Les abris d’artillerie du Plateau d’Amance

Amance, c’est une colline. On dit la colline d’Amance. Mais quand on va dans le détail, on trouve d’autres dénominations. D’abord parce que cette supposée colline se compose de deux monts. Le Grand, et le Petit. Et que sur le Grand, on trouve non pas un sommet net constitué d’un piton rocheux inexpugnable et spectaculaire, mais un plateau, car on est en Lorraine, bon dieu, et ici, les plateaux, c’est sacré! Donc, on a le Plateau d’Amance. Et sur le Plateau d’Amance, l’artillerie française, dès septembre 1914, s’est installée. Quelque peu chahutée aux alentours du 7 septembre, puis établie de manière plus pérenne par la suite, le front ayant reculé et s’étant stabilisé autour de Brin-sur-Seille. La guerre avançant, le secteur devenant «calme», elle s’est enfin raréfiée. Mais toujours est-il qu’on a beaucoup aménagé ce plateau, dont l’étude des vestiges reste encore assez peu développée.

Ce n’est pas moi qui la ferai, en tous cas pas ici. Mais j’avais bien envie de vous montrer l’un de ces abris qui servaient aux batteries d’artillerie de campagne installées aux abords, encore aujourd’hui visible, même par temps de neige. En passant, salut à mes deux compères de sortie, et grand merci à leur science éclairante du sujet!

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Forêt d’Amance: quand on cherche, on trouve

Ça fera sûrement l’objet d’un billet plus développé, ces trouvailles. Parce que la jolie forêt d’Amance et de Brin un peu aussi, on s’y frita gentiment début septembre 1914, en particulier autour du 7, avant que les Allemands ne décident que de se retrancher sur un Grand Couronné de Nancy, soit sur des collines comme à Amance, c’était vraiment pas du jeu de la part des Français. Ils refranchirent donc la Seille bredouilles, vexés, et jurant qu’on ne les y prendrait plus sauf partout ailleurs, pour s’établir sur une ligne Bioncourt-Moncel. Et pour y rester quatre ans, à se regarder en chiens de faïence avec les Français. Le secteur a toujours été «calme» par la suite. Le no man’s land faisait plusieurs kilomètres de large, on n’y lança point de grandes attaques, on s’installa durablement. Calme, c’est somme toute relatif: bien sûr, les patrouilles en profondeur, les coups de main, les bombardements épars, les affrontements de petits groupes autour de l’établissement de passerelles sur la Seille entre Brin et Bioncourt, tout ça fit des morts, des blessés, des veuves et des orphelins. Pendant quatre ans.

La forêt de Brin et d’Amance, juste à l’arrière des lignes françaises, fut donc très occupée par les Français. Et quand on s’y promène, on y trouve de tout: puits, citernes, abris bétonnés, tranchées inondées ou pas, emplacements de canons de marine (de 164mm si tu veux tout savoir), talus témoignant de la présence de «villages nègres» comme on appelait ces constructions en bois parfois fort coquettes… des traces d’une vie intense sous le couvert forestier.

Dont voici quelques rapides exemples.

(on tombe aussi en pleine forêt, dans un coin relativement perdu à proximité de la tranchée Maître Jean, sur la «tombe» d’André Giroux, victime du conflit suivant. Nous ignorions l’existence de cette croix, et nous ignorons son histoire: si par hasard un passant virtuel sait m’en dire plus, je ne suis pas contre…)

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Sur le fort de Vaux (photos de 1997)

« Enfiévrés, les hommes ne demandaient qu’à boire et ne pouvaient goûter aux aliments. L’air était empoisonné par la fumée des gaz, de la poudre et de la poussière; la couche était telle que les lampes s’éteignaient et que les lampes électriques n’arrivaient pas à percer sa profondeur de plus de 50 centimètres. Les hommes étaient si faibles qu’à chaque instant plusieurs tombaient en syncope. Les blessés, assez nombreux, ne pouvaient être soignés, faute de médicaments. »

Extrait du récit des combats du siège du fort de Vaux (juin 1916) par le sergent Mathieu, in Jacques-Henri Lefebvre, Verdun.

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Matin d’hiver sur la route Nancy-Dieuze

En été ça ne marche pas comme ça. Tu as plein d’autres impressions absolument géniales, mais tu n’es jamais seul. Ceci dit, en hiver non plus. C’est une illusion, mais elle est crédible. Les champs gelés, quelques restes d’une fine neige, rien ne bouge. La solitude heureuse est assez prenante. Le foisonnement des beaux jours est loin, maintenant, c’est le moment de rester figé. Ah! Figé! Par le froid, oui! Allez, je remonte en voiture et je reprends la route vers Dieuze!

N.B.: On notera sur ces images un bloc de béton dans un bosquet d’arbres et de ronces au milieu d’un champs. Il s’agit d’un des nombreux blocs construits par les Allemands à l’occasion de la Première Sauterie Mondiale pour leur défense en profondeur, en cas de rupture du front.

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Le PC 118

PC 118, champ de bataille de Verdun: caserne bétonnée pour une demie compagnie, éprouvée lors des combats de juin-juillet 1916. Même si on y installa dans la précipitation de l’armement défensif, qu’on y fit rentrer des compagnies complètes et qu’on l’utilisa également, au besoin, comme poste de secours…

Cette photo de qualité discutable, datant de 1996, quatre-vingts ans plus tard, je vous la montre. D’abord parce que sinon y’aurait que des photos de neige ces jours-ci si j’allais pas un peu fouiller dans les archives, et puis aussi parce que je me souviens que ça avait été une des mes premières rencontres marquantes en vrai avec les effets d’un bombardement. Ça m’avait saisi. Saisissement qui ne m’a plus quitté depuis.

Et puis, habiter en Lorraine, l’air de rien, ça te colle sous les yeux plus souvent qu’à l’accoutumée ce genre de ruines, qui ici, sont rien moins qu’habituelles.

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Le poste de secours de l’étang de Brin

Eh bah oui comme ça, tu vas à l’étang de Brin en partant du village, et là sur ta gauche, peu avant l’étang, c’est quoi ce gros bunker. Alors d’abord c’est pas un bunker, c’est un abri, c’est français, et c’est un poste de secours datant de la Première Guerre Mondiale. Voilà. Quelques images. Pas trouvé de littérature probante à son propos. Ceci dit, tu peux pas le rater.

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Le pestacle à Rouvres-en-Woëvre

La Meuse. Près d’Étain. Rouvres-en-Woëvre. Le 24 août 1914, ça se passe très mal, comme à d’autres endroits dans ces mêmes journées, à Nomeny ou à Gerbévillers, par exemple.

Que s’est-il passé vraiment? Fatigue extrême, chaleur accablante, inexpérience, terreur irraisonnée des francs-tireurs, mouvement de panique, effet de groupe? Acte inconsidéré d’un habitant irresponsable? Tout ceci reste flou.

Toujours est-il que ce jour, environ soixante habitants du village sont massacrés par les troupes allemandes qui croient, à tort ou à raison, avoir été visées depuis une lucarne. Le village est pillé, incendié. Les témoignages sont accablants. Même si ils éludent totalement les viols très probables. Les témoignages sont accablants, accablants et pudiques.

C’est la longue litanie, partout dans le monde, des massacres en marge des combats, c’est Dinant, c’est Mỹ Lai, c’est Berlin, c’est Philippeville, c’est Srebrenica… ce sont des dizaines de milliers de civils torturés, blessés, tués, traumatisés, violés, pillés à travers l’histoire humaine. Et on ne peut pas dire que ça s’arrange ces jours-ci.

J’ai lu très dernièrement «Une femme à Berlin – Journal 20 avril – 22 juin 1945», tiens. Une sacrée lecture.

C’est avec tout ça en tête que j’étais à Rouvres-en-Woëvre devant cette impressionnante évocation de la journée du 24 août 1914.

Y’a toujours deux trois trucs qui me font grincer des dents dans ces spectacles, tant dans la symbolique nationaliste que dans les bons sentiments-caution-morale sur la paix dans le monde. Mais ça c’est juste moi. Tout seul. Ça ne change rien à la qualité du spectacle. Ceci dit, l’écriture était tout de même très équilibrée, juste, et historiquement rigoureuse. Tu rigoles, mais c’est pas si fréquent. Et puis artistiquement, de même, une mise en place efficace, profusion de figurants et de costumes, relativement modestes donc plutôt crédibles. Une évocation qui était même parfaitement émouvante à certains moments (ce faisant, on sort donc de l’objectivité, mais c’est un spectacle, pas un colloque, hein, ça s’tient plutôt). Et le récit raconté par Benoît Allemane, avec sa jolie voix dense. Mais si, tu sais qui c’est. Il double Morgan Freeman, par exemple.

Bref, une bonne soirée, avec les copains du Moulin de Rouvres en prime et avant tout, parce que, avec les copains, même un concert de Sylvie Vartan ou de Pharrell Williams, pour aller au fond du panier, ça serait un bon moment.

Sinon, oui. Bien sûr, j’ai pris des photos. Pas folichonnes du tout. A ma décharge, c’était vachement la nuit, j’étais vachement pas venu pour ça, j’étais vachement serré contre des gens dans les gradins et zut. Tu verras celles en noir et blanc et une en couleur, c’est sûrement les pires. Et de loin. C’est des floues à mort, et c’est pas vraiment fait exprès. Je peux même pas te blouser en te racontant que c’est une démarche artistique. Elles sont techniquement ratées, et c’est tout. Alors quoi? Alors je les aime bien. Elles ont un côté volé, et un peu surréaliste. Et comme ici c’est moi l’chef et que je fais un peu ce que je veux, je les fous et voilà. Si demain je me lance dans l’art capitaliste et que je photographie des séries de bouchons de bouteilles en plastique en hurlant à tue-tête aux riches branchés que c’est de l’art (très cher), tu obéis et tu t’esbaudis sur mes jolies photos de bouchons de bouteilles en plastique que je publierai sans vergogne ici sous le titre «réflexion[s] [n]hâtives sur le post-modernisme en polymères  systématiques @ réflexion #56 opus de lit».

Bordel.

Bon, pour le moment, on va s’en tenir à la longue série des photos-ratées-que-j’aime-bien du spectacle de Rouvres-en-Woëvre hier soir, hein.

Si tu savais pas, c’est encore ce soir. Mais c’est déjà complet. C’est moche pour toi, hein?

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