Matin glacé dans le Saulnois

Le Saulnois, c’est ce coin de Moselle que traverse la Seille, autour de Château-Salins plus ou moins, avec dedans du Vic-sur-Seille, du Dieuze et tout ça. C’est ce coin où si tu es Allemand, tu n’es pas loin de t’appeler Zangra, au fond de ton bunker, c’est ce coin où on sale trop le jambon vu qu’on a trop de sel, c’est ce coin où poussent des plantes cheloues dans les marais, c’est ce coin où les évêques de Metz se construisent des maisonnettes fortifiées, c’est ce coin où on fait du vin si on veut, c’est ce coin où les églises des cathos commencent à pas mal voisiner avec les temples parpaillots, c’est cette région pleine d’étangs sinistres la nuit et beaux le jour, c’est ce coin où si tu es Américain, tu n’es pas fan des ruptures de digues l’automne venu.

Au milieu de tous ces messages peut-être obscurs pour toi, peut-être pas, c’est ce coin où j’aime bien me promener.

La Bresse: l’étang de Sèchemer

Tu connais pas l’étang de Sèchemer? Ah ouais je vois le genre. Bon je vais être clair, on n’aime pas trop les losers par ici. Alors on va tolérer ta présence le temps de ce billet.

Donc, pas trop loin du joli lac des Corbeaux, y’a l’étang de Sèchemer, au-dessus de la vallée, et c’est chouette. Un étang, pour de vrai. Entre lac et tourbière. C’est pas bien grand. Un peu planqué mais pas trop, moins populaire que son grand frère corbac, il a un charme de ces charmes que l’on ne trouve que dans les Vosges. Y’a des reflets en goguette, un fond vaseux que colorent étrangement les rayons du soleil (on pense au Marais des Morts de Tolkien)(on pense à la Terre du Milieu tous les deux mètres, dans les Vosges, tu m’diras), y’a de la poiscaille qui rampe entre deux eaux, y’a du silence quand les promeneurs la ferment, ce qu’ils devraient faire plus souvent dans ce genre d’endroit, y’a pas vraiment de silence en fait parce que y’a des bestioles et des bestiaux, et un léger bruissement dans les branches des sapins qu’on dirait bien un courant d’air. Et y’a ta carcasse au milieu de tout ça, qui a envie de ne plus bouger et de rester là pendant des heures.

Le truc c’est qu’à la saison de ces photos à l’étang et aux alentours, on se gèle pas mal le cul, alors la carcasse elle arrête ses simagrées méditatives ridicules et elle se met en route. Et en rang par deux s’il vous plaît. Hein. Bon.