Nancy en dix photos jamais bien loin du canal

Le truc c’est que quand tu as vécu pas trop loin du canal à Nancy, tu y restes attaché. Le canal, c’est de l’eau et l’eau ça se traverse pas fastoche comme tu traverses la rue. Traditionnellement, et quitte à verser dans le conformisme, l’eau ça se traverse sur un pont. En plus le canal j’vais t’dire j’ai moyen la motivation pour m’y baigner, c’est quand même un coup à donner dans le développement personnel de mycose et le coaching de puanteur.

Ce qui est rigolo avec un canal, c’est que quand tu te promènes sans but, ça a tendance à conditionner tes balades selon des axes récurrents. Parce que les ponts. Tes errances sont donc assez longilignes, et parfois tu as envie d’aller à tel endroit spontanément, mais de fait, tu vas devoir longer le canal jusqu’au pont. Ça favorise de passer souvent au même endroit, et de le connaître bien. De le voir évoluer dans sa végétation, sa population féline pouilleuse, ses tags parfois surréalistes, sa lente dégradation, parfois sa reprise en main brutale par les services de normalisation de la ville. Et moi c’est ça que j’aime. Voir le même endroit souvent dans ses infimes variations quotidiennes ou dans ses révolutions saisonnières. Bref, la «zone de confort» qui paraît-il doit être quittée, selon les gens qui aiment bien dire aux autres ce qu’ils doivent dire/penser/faire*, peut être quelque chose de très chouette et d’épanouissant. Moi j’aime bien en tous cas peupler mon quotidien des cycles doux et parfois crades qui animent une routine un peu magique dans la ville magique.


*que crève le coaching d’une mort lente et douloureuse

Aux alentours de la VEBE

VEBE. Voie Expresse Banlieue Est, viaduc Louis Marin, cette grosse merde pour faire rouler les bagnoles, ça a plein de noms, cette rampe qui a amputé un bout de la Pépinière à Nancy, pour grimper en vis-à-vis des belles façades de la rue Sigisbert Adam, avant de filer vers Malzéville et Saint-Max, avec des vues marrantes sur toute la ville… Moi, comme j’arrive de l’Est, vu que j’ai un peu de dignité, j’aime bien me garer là, dans la rampe qui descend sur Nancy. Parce que d’abord, je trouve souvent de la place. Ensuite, parce que c’est une façon rigolote de ne pas vraiment être entré dans Nancy, d’y être sans y être, à deux minutes du vieux centre, mais légèrement en hauteur, prêt à fuir par la voie rapide qui traverse la Meurthe vers la banlieue ou la cambrousse si la ville devenait invivable, infectée, ou quelque chose dans ce genre. Le jour d’une invasion d’aliens, de zombies ou de monstres globalement dangereux, comme par exemple pendant un Université d’été du MEDEF, cette voie rapide, cette VEBE, ce viaduc Louis Marin, ce sera quelque chose de très important.En passant, on voit en contrebas d’anciens locaux industriels un peu délabrés, à l’entrée de la ruelle Villa Verdier (tiens, salut Laurie si un jour tu me lis par hasard), au bout de laquelle j’ai habité quelques temps, à l’époque où c’était un jour y’a un moment quand même.

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Rue Charles de Foucauld et ruelle Villa Verdier (Nancy)

Là aussi ça a été mon quartier pendant deux ou trois ans, je ne sais plus. Ce coin un peu perdu qui ne l’a pas toujours été. Aujourd’hui, on y passe sur trois voies tordues impossibles à suivre correctement, surtout dans la circulation. Mais on ne s’y arrête pas. Y’a pas grand-chose à faire rue Charles de Foucauld. Mais y’a le canal. C’est à cette époque que j’ai commencé à explorer ses rives et à prendre plaisir à le fréquenter. C’est aussi à cette époque que j’ai commencé à flirter avec le Faubourg des III Maisons qui n’était pas trop loin. La ruelle Villa Verdier, je la rencontrais tous les matins très tôt, je travaillais dans les Vosges et prenais le premier train. Tu vois. Aux beaux jours, je traversais la Pépinière qui ouvrait juste, et je slalomais entre les chiures des légions de corneilles embusquées dans les arbres, et qui me visaient moi personnellement. Sans aucun doute. Vu que de toutes manières, j’étais souvent seul dans le parc à cette heure, ou peu s’en faut. J’aime bien les corneilles, elles sont mal élevées. Ça nous change de l’hygiénisme moral des messages gouvernementaux à la radio, messages débiles conçus par des débiles pour des débiles. Et je m’y connais pas qu’un peu.