Nancy en dix photos jamais bien loin du canal

Le truc c’est que quand tu as vécu pas trop loin du canal à Nancy, tu y restes attaché. Le canal, c’est de l’eau et l’eau ça se traverse pas fastoche comme tu traverses la rue. Traditionnellement, et quitte à verser dans le conformisme, l’eau ça se traverse sur un pont. En plus le canal j’vais t’dire j’ai moyen la motivation pour m’y baigner, c’est quand même un coup à donner dans le développement personnel de mycose et le coaching de puanteur.

Ce qui est rigolo avec un canal, c’est que quand tu te promènes sans but, ça a tendance à conditionner tes balades selon des axes récurrents. Parce que les ponts. Tes errances sont donc assez longilignes, et parfois tu as envie d’aller à tel endroit spontanément, mais de fait, tu vas devoir longer le canal jusqu’au pont. Ça favorise de passer souvent au même endroit, et de le connaître bien. De le voir évoluer dans sa végétation, sa population féline pouilleuse, ses tags parfois surréalistes, sa lente dégradation, parfois sa reprise en main brutale par les services de normalisation de la ville. Et moi c’est ça que j’aime. Voir le même endroit souvent dans ses infimes variations quotidiennes ou dans ses révolutions saisonnières. Bref, la «zone de confort» qui paraît-il doit être quittée, selon les gens qui aiment bien dire aux autres ce qu’ils doivent dire/penser/faire*, peut être quelque chose de très chouette et d’épanouissant. Moi j’aime bien en tous cas peupler mon quotidien des cycles doux et parfois crades qui animent une routine un peu magique dans la ville magique.


*que crève le coaching d’une mort lente et douloureuse

Nancy, voie ferrée et ses coins

Les voies ferrées génèrent des trucs pas mal brouillons dans les recoins des villes. Peut-être est-ce aussi le plan des villes qu’il faut tenir comme responsable. Ou encore la répartition des activités industrielles quand le chemin de fer est arrivé. Quoi qu’il est soit, j’aime hériter dans mes zonages en ville de toute cette histoire de progrès, de relégation, de performance et de glauquerie mélangés.

Nancy en automne

Ouais bah c’est un titre comme un autre. Possible que je l’aie déjà utilisé. Peut-être. Et après? Hein? Bon. C’est pas comme si je te demandais ton avis.

C’est toujours bien de commencer un billet par une petite engueulade, ça détend et ça évite d’avoir des pensées trop positives, trop de good vibes tue les good vibes comme disait Peter Tosh le relou.

Hey mais je suis véhément moi! Alors que c’est l’automne, et que l’automne c’est quand même une saison vachement bien qui me rend plutôt serein. Le temps passe, les années s’empilent et je ne m’en lasse toujours pas. Alors Nancy en automne, c’est rien de très original. Y’a du brouillard et des feuilles mortes, le cahier des charges est rempli quoi. Mais en fait c’est dans la tête et dans les yeux et dans la tripaille que ça se passe. Les passants sont plus rares. J’aime ma ville vivante, je l’aime plus encore quand elle s’enfonce vers l’hiver, dans le silence. C’est là que ça se passe et que ça me plaît, me fait du bien, me ravit la tronche. J’aime donc beaucoup ces derniers jours. Illustrés ici par les photos d’un automne d’il y a quelques années.

Boire des coups près de la gare à Nancy

Je te cache pas, j’aime bien la campagne. Le calme. Les zoziaux et les pesticides. Mais je te cache pas, j’aime bien la ville aussi. Les gens, la culture, les particules fines. C’est pourtant peut-être un peu moins vrai depuis le confinement. El Confinamiento de la muerte, comme aiment à dramatiser les chaînes d’info en continu, qui avant, pendant et après le confinement restent sur la même ligne qui consiste à faire des gros cacas équivalents de la moindre info comme de la plus fondamentale. Si tu as besoin de repères, les chaînes d’info. Vraiment, leur absence totale de remise en question en font un truc fondamentalement immobile. Un repère quoi. Les chaînes d’info et les kébabs, quand même. Kébabs qui sont plus utiles à l’humanité que les chaînes d’info. Du coup. Bref. Depuis le confinement, comme j’habite à la cambrousse, le bruit des voitures, ces parasites qui méritent de brûler une belle nuit de Saint-Sylvestre pour n’être plus jamais produites, ça me fait un peu mal.

Moi comme point de repère en ville, j’ai:

— Oh, moi ce sera un picon bière s’il vous plaît.

— Demi ou pinte?

— Bah? Je suis venu boire un coup quand même.

— Ok, pinte. Avec ou sans citron?

— Tu viens vraiment de me proposer du citron dans mon picon bière? On n’est pas chez les ploucs, hein, c’est la capitale ici. Propose-moi encore une fois du citron et j’appelle les flics. Et je te démonte la gueule en attendant. En payant des mercenaires parce que je suis pas trop costaud. Non mais.

Il va de soi que ce dialogue est un peu exagéré. Mais j’ai la nostalgie comme l’impatience de ces moments dans le ventre ville, là où ça grouille, là où tout est foutu d’avance, donc c’est pas très grave si c’est moche, et sale voire si ça sent la pisse, c’est comme ça, c’est une ville. Là où le picon bière vient ourler d’une subtile distraction l’observation attentive des passants et des passantes.