvements au bord de l’Amezule, le poilu a voulu aller jeter un œil et affolé deux poules d’eau qui ont cavalé le long des rives avec leur cou en avant, un peu ridicules. Pauvres poules d’eau, elles ont sûrement été bien moquées aux cours d’EPS à l’école des animaux, quand elles étaient petites.

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Alors hop. Même si j’avais bien vu que les moutons qu’on avait raté la veille étaient de sortie à Dommartin, moi je voulais aller aux chevaux quand même. Et soudain, paf, les voilà, les chevaux de la route d’Agincourt, là, devant moi. Ils avaient l’air contents de nous voir, surtout un, et c’est vrai qu’ils ont l’air toujours un peu seuls à l’écart du village dans leur parc. Ma maman a peur des chevaux, alors c’est la fille avec les lunettes qui m’a porté, comme c’est une Vosgienne, elle n’a peur de rien. D’aucun disent que les Vosgiens sont indestructibles, et qu’en cas d’explosion de bombe thermonucléaire nord-coréenne, probablement lancée par une licorne irresponsable, il suffit de se cacher derrière un Vosgien, ça arrête les radiations et le souffle.

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Le cheval, il avait un air paisiblement mélancolique comme les chevaux peuvent avoir. Surtout ceux-ci, avec leurs gueules tristes et épaisses et leurs carrures d’acteurs de films de Renoir ou de Carné.

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Ça a été un grand moment de douceur dans cette journée, pas un hennissement, pas un éternuement, juste une grosse tête qui se laissait caresser, avec patience. Et ce vieux regard qui a l’air de tout comprendre de loin, comme celui de Stefan Zweig. Oui, on étudie Stefan Zweig à la maternelle. Si. Juré.

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Je sais pas comment te dire, c’était un peu émouvant, avec cette belle lumière d’hiver. MAISBONFAUTBIENCOURIRDANSTOUSLESSENSJESUISUNGAMINMERDEALORS! hurla mon surmoi à moi. Faisant demi-tour, nous nous dirigeâmes vers Dommartin. Bon, traverser l’Amezule, arriver au village, regarder un arbre.

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Mais quoi? Encore un cheval? Mais c’est la fête du calbut’ ou quoi? Allons voir ça de plus près. Lui, il est toujours tout seul dans son terrain. Ombrageux peut-être? Toujours est-il qu’il se la pétait un peu, le cheval, pas comme ses copains doucement mélancoliques plus haut sur la route. En même temps il en avait les moyens, il avait une certaine superbe, comme qui dirait. Nous, les enfants, on percute pas trop ces choses-là. On veut juste caresser. MAMAN JE VEUX LE CARESSER. Voilà. Ce qui tombait assez bien vu qu’on était là pour ça.

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Je suis majestueux et je vous emmerde.

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Et là, la polosellane, elle s’est pécho un coup de jus. Ah ah. Elle s’est trop penchée, et tac! Châtaigne! Si elle avait été vosgienne, ça lui aurait redonné des points de vie. Mais comme elle est polosellane, elle a juste fait un grand bond débile et faisant un bruit étrange, et le cheval a pris peur, ruade, éloignement. BIEN JOUÉ. Tout ce qu’il nous restait à faire, c’était rentrer, pis le soleil descendait. Pis les Nancéiens, fallait qu’ils repartent. Alors on est remonté au village, les grands ont parlé un moment assis sur le muret et moi je bondissais pour tester des trucs que vous ne comprendriez pas, pis c’est top sicrète de toutes manières. Ils sont montés en voiture et nous on allait rentrer dans la maison, retrouver Lucifère la chatte de l’Enfer, et là ma maman a dit: « oh… on n’a pas le temps de passer à la Compagnie des Ânes à Eulmont? ». Le barbu a dit que oui, c’est tout près. Alors nous voilà partis vers Eulmont, ma foi. Un Dimanche en Lorraine, ça ne s’arrête jamais en fait.