Sainte-Geneviève, sortons du village

Enfin c’est pas obligé non plus, on peut y rester. Je ne connais personne à Sainte-Geneviève, mais il doit bien y avoir des gens sympas avec lesquels boire des coups et manger des navets. Statistiquement c’est presque obligé.

Mais quand même. Sainte-Geneviève est un village perché sur sa colline, qui a le bon goût de dominer la vallée de la Moselle. Et aussi la centrale électrique de Blénod-lès-Pont-à-Mousson, majestueuse comme pas deux. Elle ruine la vallée, mais elle est majestueuse. C’est comme ça, ça serait trop simple si c’était pas compliqué dans ma tête. Mais ho, on va remonter sur la colline et sa belle vue. Sainte-Geneviève, quand tu en sors dans l’axe de la crête, il y a un chemin. Et sur ce chemin, outre le fait que ta vue porte par-dessus la rive gauche de la Moselle vers les hauteurs du Toulois qui moutonnent avec leur talent habituel dans le couchant, tu croiseras un terrain de foot en pente, un monument aux défenseurs du Grand Couronné avec des panneaux pour t’expliquer comment ça a flippé sa mère côté français sur cette colline coupée du reste du front fin août 1914 et même un petit belvédère pour regarder vers l’est, de l’autre côté. Parce que la vallée de la Moselle c’est bien, elle fait sa belle genre regardez-moi je suis une vallée de la Moselle avec des tas de clins d’œil déplacés, mais il y a aussi à voir vers la Seille et sa vallée qui se prend pour une plaine. Bon, vers le nord-est tu auras aussi non loin la butte de Mousson. Non négligeable. Ah aussi si tu pousses un peu, tu passeras sous la blinde de pylônes assez fascinants soutenant les lignes à haute tension qui escaladent et franchissent la colline depuis la centrale électrique sus-citée. C’est bien hein?

Ouais c’est bien Sainte-Geneviève.

D’ailleurs on y reviendra.

Le Léomont

Nous voici sur la commune de Vitrimont, à deux pas de Lunéville. A partir du 22 août 1914, on ne rigole pas  à Vitrimont. C’est que les Français ont bien l’intention de reprendre Lunéville et que, selon une logique récurrente en cas de guerre, l’ennemi, en l’occurrence allemand, garderait bien la ville sous ses armes. La route de Lunéville est dominée par la colline du Léomont, on parlera ici du Grand Léomont, que couronne une ferme. Le 26ème régiment d’infanterie de Nancy, qui avait sa caserne rue Sainte-Catherine sera des troupes ayant combattu ici, pendant des jours, en particulier lors de la furieuse nuit du 25 au 26 août 1914. Gardons-nous de creuser tranchée profonde et d’établir lignes fortifiées dans nos imaginaires calibrés: nous sommes encore au temps des opérations de la guerre de mouvement, pendant lesquelles on flamboie, croit-on, on court dans les champs par compagnies entières, et l’on meurt aussi, par compagnies entières. 1914, et sa guerre qui ne commence qu’en août, reste l’année la plus meurtrière du conflit; on le sait peu, aveuglés que nous sommes par les lumières sinistres de Verdun et de la Somme en 1916. 1914 est un bain de sang militaire inégalé. Une colline comme le Léomont, elle se crapahutait en cavalant dans les pentes, sac au dos.

Les Français s’emparèrent du Léomont. Point de Lunéville, qu’on pouvait pourtant presque toucher du doigt, de là-haut. Les cratères encore apparents ont remplacé la ferme, dont il reste quelques menus pans de murs, discrets, dans les taillis. La statue assez impressionnante de Gaston Broquet domine les lieux, érigée en 1922, détruite par les Allemands le 8 octobre 1940, puis reconstruite à l’identique en 1950 par Sinapi.

Quand j’étais gosse, j’habitais à l’angle avec la rue du Léomont à Villers. Le nom m’était sympathique, et puis j’y avais des copains.

Le site est impressionnant. Une butte comme elles pullulent en Lorraine, légèrement pelée, acide, battue par le vent, qui domine un paysage relativement forestier, en particulier vers le nord et le nord-ouest. Des replis de terrains, crêtes et bois cachent Nancy à la vue, mais on voit ce Grand Couronnée qui se dresse au loin, les deux monts d’Amance qui se confondent avec le plateau de la Rochette, jusque Bouxières-aux-Dames vers l’ouest, et le prolongement, dont la segmentation est invisible dans la brume ténue d’une froide journée de printemps lorrain, vers le plateau de Malzéville, celui de Ludres, et toutes ces hauteurs qui observent Nancy. On voit les deux émetteurs de Ludres et Malzéville, la tour panoramique des Aulnes à Maxéville, et puis plus près, les tours de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, la cheminée d’une soudière -était-ce celle de Solvay ou de la Novacarb? elles sont si proches…- [c’est la Novacarb, me souffle-t-on dans l’oreillette à commentaires…]

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Guerre ou pas guerre, le Léomont est une hauteur lorraine à voir, sans aucun doute. J’y était lors d’une sortie-étude organisée par ces messieurs dames du Moulin de Rouvres, dans le cadre d’un cycle sur les combats de Lorraine en août-septembre 1914. Merci à eux, et merci au MC, Nico, tant pour la qualité de son travail, de ses présentations, que pour une amitié de trente ans! (mais nous pour de vrai).

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Verdun, monumental…

La première fois que je suis venu à Verdun, c’est-à-dire y’a plusieurs siècles, je me suis retrouvé rue Mazel face au monument de la Victoire. Et là, j’ai bien compris que la victoire, à Verdun, c’est pas une déconnade. Tu sens bien, tout de suite, que le sujet n’est pas bien léger. C’est que Verdun en a quand même pris plein la gueule, et si la bataille éponyme est mondialement connue, c’est pas grâce au marketing touristique qui a créé un surévénement à vendre. Non. Ici, à Verdun, on a crevé de cette bataille, et du coup après guerre, on avait comme qui dirait la propagande monumentale quelque peu austère. Dans un morceau d’ancien rempart entre la ville basse et la ville haute, un escalier très frontal t’invite à monter au monument, au sommet duquel un guerrier franc en armes te toise, mais ça c’est parce que tu es égocentrique, et en réalité il toise les champs de bataille là-bas, sur les hauts de Meuse, là où la mort fut industrielle.

Le monument a été conçu par Léon Chesnay, la statue par Jean Boucher et la porte de la crypte par Jean Prouvé. Tu en sauras plus en cliquant ici.

Bien que n’étant pas très ami avec ce type de symbolique, j’ai toujours été très impressionné par ce monument, sa manière d’être inséré dans la ville, austère, minéral, comme une grande blessure écrasante dans son cours fortifié, et je suis aussi intimidé par les deux canons de 155mm de Bange qui l’encadrent.