L’hiver à Eulmont

Roh. Ça devient un peu cul-cul tout ce soleil, non? Tout le monde a l’air content, l’enfer. On ne se croirait plus en France, sans tous ces gens qui râlent sur leur sort individuel depuis leur fauteuil en gardant leurs pantoufles bien propres.

Un peu d’hiver à Eulmont, il y a quelques mois à peine, pour détendre tout le monde!

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La luge sur les pentes de Blanzey

Il faisait un vrai froid de canard ce jour de décembre. Un jour à marcher encore et encore, pour, en fin de journée, se trouver à proximité de Blanzey et de son Prieuré, à la lisière de Bouxières-aux-Chênes. Sur le chemin venant d’Eulmont, on voit de loin des gens dans les champs. Des gens, des luges, et ça glisse. Quand tu es en bas, dans la vallée, près du cimetière de Dommartin-sous-Amance, et que tu regardes dans cette direction, tu vois toujours cette ondulation parfaitement lisse, et d’autant plus qu’enneigée, cette sorte d’éperon dodu, cette avancée boudinée, qui sépare les deux villages. Bien entendu, l’endroit, vu d’en bas, par la perfection visible de la rondeur de ses pentes, justifie sont statut de piste de luge du secteur…

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Le lourd août en Lorraine

La Lorraine, c’est semi-continental. C’est à l’échelle française quasiment les steppes de Sibérie, non?

Non, peut-être pas.

Mais par ici, si août est moins brillant qu’ailleurs, il a une désagréable pesanteur qui peut marquer toute une enfance. Les Grandes Vacances commencent dans la lumière de juin, qui éclate en juillet. Et puis vient août. La saison des orages. Si ils peuvent éclater et ces derniers jours l’ont montré, les orages peuvent aussi menacer, menacer, écraser, longtemps, pendant des jours et des jours, puis s’évacuer sans soulager de cette pesanteur brûlante.

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Nous n’avons pas la mer à côté de nous, ici. Pas de grande masse d’eau régulatrice. Ici, la grande masse d’eau, c’est la Madine, c’est Pierre-Percée, ou Mittersheim… ça ne fait pas la fraîcheur océane, la brise marine, tout ça.

Dimanche, c’était un jour d’août en Lorraine comme mon enfance en porte la trace. Ces journées d’août, longues non par leur durée, non par le nombre de fois où l’aiguille des secondes fait le tour du cadran, mais par la touffeur qu’il fait. Il fait touffe, qu’on dit d’ailleurs, ici. Pour les Sudistes, les belles chaleurs sèches et lumineuses. Pour nous, cet air flou, gorgé de soleil glauque, cet air immobile, poisseux, que sillonnent les guêpes énervées par la pression, qui tournent autour des mirabelliers, des quetschiers et des bennes à ordures; le ronronnement de grosses mouches paresseuses qui viennent jeter une papille au mélange de vin et de moutarde que mon grand-père préparait au fond de son assiette pour saucer le jus de la viande. Les moucherons collant à la sueur, agaçants, étourdis de torpeur, et chassées par des hirondelles hystériques en rase-mottes.

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Chaque geste coûte, tout est aiguisé. Quand j’étais gosse, je trouvais que les orties piquaient plus fort. L’eau des baignades dans les étangs où la baignade était interdite était plus saumâtre que jamais. Le petit balancement des arbres chargés de fruits nous disait que l’air n’était pas si immobile que ça, que là-haut, loin, ça commençait à tanguer, à cisailler dans les hautes sphères, au sommet de ces immenses champignons.

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Au fur et à mesure que ces journées d’août en Lorraine avancent, bien malin qui peut dire où est passé le soleil, et pourtant, chacun de plisser les yeux, blessé par une lumière assassine et anormalement aiguë. Une journée comme ça, ça ne me propulse pas en enfance, non, c’est tellement la journée idéale et effrayante de l’image que j’ai de ce mois en Lorraine que c’est simplement une confusion qui s’exerce dans le cycle de ma propre vie, qui se retrouve soudain désorganisé par un cycle plus grand, celui du climat. Tout se mélange. Les impressions, les sensations, les odeurs d’hier et d’aujourd’hui se rencontrent et se reconnaissent. C’est aujourd’hui comme hier, c’est «toujours», à mon échelle.

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On se surprendrait à lever un poing rageur et dérisoire vers le ciel: «Bon dieu, tu va venir, oui? Tu vas venir? Tu vas venir nous libérer de toute cette torpeur, cet étouffement, quel qu’en soit le prix?». Les odeurs. Elles éclatent comme jamais. Celle des mirabelles mûres, tombées au sol, pourries, qu’on piétine et qui nous font déraper, celle du fumier, celle de l’herbe et des fleurs, à la cambrousse. Parfois, gamin, je tendais tant l’oreille pour entendre le premier tonnerre que je l’entendais des heures avant qu’il n’existe. L’envie et la peur. Le délice de l’attente inquiète.

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C’est comme si la Lorraine avait chopé une mauvaise crève. Tout est ouaté, tout est brûlant, tout fait un peu plus mal, tout est un peu plus désagréable, corrompu. Je m’en régalais, je m’en régale toujours. Parfois, une petite pluie très fine et très courte vient tomber, presque invisible, précédant l’orage d’une petite heure. L’odeur de terre mouillée ravage alors tout, couvre tout. Même en ville, les trottoirs humides se mettent à dégager cette entêtante odeur, celle du mois d’août. Mais le calvaire reprend très vite, instantanément évaporée, la petite pluie sature l’air encore un peu plus. On est en nage. On n’a plus un instant envie de bouger.

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Au loin, ça commence à venir. Le premier grognement. Improbable. Dans le vrombissement des insectes plus excédés que jamais, on n’est pas sûr. Mais on cherche déjà quel sera notre abri, et, enfants, on se souvient bien qu’il faut éviter les arbres. Mais on a déjà parcouru la cambrousse en bande depuis le matin, et la maison n’est pas tout près. Et même si elle est tout près, on oubliera de s’y abriter, sauf si l’appel des parents, oncles, tantes, grands-parents vient retentir. On reviendra, mais de mauvaise grâce. C’est quand même si bien de jouer à se faire peur jusqu’au premier éclair, jusqu’à la première goutte, comme on jouait à se faire peur par le passé, jusqu’au premier sang…

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Oui! Au bout de la vallée, la pluie est là, c’est bien sûr, cette fois-ci. On ne voit pas bien les éclairs, ils sont diffus, filtrés, c’est un flash dont on ne saurait donner la direction, comme s’il était tout autour de nous. A Uzemain, à Sivry, à Hattonchâtel ou à Mulcey, on frissonne, on s’exclame. Les gamins battent lentement en retraite, les animaux frappent le sol de leurs sabots dans les parcs, même les adultes lèvent un œil concerné vers le ciel. Ceux qui n’ont rien vu venir cavalent dans tous les sens pour rentrer le linge, les enfants, le caniche. Le monstre est à nos portes.

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Mais il s’amuse, il nous contourne soudain, l’orage, au dernier moment. On regarde vers les nuages, vers le mur de pluie, fascinés, dos au plateau voisin. Sans savoir, alors qu’on l’a si souvent expérimenté, que l’orage est en train de revenir là, juste dans notre dos, de l’autre côté du plateau, l’un de ces beaux plateaux lorrains, pour nous tomber sur le râble d’un coup, sans prévenir. Le vent n’est pas si fort pour le moment. Qu’est-ce qui nous alarmerait?

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D’ailleurs tout ceci m’a l’air bien terminé. Encore une fois, l’orage est passé au loin, sans nous flatter. La touffeur revient au galop. Encore une longue nuit à mal dormir, enquiquiné par la moiteur.

Et puis voilà. D’un coup, en quelques secondes, l’orage passe le plateau et dévale sur nous comme une charge de cavalerie. Le vent, les gouttes pansues qui explosent de tous côtés, les éclairs, les nuages si bas qu’ils risquent de nous scalper, et tout ce vacarme, comme ça, de la violence débridée qui nous balaye. Sans prévenir.

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C’est là qu’on se met à courir. Pour s’abriter. Mi-riant, mi-inquiet. C’est là que l’histoire se répète toujours, depuis mon enfance: on vient attendre l’orage, on vient le braver, et puis, au final, on bat en retraite, et c’est toujours lui qui gagne. Et on sait très bien que ça ne changera pas. Mais on reviendra quand même la prochaine fois. Parce que ça fait du bien de se faire peur, de se sentir en danger à peu de frais, de sortir quelques minutes des carcans de la sécurité et de la prudence et du bonheur pépère imposés, histoire d’avoir peur, d’être impressionné, émerveillé par la sauvagerie du ciel, et de se sentir juste un peu en vie. Trempé et très en vie.

Merci août, merci l’orage, merci la Lorraine, merci mon enfance et mon maintenant!

Le Grand Couronné rutilant (et encore le Pain de Sucre)

Qu’est-ce que c’est beau. Sans déconner, tu quittes Nancy par Dommartemont comme moi, tu descends un peu, tu passes la maison sur la gauche à la sortie du bois, et là à ta droite, tu t’arrêtes. Hop. Et là, c’est toujours toujours beau. Là-bas, Seichamps se termine gentiment, juste là, le Pain de Sucre, inviolé, monte la garde contre le flot de l’urbanisation, dans le creux ici, Agincourt, et au-delà le plateau avec Eulmont, le bout de Lay, le début d’Amance, de Bouxières-aux-Chênes; on devinerait presque Dommartin… ah bah oui, mais à l’horizon, y’a en plus souvent un peu de Vosges qui pointent. Et puis le soleil est toujours très bien, quel que soit l’angle. Un bien chouette endroit.

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Une promenade autour de chez moi: Amezule power

Si tu as cinq bonnes heures devant toi, y’a toute une jolie marche à faire autour de la vallée de l’Amezule. Enfin, c’est pas la vallée de l’Amezule au sens strict, hein, mais ça reste le fil conducteur. Une marche qui te fait passer par Bouxières-aux-Chênes, Eulmont, le Plateau de Malzéville, la Butte Sainte-Geneviève, le Pain de Sucre, Dommartin-sous-Amance, Laître-sous-Amance et Amance. Tu vois les mêmes lieux toute la journée, mais avec des tas de points de vue différents qui te font croire qu’ils ne sont pas les mêmes. C’est la fête.

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Dans la forêt, non loin de l’ancienne mine de Blanzey
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De jolies vignes à Eulmont
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Une jolie improvisation à Eulmont, encore.
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Un carrefour entre Eulmont et Lay-Saint-Christophe. Et un chemin qui monte dans le fond au plateau de Malzéville, un peu rude sous le cagnard.
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Un passage sous les jupes de la route. Passage sous lequel les tagueurs du coin s’en sont donné à cœur joie, mais sans résultat probant. Les gars, apprenez, faites des stages, je sais pas moi, mais y’avait moyen de faire un peu plus classe que des tartines jaunes ratées.
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Sur les pentes du Pain de Sucre.
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Le Pain de Sucre vu sous un autre angle.
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Dommartin-sous-Amance, au milieu des arbres, sur une petite hauteur.

Le plateau d’Eulmont

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Le plateau d’Eulmont, c’est un peu notre Midwest à nous.
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C’est tellement américain le plateau d’Eulmont qu’on a même notre Zone 51.
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Mais non, on est bien en Lorraine. Certains détails à l’horizon…
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… ou dans les arbres!
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même un peu planqués, les détails, tapis derrière la ligne de crête…. on sait bien qu’on est à côté de Nancy!

Bienvenue chez moi (feat. Jean-Pierre Marielle, Jean Lefebvre, Aldo Maccione & Cheb Yusuf)

A la façon des chouettes longues marches souvent parisiennes de ElsaleDevin, voici un billet plein de photos jusqu’à ce que la molette de ta souris rende l’âme, ce qui est un complot car je suis vendu au lobby des souris informatiques. Alors un peu de courage, de la patience, je t’emmène dans une promenade pépère d’un peu moins de deux heures aux alentours de mon bled.

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Ça commence avec la ferme Lhuillier, en bas du village, dont la plus vieille rue court sur la ligne de crête juste derrière. Ah, tu vois ce cheval? Je te le signale, parce que dans ma vallée, y’a des chevaux partout, haras, ferme équestre sont de mise. Je te le dis, parce qu’on en reverra.

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Je quitte donc le vieux village par la voie verte pour me rapprocher de l’écart du village, plus récent, qui s’appelle le Piroué.
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A l’entrée du Piroué, en suivant la voie verte, je tombe vite sur le silo, qui d’ailleurs semble être géré par le copain de la copine d’une copine parisienne. C’est pas incroyable raconté comme ça, mais moi, la moindre des coïncidences et des mondes petits continuent de m’émerveiller comme si j’avais un an et demie («waaaaaaah c’est incroyable, quand je pense à bouger ma main elle bouge!!!! c’est trop bath ces coïncidences! Et en plus, ma mère habite dans le même appartement que moi, elle est toujours là, c’est fou ce que le monde est petit!!!!! Et quand je bois mon biberon, je sais pas si ça vous le fait, mais pile poil après, même pas calculé, J’AI PLUS FAIM: truc de ouf!»)
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Le silo du Piroué, il me donne l’occasion de faire deux trois photos bien frontales comme ça, comme ça se fait pas mal autour de moi, comme j’aime bien mais que je ne pratique pas tant que ça, ce qui n’est pas incompatible.
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Le Piroué, si on y trouvait un moulin, il s’est surtout développé autour de la gare. Le Piroué est plus proche d’Agincourt que du vieux village, et autant dire que la gare du Piroué était un peu la gare d’Agincourt, jusqu’à la fermeture du trafic voyageurs en 1979. Le fret survivra quelques années de plus. Aujourd’hui, la voie verte qui emprunte son tracé regorge de petits indices du passé ferroviaire de l’itinéraire. Ce talus de pont au Piroué n’est pas des moindres. Le « tacot de la mine », train qui reliait par voie étroite la mine d’Amance fermée en 1936 à la gare d’Agincourt, comprendre au Piroué, rejoignait la voie classique ici, pour aller approvisionner les hauts-fourneaux de Maxéville (même en ayant quitté mon nord de Nancy adoré, j’établis encore, que je le veuille ou non, des passerelles -ferroviaires- avec…)
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Arrivé à la ferme équestre, justement, je tourne un peu sur le chemin d’Agincourt, juste pour arriver sur le petit pont au-dessus de l’Amezule, qui coule gaillardement vers la Meurthe qu’elle rejoint au Moulin Noir, en bas de Lay-Saint-Christophe et, ne soyons pas exclusif, de Bouxières-aux-Dames, à un endroit où je me baignais parfois quand j’étais petit, lors de chasses aux fossiles avec ma grand-tante.
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De là, aussi, on a une vue marrante, sans ligne à haute tension, ce qui est rare par ici, sur le Plateau de Malzéville. Cher à tous les Nancéiens dont je suis, qui ont amplement exploré sa face urbaine. Ici, de l’autre côté, sur son versant froid et souvent gelé quand ailleurs il fait 200°C (à la louche, hein), on trouve le versant encore agricole, et c’est chouette aussi, la séparation forêt/champs, sans urbanisation, est plus lisible; je trouve ça joli.
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Mais bon, c’est pas tout ça, je remonte au Piroué que je traverse, et au bout se prolonge le chemin du haras de Braquemine. Et sur le chemin, cet abri avec ses deux canassons, qui se découpe comme ça sur l’horizon, et moi j’aime bien ça, les trucs qui se découpent.
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Mon objectif, c’est Eulmont, là-bas. Pas loin, hein, mais là-bas quand même. Je veux rattraper le chemin de Blanzey en marge du village, via le vallon du Ruisseau de Gencey.
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Un coup d’oeil à gauche, dans l’enfilade de la vallée de l’Amezule, perpendiculaire à celle de la Meurthe qu’on voit barrée au fond par les hauteurs de Frouard. A leur sommet, un fort et une batterie dite de l’Éperon attendaient et attendent toujours tranquillement les Allemands qui seraient arrivés par là en piétinant nos champs en 1914, comme se doit de le faire tout envahisseur ayant révisé ses leçons de bonne conduite en temps de guerre, s’ils n’avaient pas été stoppés à Amance.
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Le chemin de Braquemine, y’a des arbres. C’est bien ça de planter des arbres. Je suis pour un démembrement du remembrement, du moins d’un point de vue végétal. On va y revenir discrètement.
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Traversée de la grand’route comme on dit, avant d’arriver au haras. A droite, ça file plein est vers Bouxières-aux-Chênes, puis Nomeny, ou Château-Salins via Chambrey.
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A gauche, ça file itou plein ouest vers Nancy via Malzéville ou Essey-lès-Nancy, selon ton inclination et le côté par lequel tu veux contourner cette grosse barricade géologique de Plateau de Malzéville.
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A l’entrée d’Eulmont, je tourne de suite à droite, sans entrer dans le village, je croise un chat qui finira dans mon inventaire exhaustif, et je me fais une centaine de mètres sur la petite route qui rejoint la grande avant de tourner à gauche dans le vallon du ruisseau de Gencey.
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Un petit vallon tranquillement humide, fort agréable, j’apprécie d’être là.
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Vas-y, y’a même des canards.
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Ces foutus oiseaux humides qui te snobent en fuient ta bruyante et vulgaire présence en te montrant leur cul.
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Côté Eulmont, les champs réapparaissent après les dernières grosses maisons pas toujours très classes. Là-haut, à l’orée des bois, le chemin du Crany, que je t’ai déjà évoqué à maintes reprises. Si tu suivais un peu aussi, on y serait tous gagnants. Tu peux même chercher « Un Dimanche en Lorraine » sur Facebook, tu vas voir, y’a la même chose qu’ici, avec des liens qui te ramèneront ici, c’est… c’est con en fait, tiens. Vas-y quand même, si tu cliques « j’aime », ça flattera mon ego. Que ça serve à quelque chose, au moins.
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De l’autre côté, ah qu’ça monte. Eh oui, mon enfant, ça monte parce que nous arrivons bientôt au croisement avec le chemin de Blanzey, Blanzey qu’on ne présente plus. Si? Bon, alors je fais la courte grimpette jusque là et je t’explique.
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Si tu m’en veux pas, je fais une pause au croisement quand même, parce que j’aime bien, parce que le ruisseau passe sous mes pieds, parce que c’est joli, et rien à voir avec le fait que je suis un peu rouillé.
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Tout en haut, juste avant Blanzey, la vue est marrante. Vachement à contre-jour, le soleil ayant cette fâcheuse tendance à ne pas prendre en compte mes ordres de positionnement. Mais le plateau de Malzéville à droite et le Pain de Sucre à gauche font vachement bien semblant d’être des petites montagnes.
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Vexé par ses voisins qui me friment la gueule comme des porcs, le Petit Mont d’Amance me tape sur l’épaule. Je me retourne. Ah oui! Ah d’accord! Toi aussi t’es beau, t’inquiète pas. Roh, ces buttes-témoin, elles sont susceptibles, c’est infernal.
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Dans mon dos, Eulmont le sacrément joli village, dont l’urbanisation bouffe malheureusement les jolis vergers. Nancy c’est super, mais la proximité de Nancy est parfois plus discutable…
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En bas dans la vallée, dans un contrejour dégueulasse-mais-je-le-fous-pour-l’anecdote-si-je-veux, mon village sur sa petite crête faiblarde, dans un océan de champs et de prés (sans haies).
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Bon, avec tout ça, me v’là à Blanzey. Blanzey, c’est un vieux prieuré tout au bout d’un écart de Bouxières-aux-Chênes, sur la côte, comme ça, tout beau comme tout, tout chouette, tout paisible, un endroit pour le coup objectivement magique. Si je croyais dur comme fer aux machins telluriques, aux champs d’énergie cosmique ou tellurique ou extra-spatiale ou je sais pas, au moins autant qu’aux vertus des conseils d’ouvriers et de soldats à Hambourg en 1918, bref, je dirais que cet endroit est un puits cosmique d’énergie anarchiste d’un soviet ésotérique d’une communauté hipppie révolutionnaire radicale spiritualo-paisible et probablement cosmo-libertaire. Je sais pas si c’est très clair. Mettons que c’est un endroit super cool, pour simplifier.
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Dans le fond, le Pain de Sucre continue de faire son chaud à mort, il veut vraiment qu’on le regarde. Mais l’angle de vue a changé, camarat’, et t’es beaucoup moins spectaculaire que tout-à-l’heure. Tu restes bien joli néanmoins, cela va sans dire.
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A Blanzey, petite pause. Je n’entrerai pas dans le prieuré, je sais pas, l’envie ne me viens pas. Et il est déjà bien illustré dans ces pages. Je m’assois à côté du cimetière privé de Blanzey et je raccourcis les perspectives, un peu comme le fait si bien Mamléa, sur son blog «Vu par Mamléa».
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Oh, un papillon se pose à côté de moi! Je lui jette des miettes de pain, il fuit. Je suis perplexe. Je dois encore avoir quelques habitudes de citadin dont je ne me débarrasserai jamais, je crois.
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Moi j’aime bien manger un morceau avec les morts, à côté de leur cimetière, ce sont des gens calmes et de bonne compagnie, et on peut avoir des conversations intéressantes avec moi-même au final qui ne sont pas désagréables. J’ai une pensée pour Aldo Maccione et Jean Lefebvre sur la tombe du maire, en train de grailler, dans cette très chouette scène (involontairement?) pacifiste, si juste et si paisible du quoiqu’on en dise excellent « La 7ème compagnie ». Sans compter qu’une vie sans l’écriture de Robert Lamoureux est une vie qui a raté quelque chose. Je le dis en toute prétention.
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Bon allez, j’arrête de me percher tout seul au sommet de mon crâne qui hésite entre blanchir et se dégarnir, et je redescends vers les pensées saines et pragmatiques de la vallée, en suivant ce chemin super sympa qui se prolonge là-bas vers chez moi.
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Ici, il reste quelques haies. Un vitrail de l’église de Bouxières-aux-Chênes, des années 20, et made in Grüber, évoque la bataille du Grand Couronné et nous montre tranquillement comment les haies étaient nombreuses alors, ici. Le génie de la haie. La haie, toute simple, toute conne, qui protège du vent, limite les écoulements, maintient le sol, permet les passereaux, les champignons, les mûres, les framboises, j’en passe et des meilleures. Le génie simple de la haie. Le remembrement tel qu’il a été fait, et celles et ceux qui, aujourd’hui encore, arrachent les haies pour augmenter les surfaces de production et faciliter le déplacement de machines géantes complètement absurdes, d’autant plus dans un contexte de non-renouvellement des ressources, devraient un jour, peut-être, on peut rêver, être inculpés de crimes contre le génie de la haie. Oui, oui, y’a un double-sens quasi-animiste là-d’dans. Ah bah on passe pas ses vacances d’été pendant toute son enfance au fin fond du bocage normand sans en revenir un peu esquinté, hein.
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Jetant un œil vers Bouxières-aux-Chênes et ses vergers, là-bas, je soupire d’aise. Nom de dieu d’bordel de merde, si je puis emprunter la locution fleurie au très grand Jean-Pierre Marielle, qu’est-ce que c’est beau un verger! C’est beau, c’est ensoleillé, c’est heureux comme la version de Cheb Yusuf du beau morceau traditionnel «Salam». Oui, oui, les vergers lorrains sous le soleil me font toujours penser à Cheb Yusuf, découvert sur une compilation de raï au demeurant très moyenne achetée porte de Montreuil à un gars sur le trottoir. Les tours et détours du cerveau…
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Dans mon dos, le prieuré veille, et il vaut mieux ça qu’un Sacré-Cœur de Paris, église de bouseux bavant et inculte par excellence.
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Le chemin passe encore entre des haies géniales, je suis entouré de nuées de petits oiseaux frénétiques qui volètent en tous sens pendant que je jongle comme un gros con lourdaud avec une petite dizaine de mètres forts humides et bourbeux.
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J’arrive à la traversée de la grand’route, la même que tout-à-l’heure. Un TED passe, parfait, venant compléter ma collection de TED. TED, pour «Transports en Département». Si on avait des Chemins d’Utlité Limitée (et on en a), ça ferait des CUL par exemple. Ouais. Ça fait rire que moi ou quoi?
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Dernière portion de la balade qui me fera donner sur le cimetière de Dommartin, et mes pénates. En bas, les arches du pont du chemin de fer à voie étroite du fameux tacot de la mine d’Amance, déjà évoqué au début de ce billet. Ici au pied du Petit Mont d’Amance.
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Oh bah tiens un ch’val. Motif donc fort récurent par ici. Je suis arrivé dans le coin abruti sauvage de chats, tu sais, ces félins surnuméraires ingrats et cruels qu’on trouve super mignons -à croire qu’on est vraiment des crétins mûrs pour avoir Facebook-, mais j’étais vierge de l’amour cheval. L’amour cheval, oui, tout-à-fait. Sauf qu’à force de les croiser tous les jours, d’avoir des tas de voisins qui en ont ou en montent, à force d’entendre leur pas quotidiennement dans le village, je t’avoue que je suis en train de me faire sensibiliser. Il n’est pas exclu que d’ici peu je pose en porte-jarretelles avec des cabris dans les bras.
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Enfoiré de séducteur de merde, va!
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Sur la route, des lisières de champs toujours aussi maltraitées par l’agriculture intensive et industrielle.
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Décidément, Petit Mont d’Amance, t’as d’beaux yeux. Je sais pas où ils sont, mais ils sont beaux.
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Et me v’là. J’arrive chez moi, Dommartin-sous-Amance, dernier arrêt. A l’entrée du village, là-bas, côté Laître, un ancien moulin, devenu par la suite tournerie sur bois et fabrique de jouets, puis rien du tout. Les propriétaires actuels, agriculteurs et éleveurs de volaille entre autres, veulent le rénover et en faire une ferme-auberge. Putain, ce serait cool.
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J’entre dans le village, qui pour la première fois de l’année, sur les coups de midi, préfigure l’été à venir, et sombre doucement dans l’abrutissement de la chaleur du mitan.
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Un coup d’œil à la route de Laître. Bon dieu que c’est calme.
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Bon bah hop, hein, je tourne dans ma rue. Merci aux ceusses et ceusselles qui m’ont accompagné jusqu’ici, à leur constance dans la lecture, à leur patience face à mes divagations. Moi je rentre boire un grand verre d’eau, et faire une sieste. Au plaisir de vous croiser sur ces chemins, d’aller manger un morceau et boire un verre de pif avec les morts, à l’occase organisée ou non.

 

 

 

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«Oui, j’ai vu des chevaux, et alors? Et alors putain, tu veux quoi? Que je m’excuse? Tu vas me faire une scène à chaque fois que je parle à un cheval? Je… j’en ai marre de ta jalousie, tu comprends? Je peux pas vivre comme ça!»