Le retour de Nancy des hauteurs

Le Plateau de Malzéville, c’est entre autres le point de vue depuis la table d’orientation, dégagé quand la tempête de 1999 est venue ratiboiser le bois qui se trouvait ici par le passé. Point de vue où on est nombreux a avoir passé du temps, emmené des gens, de la famille, des amis, un amoureux, une amoureuse. Où on a fait des feux et mangé des merguez premier prix qui militent activement pour la fin du monde. Là où je passe parfois en rentrant chez moi pour respirer un peu l’air vicié de la cuvette, regarder Nancy, et plus au loin, La Madeleine à Laneuveville, les banlieues est et sud, et à l’horizon, souvent, les Vosges.

Le Plateau de Malzéville, et ses générations passées et futures en mobylettes, en scooters, et demain en hoverboards, va savoir.

Alors allez, on plonge dans ce Nancy-là.

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Tiens. La Meurthe. Nancy est dans sa vallée. Avec le pont de la Concorde, sa passerelle sur l’île et l’étang de la Méchelle, au second plan le pont de Tomblaine, et au fond, Jarville (et la microbrasserie Grenaille qu’on ne voit pas, mais où il faut aller) et la tour des Coop sur la droite.
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Au premier plan, l’aérodrome d’Essey, puis le tir de barrage tout sale des pavillons de Saulxures, et au fond la soudière Novacarb de la Madeleine à Laneuveville.
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Une vue vers le centre tout hérissé de Nancy, avec sur la droite ma copine la tour Joffre-Saint-Thiébaut. Devant les immeubles, dépasse un peu l’église Saint-Sébastien, et au premier plan à gauche, la cathédrale, avec à droite la caserne Sainte-Catherine (une des plus vieilles de France).
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Ici, ce n’est pas évident, mais c’est un quartier que je trouve très joli. C’est le Haut Rivage à Saint-Max, et je ne suis pas objectif: je n’y ai jamais vécu, et son architecte était André Lurçat, un type pour lequel j’ai vachement d’affection, mon copain imaginaire avec Jules Criqui quand même. Derrière, la grosse bouse de stade Marcel Picot au bord de Tomblaine, en face duquel j’ai vécu mon adolescence.
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On revient sur la vallée de la Meurthe, d’un peu plus près.
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Une vue plus générale de la cuvette. On voit bien le centre, Vandœuvre se dessine au fond à gauche, au pied du plateau de Brabois. En bas à droite, les fameux Grands Moulins, et juste derrière eux, le grand parc de la Pépinière, derrière laquelle on distingue, mais faut le savoir, un des pavillons clairs de la place Stanislas.
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La vue se décale un peu à gauche. Tout au fond, l’émetteur de Ludres. Au pied de celui-ci, s’étalent les cités de Vandœuvre. Tous les quartiers de Nancy que l’on voit ici sont ensuite assez difficiles à distinguer faute de grands points de repère. Notons sur la droite une tour un peu plus haute que les autres, c’est celle de l’Étoile, et juste à sa droite, la grande gendarmerie. Au premier plan, des bribes de Malzéville et de Saint-Max.
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Vue vers l’aérodrome d’Essey et la plaine Flageul à Tomblaine (où l’on pratique parfois le trollball, oui, renseigne-toi), et au premier plan, ce petit quartier d’Essey dont je dois bien avouer ignorer le nom alors que je passe souvent devant. Mouzimpré? Oui, ce serait logique, mais je ne suis pas sûr.
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En rentrant du plateau, je rentre par la très jolie banlieue perchée et aisée de Dommartemont. Tout un état d’esprit.

 

Sous les jupes de La Madeleine

La soudière Solvay de Dombasle, elle est pudique. Carénée de partout, palissades pleines, elle cultive le mystère. Sa voisine de La Madeleine, à Laneuveville-Devant-Nancy, c’est tout autre chose. Elle montre tout. On tourne aisément tout autour, et l’on voit des tas de machins étranges, des locaux perchés, des cheminées, de la vapeur, des tapis roulants, des camions tout blancs, parfois un humain au milieu de cette structure immense. Elle pue aussi, et, en tous cas ce jour-là, plus que celle de Dombasle. Elle est aussi plus bruyante. A certains endroits, on voit du calcaire qui s’échappe de gaines de transport du matériau. Elle donne un grand sentiment de foutoir, entre organique et mécanique, on se sait plus trop. En un sens, La Madeleine, on y voit les entrailles.

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Enfin la soudière de La Madeleine

C’est très curieux cette attirance pour le monde industriel « lourd ». C’est très curieux, parce que d’un côté, il y a la fascination pour les épopées ouvrières et technologiques, pour les luttes sociales et collectives, les avancées de tous pour tous, parfois au prix du sang, de l’affection pour le monde ouvrier et ses codes, pour le courage des différentes vagues d’immigration, de la curiosité gourmande pour la transformation d’un monde dans ses structures même, dans sa population, dans son architecture, et l’esthétique presque hypnotique des grandes usines, leur impossibilité réjouissante, et ainsi la compréhension de la fierté de ceux qui en sont, qui maîtrisent le moloch, avec des méthodes inaccessibles au vulgaire. Et puis l’usine, qui est un des monuments de ma région. Sans avoir grandi dans une famille ouvrière, comment voulais-tu gamin que j’évite de voir des usines partout, en étant lorrain? Je serais né dans la Beauce ou dans le Cantal, peut-être que je verrais ça autrement… même si rien n’est moins sûr, le déterminisme a ses limites, bien heureusement.

Et puis il y a le dégoût, le dégoût pour un monde sciemment détruit par un grand capitalisme prédateur et inhumain, symbolisé longtemps par l’usine, avant même la finance, le dégoût pour l’usine qui donne tout mais qui prend tout, la « putain d’usine » qui enferme, le travail posté, le travail abrutissant, une rationalisation qui oublie ceux qui la subissent, le dégoût de l’usine qui ravage les corps et les esprits, qui ravage les lieux, qui ravage les pays, qui détruit tout sur son passage, qui crache à la gueule du monde les moyens de la plus crasse des sociétés de consommation.

Et ce paradoxe qui fait qu’en asservissant les hommes aux machines, on les a aussi fait se rencontrer et lutter ensemble. Qui fait que l’usine, je la regarde, je l’aime, je rêve de la tuer, tout en même temps.

Ah bah oui, c’est sûr que quand je suis là devant ma soudière de La Madeleine, je n’ai pas le temps de me dire tout ça, mais c’est là, en fond, et ça doit être le carburant qui me picote le bide et me fait marcher sans compter et pousser avec gourmandise le décle(a)ncheur de l’appareil.

Mettons des images sur tout ça, en vrac.

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La soudière pour plus tard

Toujours à La Madeleine, commune de Laneuveville-Devant-Nancy. On vient voir la soudière, hein, c’est bien ce qu’on a dit, même qu’on traverse le canal pour la voir dans son ensemble. Mais quand tu traverses le canal, te voilà soudain au pied des bassins de décantation… ballet de camions, talus mystérieux, ruisseaux aux airs pourris… attends, non; la soudière, dans deux secondes. On regarde un peu ça, et après, promis, on se retourne pour la voir, la soudière Novacarb de La Madeleine.

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Bon allez, on se retourne lentement et… ah ouais mais non. Le canal et son écluse. Je… non, oui, la soudière, mais c’est pas chouette l’écluse de… allez, une p’tite photo et on regarde la soudière.

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Et les… les maisons juste, allez. Je prends le temps pour les maisons, mais juré, c’est la dernière fois, après, soudière or die, hein. Hé.

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Je suis désolé. On n’a plus le temps pour la soudière. Oui, je sais c’est de ma faute, je… au prochain billet? Ah, oui. C’est vrai que c’est dommage, elle n’était plus bien loin…

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