Matin glacé dans le Saulnois

Le Saulnois, c’est ce coin de Moselle que traverse la Seille, autour de Château-Salins plus ou moins, avec dedans du Vic-sur-Seille, du Dieuze et tout ça. C’est ce coin où si tu es Allemand, tu n’es pas loin de t’appeler Zangra, au fond de ton bunker, c’est ce coin où on sale trop le jambon vu qu’on a trop de sel, c’est ce coin où poussent des plantes cheloues dans les marais, c’est ce coin où les évêques de Metz se construisent des maisonnettes fortifiées, c’est ce coin où on fait du vin si on veut, c’est ce coin où les églises des cathos commencent à pas mal voisiner avec les temples parpaillots, c’est cette région pleine d’étangs sinistres la nuit et beaux le jour, c’est ce coin où si tu es Américain, tu n’es pas fan des ruptures de digues l’automne venu.

Au milieu de tous ces messages peut-être obscurs pour toi, peut-être pas, c’est ce coin où j’aime bien me promener.

Fénétrange, entre Sarre et open space

On partait (mal) sur un truc entre un étrange Fénelon, ou des faînes qu’il faudrait ranger . Moi tout de suite j’ai déboulé dans l’open space où 10 000 ingénieurs de haut niveau travaillent chaque jour que les actionnaires font sur la rédaction des billets d’Un Dimanche en Lorraine. J’ai poussé une gueulante, forcément. Parce que je sais bien, moi, et ça n’a aucun rapport avec le fait que Wikipedia en arrive aux mêmes conclusions, que Fénétrange viendrait soit du latin («habitations au bord d’une courbe»), soit, selon Ernest Nègre, du germanique avec le nom de personne Filisteus, suivi du suffixe -ing. Punaise les ingénieurs, j’te jure, moi perso, vu mon niveau, j’ai l’impression de bosser avec des teubés de maternelle. Note que la Sarre passe au milieu, car au milieu bla bla bla. Et que ces photos datent de pas longtemps après le passage à l’euro. Ouais, elles datent.

Bref, quelques images de Fénétrange, bourg bien rangé au fond de la Moselle, avec ses 700 âmes et quelques, et son remarquable patrimoine. Certes, la bourgade a parfois bien du mal à gérer le dit patrimoine et je n’en connais pas les raisons. C’est dommage, quelle que soit la personne à qui jeter la pierre (qui se cassa la gueule des remparts). Ça ne doit pas être évident au demeurant. Ah aussi c’est le coin tu peux trouver des fours à pizzas au supermarché. Quel beau pays.

Chez les Gaudassiens, à Jouy-aux-Arches

Nan mais les Gaudassiens, gentilé des habitants de Jouy-aux-Arches, ont comme tout le monde le droit de se promener pieds nus hein. Voilà, je fais la blague direct, comme ça on n’a plus cette épée de Damoclès qui pèse sur notre sérénité.

Dis-donc. C’est pareil, tu crois qu’il va rien se passer, et bam! Un aqueduc! Gallo-romain! Comme ça! Moi je voulais juste aller à Metz via Nomeny parce que l’autoroute ça craint et que je l’évite quand je peux.

Mon objectif était de retrouver ma cousine qui sur l’échelle des gens cools est indéniablement dans le haut du panier, et de nous rendre ensemble dans une librairie où un autre éminent camarade, venu de Marseille pour l’occasion, signait des bouquins ou vendait des trucs je sais plus.

Je ne l’avais pas vu depuis longtemps, et on a passé un moment assez fameux, engoncés dans des fauteuils stylés entourés de livres comme si on était des stars de la critique littéraire, à parler de tout ce qu’on n’avait pas pu se dire depuis des années. On a pas mal parlé de la mort d’ailleurs. Étonnant.

Alors forcément j’avais pas l’air con, en route, avec mon aqueduc impromptu sur le râble. Pourtant je le sais bien que Jouy-aux-Arches ne s’appelle pas comme ça parce qu’il y a des archers ou des gros bateaux plein de bestiaux. Même mon grand-père l’avait photographié, cet aqueduc. Il m’était juste sorti de la tête. En scred, d’ailleurs, parce que vu la taille du machin, j’aurais dû m’en rendre compte.

Bon, tu vois, j’étais contrarié. J’allais juste à Metz bon sang. C’est tout! J’avais pas prévu de halte. Comme j’étais très énervé, et on le serait à moins, j’ai tenté de le mordre et tout pour le faire fuir, mais j’m’ai fait mal les dents, hein. Du coup, face à mon échec, je me suis arrêté histoire de tirer le meilleur parti de la situation pourtant effroyable (si j’en fais trop, faut me dire) et faire quelques photos. Hop. Feu de tout bois.

Au barrage d’Aingeray

Tu vas pas me croire, sûrement parce que je ne suis pas crédible, mais si y’avait pas les barrages, je serais moins heureux. Peut-être que je dépérirais comme un animal sauvage dont on massacre le lieux de vie et de reproduction pour faire des barrages et… ah oui, merde, j’ai rien dit du coup

Mais tout de même, quand je suis un barrage du coin, Aingeray ou Villey-le-Sec, je suis tout à mon affaire fascinante. En particulier et bien sûr quand ça charrie de l’hectolitre comme Bernard Kouchner qui parle de son œuvre.

T’es là sur cette passerelle qui a l’air bien fluette, sur cet obstacle mobile que submerge l’eau de la rivière, et bon sang, ce grondement qui envahit tout, les embruns puants, car la Moselle pue, qui viennent cajoler ta peau, tu sens même les vibrations de la masse formidable qui viennent chatouiller tes pieds… un barrage, c’est plus fort que toi.

Et même si en vrai, on devrait juste pas construire au bord de l’eau, préserver le lit des rivières et aimer les prairies d’inondations. Quand tu vois à quoi ressemblait la Moselle, avec ses bancs de sable, ses irrégularités, son fond inégal et que tu compares avec le barreau standardisé que c’est devenu… disons qu’il est épatant que ce soit toujours aussi joli malgré tout!

Pour conclure, c’est le problème de la fascination, ça ne s’embarrasse pas vraiment de morale. Mort aux barrages, mais vive la fascination qu’ils exercent sur moi

Metz toute pétée

Après c’est vrai que l’ensemble des pétophiles s’accorde à dire que Nancy est aussi, depuis quelques années, toute pétée.
 
Attention, hein, les pétophiles aiment les trucs pétés. Contrairement aux pétomanes, qui sont des élus qui aiment tout péter, inspirés par des promoteurs et des entrepreneurs guidés la main sur le cœur par l’intérêt général et le bien collectif (tiens, je chope une petite toux, moi).
 
Les mots ont leur importance, comme on beugle à tort et à travers à la télé quand on dit une connerie.
 
A ce sujet, je propose de remplacer «urbex» par «pétophilie». C’est beaucoup moins moche, beaucoup moins m’as-tu-vu et surtout beaucoup plus drôle (et théoriquement, ça ne peut que difficilement se prêter à devenir une marque déposée, ni un truc hype).