Crany 2013

Au fond d’Eulmont, après avoir passé quelques maisons d’une taille excessive, on arrive au chemin du Crany. En 2010, certains lecteurs le savent, j’y ai participé à un chantier de restauration des anciennes terrasses agricoles et de la tour du Crany. Retour sur les lieux, et version 2013.

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Sur le chemin de Dommartin à Laître, je pense à n’importe quoi*.

[AVERTISSEMENT: toute situation ressemblant à n’importe quoi dans ce billet ne serait que fortuite chose de… du… chose qui serait par erreur… ou euh… bon. C’est clair ou quoi?]

Alors je marchais comme ça dans la bouillasse entre Dommartin-sous-Amance et Laître-sous-Amance, de la bonne bouillasse lorraine bien gluante, comme seule une pente de Petit Mont d’Amance sait en produire, à la faveur d’un remembrement et d’une mécanisation agricole idoine qui lui ont enfin donné toute liberté d’expression. Bref, je pataugeais, mais en un sens j’étais content, parce que patauger, c’est relativement marrant, mon âme d’enfant et tout ça. Ça a l’air débile, comme ça, on se croirait dans une chanson à la con de Bénabar ou de Grand Corps Malade, ça fout les jetons, mais en vrai c’est bien.

Vers le nord, le paysage est assez nu, quelques lignes électriques font de l’œil à l’horizon, mais je n’ai pu les charger, car ma lance était en panne et la réparation est dévolue à la sous-traitance qui du coup a d’autres chats à fouetter, et Sancho a été licencié hier vu qu’il fallait réduire les coûts. Le secteur « écuyer » a été privatisé, et la boîte a estimé à la lumière d’un audit qui lui a coûté un bras qu’il fallait rapidement qu’elle fasse des économies. C’est rigolo ça d’ailleurs. Du coup, pas de lance, pas de Sancho, je me suis détourné, et j’ai piqué des deux mais à pied, ce qui ne rend rien, vers Laître.

Je suis resté en admiration devant les arbres nus avec leurs touffes de gui, qu’on les croirait posées là juste pour faire beau, alors que leur but est de parasiter (ou plutôt d’hémiparasiter, si je puis dire) leurs hôtes qui dodelinent gentiment au-dessus du filet d’eau du Ruisseau des Étangs, descendu comme un saumon enragé gavé de testostérone et de Benco depuis le vallon du Crany à Eulmont. Tiens, c’est là que j’ai pataugé grave d’ailleurs. Car mécanisation et remembrement, mais aussi ruissellement à foison. Gadoue. Splotch, pieds joints, plaisirs futiles.

Au-dessus, côté horizon nu, le cimetière de Dommartin fait son solitaire, un peu comme si on était dans le Plat Pays, mais y’aurait des bosses. Allez, je peux encore rentrer. La pluie menace.

Dommartin n’est pas loin. Le feu, la cheminée. Ah. Oui mais la gadoue. Les pieds joints. Les dérapages boueux… oh, hé, on continue.

Et puis le gui dans les arbres, qui est sur les rangs pour devenir un motif récurent pour moi.

Dommartin s’éloigne irrémédiablement, le Pain de Sucre ferme la vallée, le ciel descend d’un étage, la bruine fait des caresses. C’est pas grave la bruine.

Les chevaux. Ici ça a l’air important les chevaux. Les gens dans le village ils ont des chevaux. Y’a du haras. Y’a du galop dans les prairies. Y’a des traces de sabots sur le chemin.

Le cheval de transport en département, le TED, passe en hennissant son gazole sur la route, là-bas, couvé du regard par la ferme de Monteux, vieil établissement qui s’accroche aux pentes du Pain de Sucre.

Le TED va à Dommartin. Bon dieu. Le village me tente bien. Quand même, la cheminée, un bon bouquin… la vue sur la maison-forte qu’on voit au sommet du village… raaaaaaah. Mais non. Je ne peux pas céder. Pis de toutes manières je suis collé dans la boue, je peux plus reculer. Ni avancer, tiens. Ah merde.

Oh! Mais je suis presque à Laître! La ferme de Maison Neuve, juste avant l’entrée du village! Je hurle, je hurle, je suis coincé dans la boue. Peut-être m’entendront-ils? Et là hop, qui je vois débarquer? Vladimir Poutine! Soi-même. Ouais. Sur un destrier blanc pécho à un chef terroriste caucasien. Ouais. Comme j’te l’dis. Et là, il me libère de la boue, alors je caracole, mes yeux s’embuent de larmes de reconnaissance. Je lui fais un croche-pied (comment ça il est à cheval? J’t’en pose des questions?). Il tombe dans la boue. Il est mon prisonnier. Ah ah ah bien eu, le Vladimir. Sale con, va. Bon. J’en étais où? Ah oui, enfin libre, je repris ma route vers Laître qui n’était plus qu’à quelques encablures.

Du haut de mon nouveau statut de tombeur de Poutine (phrase qui pour un québecois peut sonner bizarrement), je me retourne et observe mes terres en niquant les dents du tsar à coups de bottes, mais en conservant le regard bien droit sur l’horizon pour lui montrer mon mépris. A ce foutu enfoiré. Ah! mégalo de mes deux, tu peux pas lutter contre du Lorrain, fort de quatre siècles de consanguinité, je suis puissant comme un Tchétchène et rusé comme un Ukrainien. Si. Grand Couronné boyz masta o’ puppets nique tout, pour si tu savais pas.

Tiens? Mais voilà-t-y pas que c’est Laître qui apparaît à l’horizon? Ah! je vais aller leur parler de moi et de ma victoire sur Poutine. Voir si ça les impressionne pas un peu. Pis comme ça je raconterai moins de conneries. [ou pas] (ouais non, je fous des crochets pour me désolidariser de moi-même rédigeant une fin avec un « gimmick » aussi pauvre que « ou pas »).

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*L’auteur tient à préciser qu’aucune drogue n’a été maltraitée ni blessée durant la rédaction de ce billet.

A bientôt pour de nouvelles aventures à la découverte de mon nouvel environnement.

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Elle est pour toi celle-là, Vladinounet: