Les vacances en Lorraine -3-

Ah! Nom d’une pipe, quand on est arrivé au carrefour à hésiter, on était au Haut de Baxa. Un drôle de nom, hein? La décision a été vite prise. A droite, c’était descendre vers Nancy et la grande route. A gauche, on ne savait pas trop. Comme la polosellane avait du boulot à finir, et que c’était dimanche et qu’il faut pas pousser, on a fait demi-tour, et on a repris le chemin vers les pentes dommartinoises du Pain de Sucre.

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Moi je m’impatientais un peu, parce que en montant vers le Pain de Sucre, j’avais bien vu qu’il y avait des chevaux. Ma maman a dit: « Plus tard. On ira les voir en redescendant ». Mais à un moment, justement, faut y penser, les grands, à redescendre. Allez, hop, on repart, et juste à l’endroit où on avait croisé des biches, v’là le poilu qui s’exclame: « là, des pumas! ». Moi, je suis comme vous, j’ai pensé: « ouh! des pumas! mais ça craint ça les pumas! ». Mais en fait c’était des hélicoptères qui sont passés tout près de nous, même qu’on voyait un pilote qui nous regardait.

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Deuxième passage à la ferme de Monteux. En arrivant sur la ferme, y’avait des bennes pleines de bazar, et le poilu a fait des tas de photos, il paraît qu’il aime ça, le bazar. Il l’appelle le « caillon ». On avait une jolie vue sur la vallée et Dommartin-sous-Amance, encore, le soleil était plus franc qu’à l’aller.

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Mais en fait, moi, comme vous savez, je voulais les chevaux. J’ai donc adopté la technique dite de « l’ingénuité répétitive », qui d’après les stratèges enfantins les plus renommés est supposée accélérer le surgissement des choses, voire les faire apparaître en dernier recours. J’ai donc passé un certain temps à demander à ma maman dès qu’on voyait un truc si c’était un cheval. J’ai essayé au début d’être un peu cohérent. J’ai tenté avec un lapin, la statue de cerf, des gens, un piquet de parc, et comme ça ne donnait rien, j’ai demandé avec une maison, un pylône électrique et un tracteur. Je ferai un rapport au département stratégies et outils de guerre psychologique à l’État-major sur l’échec de cette technique tant vantée. Mais enfin, on cause, on cause, et nous, on sortait de la ferme de Monteux. M’était avis que les chevaux, ça n’allait plus tarder. Enfin!

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Les vacances en Lorraine -2-

Moi, j’étais à peine relevé de la sieste que des grands de Nancy sont arrivés. On en était là. Manger le gâteau et boire le café. Les grands se sont mis à causer de tas de trucs sans intérêt, et moi j’ai joué avec mon avion qui est au poilu, un chouette avion en résine presque aussi grand que moi. Bon, d’accord. Plus grand. A chaque « 3, prêt, feu… BATAILLE! », selon la procédure que j’ai mise en place,  je le faisais décoller mais pas loin parce qu’il était lourd. Du coup ça devenait assez vite lassant, alors j’ai manifesté mon envie d’aller dehors en étant pénible, ça marche assez bien. Lucifère, la chatte de l’enfer, comme ils disent, était assez raccord sur ce coup-là. On voulait aller dehors et c’est tout.

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Bientôt il n’y avait plus de café, alors en avant, la troupe des grands. On descend le village, et en route vers le Pain de Sucre. Derrière nous, Amance, le village au caractère assuré, guettait notre progression. Je fis quelques « chbaoum » et « trkfriiirr » pour illustrer la dite progression.

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Les grands, c’est curieux. Ma maman parlait de l’Amérique avec la fille qui avait des lunettes, tandis que le poilu débattait avec le dadet qui a un nom suédois sur une histoire de dissidents trotskistes tchécoslovaques dans les années 50. La fille au nom polonais, elle, tenait la main du suédois et c’était dégueulasse. Moi je tiendrais pas la main d’un Suédois. Ou d’une polonaise. Je tiens que la main de ma maman, d’ailleurs. La polonaise elle parlait d’horticulture, et elle était mosellane, et ça c’est bizarre, parce que je croyais qu’elle était polonaise. Comme le suédois: en fait il est vosgien. C’est vraiment n’importe quoi. Une polosellane et un vosgédois, en somme. La fille aux yeux bleus, c’était pas de chance pour elle, mais elle travaille le dimanche, alors elle était ailleurs. Derrière nous, le village, Dommartin-sous-Amance, apparaissait gentiment sous le joli soleil d’hiver. Il faisait bon, et d’un seul coup, dans les champs, y’a des lapins qui se sont mis à cavaler dans tous les sens. On voyait leurs derrières poilus comme la face du poilu entre les sillons, par intermittence.

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On a traversé la ferme de Monteux, avec sa statue de cerf comme à Disneyland Paris, mais sans payer 8000 dollars l’entrée pour voir des travailleurs précaires faire semblant d’être des souris contentes. Y’avait aussi des statues de cigognes et de lutins. On suppose que les gens du coins sont animistes ou quelque chose comme ça. La ferme, avec ses chambres d’hôtes et son gîte, elle est ouverte, mais y’a jamais personne. La polosellane, elle avait peur des chiens, parce que en Moselle, chez ses parents y’a des chiens plein les fermes. Mais pas ici. Ici, juste personne. Avec ma maman, on a été voir un mur bizarre, fait en herbe sèche. Vinguette le mur, toi! Quand on voit un mur comme ça, on se demande pourquoi on fait pas des maisons avec ça. Quoi? Ça existe? Et ça a l’air probant? Ah bah alors j’ai rien dit. Bon bah en attendant, moi, j’étais bouche bée.

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Le chemin il était un peu bizarre. Une sorte de mélasse noire assez ferme, avec des morceaux de verre dedans. Je me demande bien en quoi il était fait. Les grands disaient que l’hiver l’avait bien attaqué, ce chemin, mais moi, je comprenais surtout que des petites cuillères tordues, des fourchettes et même des coquillages, je le jure, s’apercevaient en surface de la mélasse, et que c’était vachement plus intéressant que le paysage avec la ferme à nos pieds.

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Mais j’ai quand même relevé la tête, tu sais. Parce que le poilu il a gueulé, mais à voix basse, et ça aussi c’est bizarre, qu’il fallait regarder là, juste au débouché du lambeau de forêt. Oh! OH! trois biches étaient en train de faire leurs petits bonds gracieusement absurdes, et descendaient vers la vallée de l’Amezule à toute vitesse. Je me demande de quoi elles avaient peur. En tous cas pas de nous, c’est sûr, on est gentils comme pas deux. Peut-être le Lorallemand étaient à leurs trousses. Oui, sûrement.

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Roh, c’est qu’on montait, on montait toujours, sur ce coquin de Pain de Sucre, sur la mélasse noire qui crissait sous nos pas, en faisant semblant de pas faire exprès de marcher dans les flaques d’eau, en tous cas pour ma part. Je suis sûr qu’ils n’y ont vu que du feu. C’est pas des malins, les dadets. La vue avait l’air de leur plaire, aux indiens-là. Alors que dans la mélasse je venais de découvrir un trésor étonnant, un bout de fer rouillé en forme de… de… de terfogutrik. Si. Profitant de leur niaise distraction, je l’ai dissimulé dans ma poche, en scred, tranquille. Je l’utiliserai pour faire fuir le Lorallemand si il montre le bout de sa queue. Bon sang, eut égard à tous les dangers des aventures qui se succédaient, l’impréparation et l’imprudence des grands me laissait sans voix. Étonnant qu’ils fussent toujours en vie.

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Et voilà, j’étais même pas fatigué, tu crois quoi, toi? Que parce que je suis un petit Parisien, je m’évanouis dès que je respire l’air de la campagne, parce qu’il n’est pas pollué avec la même pollution que chez nous? Allez, va, fais-moi rire. Je suis sûr que la terre de tes champs arrosés de saloperies à longueur d’années est moins riche que le parc au coin de ma rue, hé. Bon. Toujours est-il qu’on arrivait non pas au sommet du Pain de Sucre, mais à un genre de col, parce que le chemin tourne autour du sommet sans l’atteindre et s’aplatit d’un coup, suivant ensuite un épaulement jusqu’à une croisée où l’on délibéra.

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Le passage

Figure-toi que si tu pars de Dommartin-sous-Amance, au nord-est de Nancy, tu ne vois pas la ville. Elle pourrait aussi bien être à cent kilomètres. Tu commences à monter les pentes du Pain de Sucre en passant par la ferme de Monteux, qui est mon nouvel horizon dépassable.

Derrière toi, la ferme, Dommartin-sous-Amance, et tout au fond, comme vu ci dessous, Laître-sous-Amance et Amance, posée entre ses deux Monts.

Mais tu ne vas pas dans cette direction. Tu suis le chemin avec assiduité.

Un dernier coup d’œil en arrière… c’est bon, Laître et Amance sont toujours là.

On va donc avancer pour franchir la douce crête qui descend du Pain de Sucre et qui voici soudain?

L’agglomération nancéienne, cachée au fond de sa cuvette, persuadée qu’ainsi, on ne la verra pas. Raté.