Quand je grimpe sul’ Pain de Sucre

Quand je grimpe cette petite hauteur à l’Est de Nancy, qui me cache Nancy, c’est surtout pour m’assurer que la ville est toujours bien là. Et une fois encore, je ne trouvai point de cratère fumant, mais bien Nancy, posée délicatement entre le soleil couchant et mon téléobjectif.

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Au fond, là-bas, plus au sud, la soudière de La Madeleine, un peu évoquée ces derniers temps, est elle aussi toujours bien là.
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Tu vois au fond, cette hauteur qui fait rien qu’à proéminer? Eh bien, c’est la colline de Sion, dis-donc. Magie fallacieuse de l’optique, et toutes ces sortes de choses.

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Le Léomont, d’accord. Mais le Pain de Sucre aussi.

Immédiatement à l’est de Nancy, il y a le Pain de Sucre. Son sommet à l’avantage d’être à dix minutes à pinces de chez moi. En 1914, on n’est pas passé loin de se battre pour m’avoir. Mais les Allemands ont été stoppés définitivement à quelques kilomètres de là. Mais enfin, on l’a quand même bombardé. Et de son sommet, la vue est un petit peu magique sur les environs.

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Côté Nancy, les cités se succèdent, bien jolies dans le couchant: Essey-lès-Nancy, plus à gauche la Californie à Jarville, construite sur le terrain des anciens hauts-fourneaux, eux-même gagnés sur la rivière, en transition la tour carré des Coop conçue par Louis Fleck, au fond Vandœuvre, avant de trouver les pentes boisées du plateau qui se prolonge jusque Ludres. Sinon l’église, au milieu sur la droite, c’est Notre-Dame-de-Bonsecours. Elle est pleine de tombes de ducs de Lorraine, et de cœurs de reines de France. Plein j’te dis, y’en a. Au moins… mille!
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Là-bas, au-delà du fameux enfer pavillonnaire de Pulnoy, et des hauts boisés de Cerville, se dresse à La Madeleine la soudière Novacarb, qu’on voyait déjà depuis le Léomont.
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Laître-sous-Amance nous fait quitter l’agglomération nancéienne, village sagement posé sous Amance, au milieu des champs et des vergers.
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En haut, Amance, côté est, avec son émetteur. De ce côté-ci se trouve l’église et sa si jolie terrasse ouverte sur la vallée.
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Amance, côté ouest.
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Je… quoi? Je… bon. Un retour offensif de la Novacarb nous prouve que j’ai très mal classé mes photos, mais bien pire, que j’ai la flemme de retirer celle-ci, ou de la reclasser. Voilà. Écrire que j’ai la flemme vient de me coûter plus d’efforts que de la ranger correctement. Ah ah, la valeur travail, le goût de l’effort, c’est quand même discutable, comme dogmes.
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Ah tiens, on revient vers Nancy. Je ne maîtrise plus rien boudiou. Bon, ici on distingue le dernier repli de la Butte Sainte-Geneviève, derrière lequel se trouve Essey dont on voit ici très bien les casernes.
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Les pentes est et nord-est du plateau de Malzéville se font raser par le soleil. AU premier plan, on devine bien par le pont de la route Agincourt-Dommartemont qui la surplombe, le passage de la « Voie de l’Amezule ».
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Au pied du pain de sucre, y’a mon bled, Dommartin-sous-Amance, dominé de l’autre côté par le petit Mont d’Amance.
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Si on zoome un peu sur le centre-ville névralgique, où bat le cœur au rythme effréné de la vie municipale de cette mégalopole, on voit certes mon toit, mais en haut de la rue, qui est une impasse, la maison forte, et puis le chœur de l’église, super classé, chœur qui était par le passé attenant à une nef à sa taille, mais qui, perdue, a été reconstruite avec une grande modestie, expliquant ces disproportions.
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Et puis sinon, sur le Pain de Sucre, on voit aussi les avions qui passent près du sommet pour aller se poser à l’aérodrome d’Essey. Sinon. Voilà.

Un tennis aux Milleries

On va à Messein?

Quoi? On va faire quoi à Messein? Bah voir les Milleries, hé.

Parce que moi depuis tout petit, Messein, Richardménil, c’est des coins, tu n’y vas pas. A part si tu vas chez Paulette via Neuves-Maisons pour passer chercher quelqu’un, pour aller voir un excellent concert comme celui de Parabellum la semaine dernière. Mais quand même, je comprends ta question. Avec mon éducation de Nancéien, on m’a inculqué génétiquement, et de force, ce qui en est un tour, de force, que ces coins-là, on n’y va pas. On apprend tôt aux petits Nancéiens à mépriser la cambrousse et les villes voisines comme si ils étaient de la capitale, pour que quand ils vont à Paris faire des études de chef en chef, ils aient déjà la méthode pour mépriser Nancy, entre autres.

Bah tu vois, j’étais quand même un petit Nancéien à la con, voire en fait un petit Villarois, parce que figure-toi que Messein, on y va quand même. Et d’ailleurs je mens, j’ai été faire de la planche à voile aux étangs de Messein quand j’étais en primaire. Mais j’ai pas été aux Milleries, contrairement à plein de gens, manifestement. Les Milleries à Messein, c’était un centre aéré de la CARSAT, ex-CRAM, dont le bâtiment de la rue de Metz, avec ses airs de base spatiale, me charme depuis mon enfance. Bref. Le centre aéré d’après quelques papiers épars a ouvert fin 1981 ou en 1982, ce n’est pas clair, pour fermer en 2007. Dans la vallée de la Moselle industrieuse, on les connaissait, les Milleries.

Le site est assez curieux, posé en haut d’une petite côte donnant sur Ludres, entre deux zones pavillonnaires particulièrement ignobles, qui phagocytent les champs alentours. Oh, c’est un site abandonné qui n’a rien de spectaculaire, tout est modeste, c’est un centre aéré comme tant d’autres. Il me rappelle un parc de loisirs abandonné visité en Belgique, mais en très miniaturisé. Très très. C’est à la fois un endroit agréable, calme, un terrain de jeu très chouette, et ça porte quelque chose d’un peu tristounet, comme tous les endroits où des gosses ne font plus les cons. Un petit site, je te dis. L’administration, la piscine, le préau, le gymnase, le restaurant, la grande salle avec ses jolis escaliers gradins, quelques pavillons (le bleu, le jaune), le préau, le petit amphithéâtre… et les courts de tennis… tiens, bah par exemple, on avait qu’à commencer par les courts de tennis, hein? Pourquoi? Bah euh… pourquoi pas?

Note bien que j’y étais avec mon brave compère Sylvain, qui a déjà fait quelques photos du lieu, et comme j’ai copié ses cadrages vu qu’ils étaient bons (la version égo-optimiste dit que je les valide), ça te donnera uen idée de ce à quoi tu peux t’attendre ici.

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On ze road en Lorraine: Sortie de ville

Tu vas vers le sud. Ne nie pas. Tu es comme tout le monde, parfois tu vas vers le sud. Si tu es Nancéien, il y a de fortes chances que tu passes par ici. En particulier si tu vas à Épinal. Tu frôles Vandœuvre et sa cité, et tu files au sud, va, foutu loustic. Et par la fenêtre, ça ressemble à ci-dessous. Je le sais. Tu es fait.

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Ah bah tiens. En parlant d’être fait, ce truc, là, cette voiture qui fait n’importe quoi, je la vois depuis que je suis gamin, avec toujours le même œil étonné. Il n’y a que moi que l’âge adulte n’a pas délivré de la perplexité?

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Claude Prouvé, Ludres, la SIRH et les Aliens dans tout ça -5- (pour en finir)

Bon, les aminches, on va en finir avec le SIRH et tout le bastringue. Une dernière série pour se souvenir, parce que ça va disparaître sous peu. La marche du progrès enterre régulièrement le progrès lui-même. La société techno-industrielle ayant une tendance à vivre hors sol et à n’avoir pas de mémoire, pas même d’elle-même. Elle ne saurait fonctionner autrement. Et si les gens avaient de la mémoire, ça servirait pas à grand-chose, les campagnes électorales. M’enfin, j’dis ça, j’dis rien. Allez, une dernière série sur la SIRH et on ferme. On voit bien que c’est pas vous qui ouvrez le rade à six heure demain matin, hein.

Oui, eh, bon Roger et Marcel, j’vous connais, vous allez nous faire la nuit sur la SIRH si je vous ressert. Nan nan nan, faut y aller les gars. C’est terminé, là. On ferme. J’ai encore le balais à passer moi, comme vous me salopez tout a fur et à mesure avec vos cacahuètes, là. Allez, on ferme. J’ai dit ON FERME!

Rideau, la SIRH.

Claude Prouvé, Ludres, la SIRH et les Aliens dans tout ça -4-

Nan mais lui, vas-y comment t’es crédule. T’y as vraiment cru à mon histoire d’extra-terrestres? Ah ah ah. Non. Moi je te cause d’extra-terrestres, c’est comme tous ceux qui en causent, c’est aussi qu’on a dès fois du mal avec les terrestres. Alors pour pas regarder les trucs des terrestres, on fait semblant de croire qu’il y a des extra-terrestres, ou pour le moins, et c’est mon cas -parce que j’y crois pas beaucoup plus qu’en un dieu-, on se planque un peu dans ces univers rigolos, créatifs et imaginaires qui nous rafraichissent le crâne, même si depuis quelques années, ils sont devenus mode, car le cœur de cible est devenu adulte, très con, et a donc de le pouvoir d’achat immédiatement holdupé par de le gros marketing de connard. Et je le sais, parce que je me suis laissé faire plus d’une fois. Je pense que nous, trentenaires, au final, on devrait tous nous gazer, ça aiderait peut-être à la chute du capitalisme. Ou nous cryogéniser pour nous décongeler à quarante piges. Après rééducation en camp sibérien. Mais ça c’est autre chose. Oh et puis merde.

Bon, tu vois, et on va essayer de reconnecter le bastringue au sujet, je pense que contrairement à ce que l’époque essaye de nous faire croire, avec ses AAA et ses nabots politiques, les utopies ne sont en rien déconnectées de la réalité, bien au contraire. C’est de la réalité qu’elles naissent, et c’est sur la réalité qu’elles pèsent. Et les gestionnaires froids, même s’ils trahissent un peu la cause, ils en viennent aussi, de l’utopie. Et des utopies, c’est comme des gens, y’en a des tas, des qu’on aime, des qu’on aime pas, des qui se plantent, des qui auraient pu se planter, et aussi des qui auraient dû. Mais dans tous les cas, ça colle toujours au Monde. Dans lequel on a les mains plongées jusqu’au cou. Qu’on le veuille ou non. Fuck les bouddhistes, quoi. Bref, utiliser l’utopie comme un terme péjoratif, ce qui est bien en vogue chez nos liders (a) minima, c’est comme trouver que la recherche fondamentale c’est de la merde parce que ça se vend pas tout de suite. Un coup à finir « intellectuel de gauche », comme chantent les Zab’. Ah ah, « soyez réalistes », nous dit-on. »Soyez enculés » a-t-on envie de répondre avec John Spartan, bien que ce soit une saloperie de fasciste. Pour preuve qu’il est fasciste, il donne dans l’insulte homophobe. Mais si ce sont de sales cons imbitables, les fascistes ont parfois de bonnes formules. Ils n’ont que ça pour eux. Comme Bigard, un peu.

Not’ Clauclau Prouvé, avec son habitat industrialisé, il nous faisait de la mise en monde (eh oui) pragmatique des utopies qui traversaient les Trente Glorieuses, qui le furent plus ou moins. Des projets comme celui de la SIRH, avant de sortir du cabinet d’études, ils sortent d’un imaginaire qui va s’autoriser des trucs. Et c’est peut-être ça que j’aime bien. Les imaginaires qui se disent: boh, et pourquoi pas? Le Corbusier powa, s’tu veux.

Les imaginaires qui se brident et s’autocensurent, ils conçoivent des Maisons Bouygues, par exemple, ou des spots pour consommer des fruits et pas fumerpolluerboirebaiserdroguermangergrasfairecacaépais. Et l’autocensure, l’auto contrôle, le freinage des quatre fers et la réaction déguisée en audace, c’est quand même un beau fléau, dont je suis une victime parmi tant d’autres.

Ça vient sûrement de ça que j’aime bien les bordels au Claude et à ses potes, même si c’est aussi de l’industrie et du capitalisme à gogo. C’est ma contradiction; mais ils représentent un mouvement idéaliste et concret, qui n’est plus, et dont je suis convaincu aujourd’hui qu’il n’était pas pertinent. Mais ils y étaient, bordel, et il y a un héritage dont nous avons toute liberté pour le triturer et essayer de le rendre [ce qui nous semble] pertinent. Tu vois, ils représentaient quelque chose. Ils étaient les enfants d’une époque -et d’une famille-, et ça se voit, et la transmission qui fait la nouveauté, ça me passionne. Bon. On va me dire que je m’enflamme encore un peu. On n’aura pas tort. J’ai le droit d’invoquer le prétexte du café? Ou l’agacement de savoir Christophe Maé toujours en cavale?

En conclusion, comme chantait encore Zabriskie Point dans « 1997« :

Assez pleuré, assez gémi
assez de mouchoirs salis
j’ai trop perdu de temps
à penser au temps perdu
et il m’en reste encore un peu
pour inventer un troisième temps

L’homme est mort ? nous le réinventerons
la mer morte ? nous baignerons dans l’huile
le mur est tombé ? nous le reconstruirons
il n’y a plus d’air ? nous respirerons autrement

Claude Prouvé, Ludres, la SIRH et les Aliens dans tout ça -3-

Comme ça a l’air de plaire, ce serait con de se priver alors. Y’a une des deux tours en béton qui contient donc une cage d’escalier en colimaçon de béton du coup, assez sympathique. On va faire des genres de variations autour du thème, tel un compositeur assoiffé de variations autour du thème. Si ça te va.

Bon voilà. C’est un escalier en colimaçon. Pas de quoi se rouler parterre. Mais largement de quoi se rouler dans l’escalier.