Ce bon vieux Nico

Alors je t’en ai déjà causé, moi les histoires de religions en général et tout, j’essaye de pas trop y toucher, après tu te retrouve englué dans des tas de bêtises avec des gens à moitié ravagés du bulbe, et tu t’enlise en particulier dans des débats contemporains abscons (très cons, même) qui semblent occuper la majorité de la population et de nos bons maîtres en attendant… bah j’t’avoue qu’à part des torrents de merde, je vois pas bien ce qu’on peut attendre de tels débats. Sinon ils parleraient d’autre chose. Bref, toujours est-il que dans tout ça, les religions et tout, il y a quand même de la culture qui tente de surnager au milieu de l’infamie et de la connerie, et que ça pond aussi des trucs sympas. Pour désacraliser volontairement la chose, et vu que je suis Lorrain et que je n’ai pas échappé à la propagande saint Nicolas, pour moi c’est juste Nicolas. C’est (un de mes) mon copain imaginaire qui fait de la magie, et si il est un peu partout dans les églises, ici comme en Bretagne ou en Normandie, là où les marins ont aussi un lien avec lui, ce n’est pas par hasard. Note à ce sujet que trois gamins dans une bassine à la merci du boucher, il est vrai que ça peut nous rappeler trois marins dans une coque de noix à la merci de la mer.

C’est comme ça qu’on le trouve dans les églises des côtes, entre autres au Tréport, qui est ma deuxième maison après not’ vieille Lorraine terrestre. Mais ici ou ailleurs, ce n’est jamais vraiment Nicolas, c’est toujours une représentation, comme une photo si tu veux. Mais je peux bien te le dire, moi le Nico, je sais où il est en vrai. Le mien. Il est dans la basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Cette absolument superbe lieu où je me sens si bien, et qui me procure une sérénité très intime et à des millions de kilomètres de la vulgaire religiosité. Et pas n’importe où, qu’il est. Il n’est pas l’austère statue du porche, avec son air vieux et sec, du genre à plaire aux amateurs de roman national, de manif pour tous (les cons), et de déchéance de l’intelligence. Oh non. C’est une très mauvaise photo. Le vrai Nico, celui à qui j’aime bien causer, souvent à voix basse ou dans ma tête pour pas qu’on me prenne pour un grand malade, celui à qui j’aime bien raconter mes misères, celui à qui je propose de faire de la magie pour mes copines et mes copains label rouge qualité optimale quand ils sont en galère, celui à qui je raconte le dernier calembour de mon beau-père, des histoires de cul, ou avec qui j’évoque la météo, il est là-bas, à gauche, devant une petite chapelle latérale. Juste là, c’est bien lui. Pour moi. J’imagine qu’on a chacune et chacun le sien, quel que soit son nom ou sa forme. Mais ce Nico est le mien. Avec son air bonhomme, paisible, bienveillant, un peu détaché, cependant ni blasé, ni cynique. Confiant, un peu fatigué de ce qu’il a vécu, pourtant vigoureux. Pas vraiment souriant. Simplement content, apaisé, avec ses trois gamins un peu cons, à prier à qui mieux mieux, mais ce sont les erreurs de jeunesse, c’est normal. Ses trois gamins et sa bassine qui fait piscine les longs jours d’été. Sans fioritures, simplement content, sans en faire trop. Paisible, avec son chapeau et son bâton. Et son aigle qui n’est pas son aigle mais qui ici, est son aigle. Avec sa main qui te fait toujours un «salut mec, comment qu’c’est gros?». Ce geste qu’un vieux copain te fait de loin quand il t’aperçoit dans la rue. Comme un mélange entre Jaspers dans «Les Fils de l’Homme» et et l’inévitable Big Lebowski. C’est comme ça que je l’aime bien le Nico. C’est lui et puis c’est tout. Y’a pas à tortiller du cul.


Aujourd’hui Nico je n’aurai pas le temps de passer le voir. Mais j’ai une pensée fugace pour lui, parce que ce n’est pas un jour comme les autres pour moi, et que je lui présenterai plus tard une petite fille, en espérant qu’il fasse de la magie pour que tout se passe bien, c’est bonus, ça coûte rien. Les choses gratuites, on fait ça entre amis.

C’est l’Nico, quoi!

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Nancy, la Saint-Nicolas jusqu’au bout de la nuit

Jusuq’au bout de la nuit, bon. Il devait être 21H30 quand je suis rentré en faisant ces photos. Ouais bah on s’fait vieux, hein, c’est bon.

Comme j’étais énervé de l’annulation du défilé, à cause, nous a-t-on dit, de la menace terroriste! Mais vener à mort, j’étais! J’aime pas trop les abdications en rase campagne (ou les économies déguisées, va savoir). Nancy, ville historiquement bourgeoisement modérée, vire dans l’hystérie feutrée de la pondération radicalisée, faut croire. Enfin, c’est aussi à ça qu’on se rend compte que les fêtes populaires n’ont plus grand chose à voir avec le peuple depuis longtemps, hormis leur consommation par ce dernier le jour J.

Mais bon, je râle, je râle, mais en vrai, c’était chouette, en particulier la Soupe à la Marmaille place de la Carrière, et toute la fête qui allait avec. Parce que ça, c’est de la fête, hein. Et la fête c’est quand les gens doivent mettre les mains dans le cambouis et faire des choses ensemble. La fête c’est voir les gamins ravis de faire du manège AVEC leurs parents, d’être poussés par eux sur des bordels créatifs et bidouillés mais requérant la participation de tous pour fonctionner. C’est de les voir en fait se bidonner ensemble, au lieu de rester passifs à regarder bêtement tourner leur gamin au regard vide sur des grands manèges électriques à 800 000 000 $ (et je n’exagère pas, c’est vraiment pas mon genre), en faisant coucou ou en essayant de faire une photo pourrie avec leur smartphone, sans finalement rien partager avec le mioche.

Et même si je regrette, un peu par principe, le vrai grand défilé, faut dire que les zouaves qui faisaient de l’ours polaire («des Indiens qui font de la fumée qui pue mais qui ont un PUTAIN d’ours polaire», c’est ainsi qu’un camarade me les a vendus) étaient assez magiques, et un peu punks sur certains bords. Dans le contexte, au final, le défilé me manque, c’est quand même le moment important de ce bon vieux copain Nico, avec sa barbe, ses bonbons et son Père Fouettard (qui d’ailleurs a disparu des écrans radars à Nancy, pour ce que j’en ai vu… ah, bah il devait pas faire bien dans la vitrine… la communication et l’image de marque, quelles plaies!). Même, le défilé aurait été plus logique que les «Indiens» qui puent avec un ours: c’est mon côté conservateur. Après, objectivement, ça fait du bien aussi de voir des trucs super créatifs, merveilleux au sens cool à mort, qui changent de la routine plan plan. Y’en aura des photos de la fête dans un autre billet.

Enfin bon, allez, j’vous laisse, je vais prendre mes cachets contre la schizophrénie, hein.

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Nancy, la chapelle de l’hôpital Maringer, l’orthodoxie et Saint-Nicolas

Si, si , tu vois cette église. Qui est une chapelle. Elle est au coin du Quai de la Bataille et de la rue Oudinot, à Nancy. Elle est accolée à l’ancien hôpital Maringer, face à la voie ferrée. Si.

Et alors? Et alors elle a été attribuée à l’église orthodoxe de Nancy, en particulier la communauté serbe, dis-donc. Saint Nicolas, qui n’est pas la moitié d’un inconnu dans le monde slave, y est à l’honneur. Tout est logique, et pour un lorrain, pas très dépaysant. Sauf que le culte orthodoxe ne voit pas le bonhomme exactement comme nous, et il n’est point question de balancer des bonbons dans les yeux des enfants pendant des défilés interminables par -10°c. C’est strictement une affaire de religion.

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Sinon, entre les geignements médiocres des uns, et les éructations baveuses de satisfaction des autres, sans compter ceux qui donnent dans la démission mélodramatique jouée au niveau de «Amour, Gloire et Beauté», tu as peut-être entendu parler des inondations en Serbie, en Croatie et en Bosnie. C’est que ça mouille un peu cette affaire-là, et que le pays s’en trouve fort marri. Lorsque la crue fut venue. C’est un caillon infernal, pour être clair, et les gens ont toujours besoin d’un coup de main. La communauté serbe de Nancy -et ex-Yougoslave, en fait, et ça fait chaud au cœur- appelle toujours aux dons (en nature), en priorité à présent de produits d’hygiène. Si tu habites le quartier, si tu n’habites pas le quartier, si le cœur t’en dis, tu peux toujours apporter des choses, c’est l’église de mon billet qui les centralise. Vendredi à partir de 18H, et en journée ce week-end. Cannes, c’est terminé, le Mondial de Foot, c’est pas commencé (dans les deux cas, je m’en tamponne avec application, tiens), tu as donc le temps de passer faire un tour, les portes seront grandes ouvertes. En plus, tu seras bien reçu. Et tu rencontreras des gens que tu connais pas encore. Ce qui est toujours quelque chose de bien. Sans compter que les Serbes, c’est un peu les Lorrains des Balkans. Enfin, voilà.

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La basilique de Saint-Nicolas-de-Port

Saint Nicolas a été un personnage historique, évêque de Myrrhe, avant de devenir celui que l’on sait. Ce qui me permet, malgré mon absence patentée de religion (tu vas bien savourer la suite du coup), d’avoir des petites conversations avec lui. Parce qu’il a l’air sympathique, comme ça. Enfin… en fait ça dépend des statues. Mais à la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, y’en a une que j’aime bien. Celle qui se trouve ici sur l’avant-dernière photo. Quand je bossais à Saint-Nicolas, j’arrivais tôt en bus, juste à l’ouverture de la basilique. Deux choix s’offraient à moi: un café au bistro, ou aller dire bonjour à saint Nicolas, qui pour moi n’est que Nicolas, simplement. Parfois, j’allais plutôt voir le Nicolas, et je profitais de ma solitude dans l’édifice que j’aime beaucoup pour lui taper une courte causette, échanger sur les petites misères anodines de la vie, raconter des blagues de cul ou de curés ou lui parler des gens que j’aime. Parce que le Nicolas, nonobstant sont métier de saint que je ne cautionne pas, je le connais depuis que je suis gamin, ça reste le bon gars, tu vois, je sais faire la différence. Enfin, celui de la basilique, hein, et précisément de l’avant-dernière photo. Les autres n’ont pas l’air gentils, ils se la racontent trop, ce sont des faux Nicolas, ils ont l’air trop saints, et je leur cause pas à eux. Rien que d’la racaille.

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Allez hop, un p’tit mirac’, pouf. Bon, j’suis un peu blasé moi, on m’avait promis du vin, où qu’il est? Les enfants? Une idée?

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La colonne tordue

Sur cette photo de 2003, la lumière reste sympa, alors voilà. C’est dans la basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Quand j’y travaillais, après le café au bistro, j’allais faire un coucou à Nico. Saint Nicolas? Ouais, Nico, quoi. Je suis Lorrain, je peux me permettre, on a presque été élevés ensembles avec le Nico. Même en grandissant dans un foyer anticlérical, et dont je suis fier, je ne peux renier le Grand Barbu et son âne crotteux. Puis bon, c’est pas comme si j’y croyais. N’empêche, la basilique était presque toujours déserte au matin, alors on tapait la causette, avec le Nico. Je lui racontais plein de trucs. Comme je suis pas baptisé, et aussi croyant que mes chaussettes, du coup, on avait un relation saine, Nico et moi. Si j’avais pu venir boire mon café dans la basilique avec lui, ça aurait été sympa comme tout. Mais bon, dans les basiliques, on n’a pas le droit de faire grand chose. Hein Nico? Ouais. Je sais. Les cons, il savent pas ce qui est bon.

Sinon, cette colonne, je la dis tordue, mais elle est magnifiquement torsadée. Sauf qu’en réalité, elle est toute de traviole… mais la torsade nous empêche un peu de le voir tellement elle est jolie. Et puis, c’est toute la nef qui est complètement de travers, alors… J’ai une affection particulière pour la jolie basilique de Saint-Nicolas-de-Port. je te conseille donc d’aller y jeter un œil si ce n’est déjà fait.