Nancy la nuit

Nancy la nuit, en hiver, ça me fout toujours en tête des morceaux de Sonic Youth ou des Smiths, même si les Smiths j’ai toujours trouvé ça assez chiant. Alors disons de No Class, pour faire local et pas chiant.

La nuit en ville, ça donne un sentiment de sécurité agressive, aigüe. On ne s’y trompe pas, le froid aimerait bien mordre un peu plus. Mais les gens se claquemurent, qui dans son logement, qui dans son sac de couchage, et luttent contre l’engourdissement feutré de l’hiver. Tu regardes dehors à travers la fenêtre. Ça fredonne à la Johnny Cash, pour se réchauffer, froidement.

Les ordonnancements se recroquevillent, cisaillent le soir, le froid donne un caractère plus minéral à la ville, à un Nancy qui l’est déjà naturellement. La belle hostilité.

Mais qui marche dans ces rues? A cette heure, par un froid pareil? On ne pense pas à soi, on pense à l’autre, là. A moins que ce ne soit un virus, ou la Bertha nordique.

Toutes les rues se mettent à ressembler à du Zola, ou du Poe, ou un mélange intéressant entre les deux.

Et puis d’abord, tous ces gens dont on croise les pas, ils sont allés où? Toi là avec tes gros crampons, tu as quelle gueule? Et toi, avec ton talon qui poinçonne la neige, quelle est la couleur de tes cheveux?

Et puis insensiblement, après quelques glissades intempestives, de portes en portes, tu arrives vers chez toi, le canal est toujours gelé. Tu es prêt à décongeler tes oreilles, mais aussi, sans le dire, tu regrettes doucement cet itinéraire qui t’as fait bouffer un peu d’hiver et de solitude apaisante.

En parlant de solitude, suite aux échantillons entendus hier à la radio: je crains qu’il soit prudent d’éteindre tout accès aux informations et surtout aux discours des uns et des autres en attendant que l’actualité se tasse, et peut-être bien que la campagne soit terminée. Au risque de se faire ravager le cerveau par des tsunamis de merde fébrile. La « société du spectacle », comme disait l’autre, atteint manifestement des sommets crasseux depuis quelques jours. Vos gueules, tous qui défilez dans le poste. A vous subir à toute heure du jour et de la nuit, on finit par ne plus s’entendre penser et pendre le temps d’avoir le temps de comprendre de quoi vous parlez. Saturation de connerie. On éteint.

 

Un matin glacial à Vayringe (Nancy)

Y’a d’ces matins comme ça où tu es nécessairement amoureux de ton quartier. Et que quand tu pars bosser, tu vois que d’autres sont descendus avant toi sur le canal gelé pour marquer dans la neige ce qu’ils avaient à dire. Peut-être que ça parlait de Nancy, la Nancy, tu sais, la fille qui doit habiter par là. Peut-être que ça parlait de Nancy, tu sais, la ville en Allemagne ou je sais plus où. En tous cas dans l’Est de la France. Moi je prends l’option 2.