Saint-Gorgon et les elfes noirs

Si les Elfes avaient un mauvais fond, ils auraient construit cette église. Quoi? C’est pas clair? Bon. Il faut juste savoir que dans ma tête c’est un compliment. Dans un petit coin de Lorraine, à Varangéville, il y a au bout d’une impasse pleine de chats divers et variés, l’église Saint-Gorgon. Je te passe l’historique, d’autres font ça bien mieux que moi, et ça se trouve très facilement sur Internet, mais aussi (et surtout, pour un vrai plaisir sensuel) dans des vrais livres comme la «La Lorraine Gothique» de Marie-Claire Burnand. Ce que tu dois savoir ici, c’est que les jours d’été un peu chauds, elle fait du bien. Froide, sombre. Oui, hein, c’est pas vendeur? Et pourtant, c’est une petite pépite qu’il serait dommage de rater, sincèrement, même si sa voisine qui attire les regards, la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, reste sûrement le grand édifice religieux lorrain que je préfère. Tu serais parjure de ne pas faire ta pose à Saint-Gorgon, pour entrer dans sa forêt de nervures engagées dans des piliers trapus. Une vraie forêt, te dis-je!

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En errant autour de Dombasle et Varangéville

Je tourne autour du pot, avant de replonger dans Dombasle et toutes les choses que j’ai envie d’en raconter avec les gens que j’y ai rencontré. Et les trucs que j’y ai trouvé. Et ce que ça m’a fait. Mais j’hésite un peu encore. En attendant, je tourne autour, dans une giration qui n’ose pas dire son nom, dans un vide étrange, peu habité. Soit qu’il s’agisse de champs et de forêts. Soit qu’il s’agisse de mines et d’industrie. Ou même d’un peu des deux. Tous ces endroits dans lesquels les photos sont rapidement vides de gens. Absents ou écrasés. Ma giration, c’est les chocottes. Parce que quand je vais commencer à causer des gens, je vais prendre une responsabilité d’un seul coup un peu plus effrayante et qu’il ne va pas falloir faire n’importe quoi.

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La passerelle à Varangéville

A Varangéville, on n’est pas plus con qu’ailleurs, mais on ne lévite pas. Et surtout, ne viens pas nous jeter la première pierre, je suis sûr que toi non plus tu ne lévites pas. A Varangéville y’a la mine de sel, mais aucun mystère lié à la densité de sel dans l’air ne provoque la lévitation. Non, ici, on est comme tout le monde, on a besoin d’une grande et belle passerelle pour traverser le canal et le triage, et rejoindre le bout de Varangéville qui se colle à Saint-Nicolas-de-Port, du côté de la fort belle église Saint-Gorgon.

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Dombasle.

Quand j’cause de trucs que je connais pas bien, que ça concerne des gens, des milieux, des classes sociales, des endroits, des activités spécifiques, des mondes en soi, j’ai toujours un peu le trac. J’ai toujours peur de dire une connerie. Pas quelque chose de factuellement inexact, me tromper, je m’en fous, mais quelque chose de con, et ça j’ai toujours peur. Mais d’un autre côté, j’ai tellement de choses à dire… et puis aussi, après tout, si je vais quelque part, que j’y rencontre des gens, faut bien que j’en parle aussi. Que je t’en cause à toi, moi, avec eux, depuis nous. Et ce que ça vaut. Alors… j’me lance.

Alors oui, Dombasle, c’est une ville assez prolo. C’est une ville ouvrière. Y’a la grande usine Solvay, et puis Cerebos, et puis tout près les mines de sel, et puis y’a eu Boussac etc…

On a vite fait de généraliser. Le monde ouvrier, bah oui, mais tu sais, ça reste des gens, plein de gens tous différents les uns des autres. On a diligemment signalé à ma connaissance un monument de stupidité, j’ai nommé le reportage de W9 sur l’affaire rebondissante Jacques Maire, dans l’émission poubelle « Enquêtes Criminelles ». J’ai regardé le truc, bon, certes, y’a le style plus bas que terre intrinsèque à l’émission, pis y’a là, Dombasle, que je connais un peu, et qu’on m’a évoqué dans ces années-là. C’est encore pire, de connaître, quand tu vois les images et les commentaires de ces abrutis. La malhonnêteté, le mépris et l’indifférence des reportages d’une telle émission pour ses sujets et les lieux qu’elle décrit est assez sidérante. Bon, je fais peut-être pas une grande découverte, mais comme j’ai pas de télé, je la vois pas souvent, et je suis du coup à chaque fois abasourdi. Moi je découvre.

Mais Dombasle, c’est quand même pas que ça. Heureusement. Moi je suis de Nancy, au départ, alors les villes ouvrières des environs, je les connais mal, je les appréhende pas bien, et j’ai coutume de rire dessus. C’est plutôt normal. C’est un genre de mécanisme local assez banal. On rit, et on ne sait rien, en attendant, du sujet qu’on moque. Mais on grandit, et puis on découvre, et puis on fait des rencontres, et puis on discute, et puis on apprécie. Les gens t’ouvrent leur porte, et tu ne peux pas lutter. Et tu aurais tort d’essayer. Ça empêche pas de continuer à vanner, à moquer, à faire fonctionner les antagonismes idiots mais rigolos. Mais dans le fond, ça confirme ce que tu savais depuis toujours: c’est jamais aussi simple que ça. Je réitère mon culte d’un monde flou et grisâtre, dans lequel rien n’est tranché. Quelque chose d’assez humain en somme.

Dombasle, je vais me plonger dedans doucement, et voir ce qu’on y trouve. Tout a commencé avec la cité Hanrez, la vieille cité ouvrière un peu planquée dans la rue Hélène. Un guide local à la sympathie débridée me l’a fait connaître, puis le hasard m’a foutu dans les pas d’une ancienne habitante, et de pas en pas, les anciens de cette petite cité ouvrière remontent à la surface, dont certains plus jeunes que moi. Ils aiment bien en causer. Tout le monde semble y avoir passé du bon temps. La cité a vu ses derniers habitants partir, contraints, en septembre 2013. Depuis, ça moribonde. Destruction prévue en juin 2014.

Avant de t’en parler, de te montrer les photos des beaux jours de la cité qu’on m’a gracieusement foutu entre les mains, avant d’évoquer les souvenirs, et de te faire entendre la parole des gens qui ont vécu là, et de dire, moi, que c’était peut-être pas mal comme façon de vivre ensemble, et puis de ne pas m’empêcher de critiquer un peu aussi, avant de mêler mon compère Sylvain (que tu connais si tu es un lecteur assidu) à cette affaire, afin qu’il y mette son regard différent du mien mais que j’admire, avant de te raconter comment les anciens de la cité te reçoivent avec le café, les rires, les regrets, tout ce que ça a d’un peu triste et tout ce que ça a de réjouissant, mais de généreux, toujours, tout ce qui n’est plus à Dombasle de cette vie perdue, tout ce qui est encore, et la vie d’aujourd’hui, ni pire, ni meilleure, tout ce qui donne envie de dire que quelques intellos (parce que c’est comme les ouvriers, y’en a des biens) qui s’arrogent le droit de penser pour les classes populaires, tout comme les Patrick Sébastien qui t’expliquent que le peuple n’aime pas réfléchir (merci copain Franck pour cette réflexion), mais plutôt acheter ses disques, que tout ça c’est des cons, qu’il faut toujours se méfier des vendeurs de soupe, avant tout ça, j’ai envie de poser un peu de contexte.

Je sortais d’un petit entretien rapide, mais ô combien sympathique, avec quelqu’un qui a habité la cité Hanrez, quelqu’un qui me rappelle un peu ma mère, et dont les photos me rappellent un peu celles de mon enfance, même si j’habitais pas dans une cité, et je revenais à ma voiture. Je cogitais un peu tout ça. Et j’ai pris quelques photos, sur une très courte distance. C’est concentré et pas très appliqué, c’est comme ça en passant. Dombasle, c’est aussi plein de verdure, de coins tranquilles, de rives heureuses. Mais Dombasle, c’est avant tout l’industrie, tout autour, qui façonne, qui occupe, qui étale, qui finance. Voici, après cette introduction longuette, ces quelques images chopées au vol sans trop réfléchir, pour te dire ce que c’est Dombasle pour moi, avec mon a apriori de Nancéien.

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Ici, je me suis un peu éloigné. Histoire depuis la Varangéville voisine de comprendre ce qu’on voyait de Dombasle, là-bas, au bout du canal et de la voie ferrée…

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Ne pas faire le con – Varangéville: l’église Saint-Gorgon

Dans la vie ce qui importe c’est de pas faire le con. Si on t’as jamais dit ça, il est temps que ça change. Manuel Valls ou Jean-François Copé, par exemple, on leur a jamais dit. Tu vois le résultat. Alors moi je te le dis, ne fais pas le con. Quand tu quittes Saint-Nicolas-de-Port en direction de Varangéville, ne fais pas le con. Tu traverses le pont, le deuxième pont, et au pied du troisième pont, tu serres à droite.Tu peux jeter un œil en arrière, oui, Saint-Nicolas c’était beau. Je sais.

Tu vas descendre le long du pont et suivre la rue Jean Jaurès, encore à droite. C’est un rue rigolote et tout, qui sent un peu la pisse de chat, mais dis-toi que ça vaut toujours mieux qu’un magasin Sephora.

Comme ça tout au bout pour te récompenser de pas avoir fait le con, tu trouveras l’église Saint-Gorgon et sa forêt de piliers et ça sera joli, et tu pourras t’extasier et reposer tes yeux dans son obscurité après la blancheur éclatante de la basilique de Saint-Nicolas.

Voilà. Maintenant que tu as eu ta récompense, tu peux refaire le con. C’est pas très moral, mais hein, faut bien vivre.