Le retour de Nancy des hauteurs

Le Plateau de Malzéville, c’est entre autres le point de vue depuis la table d’orientation, dégagé quand la tempête de 1999 est venue ratiboiser le bois qui se trouvait ici par le passé. Point de vue où on est nombreux a avoir passé du temps, emmené des gens, de la famille, des amis, un amoureux, une amoureuse. Où on a fait des feux et mangé des merguez premier prix qui militent activement pour la fin du monde. Là où je passe parfois en rentrant chez moi pour respirer un peu l’air vicié de la cuvette, regarder Nancy, et plus au loin, La Madeleine à Laneuveville, les banlieues est et sud, et à l’horizon, souvent, les Vosges.

Le Plateau de Malzéville, et ses générations passées et futures en mobylettes, en scooters, et demain en hoverboards, va savoir.

Alors allez, on plonge dans ce Nancy-là.

_DSC8113

_DSC8107
Tiens. La Meurthe. Nancy est dans sa vallée. Avec le pont de la Concorde, sa passerelle sur l’île et l’étang de la Méchelle, au second plan le pont de Tomblaine, et au fond, Jarville (et la microbrasserie Grenaille qu’on ne voit pas, mais où il faut aller) et la tour des Coop sur la droite.
_DSC8108
Au premier plan, l’aérodrome d’Essey, puis le tir de barrage tout sale des pavillons de Saulxures, et au fond la soudière Novacarb de la Madeleine à Laneuveville.
_DSC8109
Une vue vers le centre tout hérissé de Nancy, avec sur la droite ma copine la tour Joffre-Saint-Thiébaut. Devant les immeubles, dépasse un peu l’église Saint-Sébastien, et au premier plan à gauche, la cathédrale, avec à droite la caserne Sainte-Catherine (une des plus vieilles de France).
_DSC8111
Ici, ce n’est pas évident, mais c’est un quartier que je trouve très joli. C’est le Haut Rivage à Saint-Max, et je ne suis pas objectif: je n’y ai jamais vécu, et son architecte était André Lurçat, un type pour lequel j’ai vachement d’affection, mon copain imaginaire avec Jules Criqui quand même. Derrière, la grosse bouse de stade Marcel Picot au bord de Tomblaine, en face duquel j’ai vécu mon adolescence.
_DSC8112
On revient sur la vallée de la Meurthe, d’un peu plus près.
_DSC8114
Une vue plus générale de la cuvette. On voit bien le centre, Vandœuvre se dessine au fond à gauche, au pied du plateau de Brabois. En bas à droite, les fameux Grands Moulins, et juste derrière eux, le grand parc de la Pépinière, derrière laquelle on distingue, mais faut le savoir, un des pavillons clairs de la place Stanislas.
_DSC8116
La vue se décale un peu à gauche. Tout au fond, l’émetteur de Ludres. Au pied de celui-ci, s’étalent les cités de Vandœuvre. Tous les quartiers de Nancy que l’on voit ici sont ensuite assez difficiles à distinguer faute de grands points de repère. Notons sur la droite une tour un peu plus haute que les autres, c’est celle de l’Étoile, et juste à sa droite, la grande gendarmerie. Au premier plan, des bribes de Malzéville et de Saint-Max.
_DSC8136
Vue vers l’aérodrome d’Essey et la plaine Flageul à Tomblaine (où l’on pratique parfois le trollball, oui, renseigne-toi), et au premier plan, ce petit quartier d’Essey dont je dois bien avouer ignorer le nom alors que je passe souvent devant. Mouzimpré? Oui, ce serait logique, mais je ne suis pas sûr.
_DSC8135
En rentrant du plateau, je rentre par la très jolie banlieue perchée et aisée de Dommartemont. Tout un état d’esprit.

 

Le matin de l’orage dont on parle 4 – Le stade d’Essey-lès-Nancy et la rue Jean XXIII à Saint-Max

On s’approche comme ça de la rue Jean XXIII et de Saint-Max. On croise le pauvre stade: inondé, les clôtures abattues (Ah, si les inondations n’abattaient que les clôtures…). J’ai une pensée pour le stade Marcel Picot, qui malheureusement est parfaitement intact -pensée qu’un ami qui vit dans le quartier où je me dirige a eu également: « quand j’ai vu l’eau sous ma fenêtre cette nuit, j’ai espéré très fort que Picot soit emporté et qu’on n’en parle plus de leurs projets à la con! ».

Les photographes amateurs dont je suis se succèdent à un rythme lent, mais régulier, devant les barrières arrachées. Un homme m’aborde, comme toujours quand on maraude avec un appareil, et d’autant plus dans ces conditions. Il me raconte son ami qui mangeait chez lui hier soir, au troisième étage d’un immeuble, il raconte en riant de bon cœur comment celui-ci, depuis le balcon, se désespérait car lui-même vivant aux étages, il avait oublié de fermer ses fenêtres et ne pouvait y remédier, coincé qu’il était en face de chez lui avec la rue changée en ruisseau et la pluie torrentielle qui manifestement entrait chez lui avec densité…

Beaucoup de voitures sont grandes ouvertes. On fait sécher comme on peut. Quand il ne faut pas enlever la boue des sièges à la pelle. On arrive à Saint-Max. Là-bas, dans une faible brume humide, les immeubles du quartier Jean XXIII, en bordure de celui du Haut Rivage: ici, c’est encore une autre ambiance qu’à Mouzimpré, qui est pavillonnaire. La rue est fermée à la circulation.

 Nécessairement, ici, l’habitat collectif génère plus de gens dans la rue, plus de voitures bringuebalées, plus d’animation, mais aussi plus de logements inondés à la fois. J’ai l’impression que les gens sont moins désespérés qu’à Mouzimpré. Peut-être est-ce simplement dû au nombre. Peut-être n’est-ce qu’une impression. Sûrement.

Je vois moins de journalistes ici. Est-ce trop loin des grands axes? Sont-ils déjà passés? Sont-ils noyés dans le nombre? Peut-être un peu des trois. La supérette locale nage dans l’eau. Certains stocks sont déjà devant. Ce charbon n’allumera plus de barbecues.

C’est un quartier que j’ai appris à aimer depuis quelques mois. On s’active dans les entrés d’immeubles, les raclettes tapent. On discute beaucoup. Pompiers, Grand Nancy, équipes, police et réserve municipales, police nationale… on ne sait plus où donner de la tête. Ballet de fourrières, de camions poubelles, groupes de voisins en larges assemblées, des pelleteuses s’appliquent déjà à dégager l’importante rue dont des plaques entières de revêtement gisent échouées, parfois au-dessus de gros trous formés par le drainage du sol.

Une dame, qui n’est pas avare en paroles, sort de son immeuble, raconte sa cave submergée, et « encore un peu et ma petite vieille du rez-de-chaussée elle était noyée ». Elle s’exclame devant chaque catastrophe vue dans la rue, prend des tas de photos, jusque dans les voitures des gens. Dit en riant qu’elle voulait arrêter le jardin, mais que vu l’eau qu’il y a dedans, c’est son jardin qui s’est arrêté avant elle. L’ambiance, si elle n’était pas si terrible, serait presque conviviale. On se parle.

(coucou m’sieur Lurçat…)