Promenade bavarde dans le centre de Nancy

Nancy, c’est une ville qui peut se errer assez facilement. Se errer? Oui, oui. C’est assez vilain, mais c’est ce que je veux dire. Elle a plein de diversité, il y a toujours plein de monde, mais jamais trop (eh, banane, sauf quand il n’y a personne, ou qu’il y a trop de monde), sa taille modeste mais importante fait qu’on risque toujours d’y croiser quelqu’un qu’on connaît, mais qu’on risque aussi de passer inaperçu, selon les options que l’on prend pour l’errance, selon les quartiers que l’on traverse. Il faut du temps pour aller d’un bout à l’autre, mais c’est toujours faisable. Elle a plein de centres. Il y a la gare, il y a la rue Saint-Jean, le marché, la Vieille Ville, la place Stanislas, personne n’est vraiment d’accord. Elle n’a pas de grand cœur, c’est une ville. Elle en a plein de petits. Elle a une gare qu’on ne sait plus comment désenclaver, même si en ce moment on essaye encore avec les grands moyens, mais aussi par la méthode Coué (avec ce slogan débile: « la ville est dans la gare, la gare est dans la ville », chef-d’œuvre d’idiotie de communiquant). Nancy, la ville, elle broie et elle est brutale avec les uns; mais douce et voluptueuse avec les autres, parfois les mêmes, selon des choix qui n’appartiennent qu’à elle. Nancy, je l’aime bien pour ça aussi, c’est une sauvage, qui ne se laisse pas saisir facilement. Qu’on soit touriste ou édile, Nancéien ou banlieusard, on n’y a jamais vraiment tout compris, on est toujours un peu à côté de la plaque. A Nancy, il n’y a pas trop de cohérence architecturale ou urbaine, en tous cas pas à grande échelle. C’est parfois difficile pour le touriste, le nouvel arrivant, ça peut avoir l’air très laid, mais c’est une ville à trésors, pas moins qu’ailleurs. Seulement, ils sont dispersés, parfois même planqués. Mais du coup on ne s’ennuie jamais, la physionomie de la ville change constamment au gré de nos pas. C’est une sauvage. Elle ne se laisse pas approcher. Mais quand tu parviens à la toucher, alors là, c’est chouette, et elle se livre presque sans bouger. Comme un lynx, et j’me comprends. A la recherche de Nancy, à Nancy, une quête sans fin. Avec l’histoire chaotique de son urbanisme, son absence de grands boulevards et sa circulation difficile dans des rues étroites à sens unique, où cohabitent tant bien que mal (mais surtout mal) vélos (aux pistes cyclables relevant aussi de la méthode Coué, qui a marqué Nancy à plus d’un titre), voitures et bus parfois engoncés dans des tunnels de circulation suffocants. On a tout tenté, un tram hors de prix et plus ou moins fiable, aujourd’hui un « Stanway » (qui est un bus, en fait), et quand ça marche parfois c’est moins pire, mais c’est toujours compliqué. A Nancy, on est tellement sous la coupe de l’obèse de la « plus belle place d’Europe » que tout ce qui est créé se récupère Stan comme préfixe. On ne peut pas s’en empêcher, c’est compulsif, quitte à ce que ce soit laid ou mieux, absurde. A Nancy, on vit peut-être un peu sur nos acquis, mais il faut dire qu’ils sont jolis. A Nancy les gens râlent sur les travaux, comme partout, parce qu’ils aiment râler, et les sujets ne manquent pas. Les mêmes aimeront les nouveaux aménagements quand ils seront terminés. Ce n’est pas grave, l’important c’est qu’on s’cause, hein. C’est le cycle de la ville. La ville qui suit son cours. C’est Nancy que j’aime, où je n’habite plus, et que je n’aime pas, l’un n’excluant pas l’autre. Un Nancy pénible, comme une fille intelligente et belle qui en profiterait pour se payer le luxe d’être effrontée et exaspérante. Mais toujours irrésistible. Quelque chose comme du charme, quoi, qu’elle a, Nancy, avec toutes les ambivalences qui vont avec.

Dans ce billet, je vous ai fait tout ça un peu propre. La prochaine fois, on parlera de « l’hypercentre », le « Manhattan nancéien », affreux, sale et méchant. Mais pas sans intérêt, pour le coup.

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Nancy, au coin de la place Carnot

Au coin de cette place, il y a un bar, l’Académie, où j’ai été une fois vers 1996 quand j’étais lycéen; mais l’intervention inspirée cheveux au vent invisible très Vincent Delerm dans l’esprit d’un affreux suppôt du lycée Saint-Sigisbert, qui croyait en Dieu et son porte-monnaie, sur le piano qui gisait là, m’a ordonné de ne jamais y remettre les pieds. Quoique j’y fis une étonnante démonstration de touillage de café sans toucher la tasse ni rien faire déborder qui impressionna ma camarade de classe au plus haut point. Un peu plus qu’un solo de piano de Vincent Delerm Junior. En même temps, ce coin de place de Nancy, il a une sorte de classe mondiale qui déteint un minimum sur toi si tu le mérites. Le suppôt delermien de Saint-Sigisbert à la chevelure jeansarkozyste n’est bien entendu pas concerné par l’assertion précédente.

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Ouverture

Je passais ce matin place Carnot à Nancy, traversant le foire qui ouvre aujourd’hui, et où l’on briquait une dernière fois les vitrines, où l’on vérifiait encore un coup que tout était bien fixé.

Aujourd’hui, 14H00… en avant la musique…

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