Nancy en dix photos jamais bien loin du canal

Le truc c’est que quand tu as vécu pas trop loin du canal à Nancy, tu y restes attaché. Le canal, c’est de l’eau et l’eau ça se traverse pas fastoche comme tu traverses la rue. Traditionnellement, et quitte à verser dans le conformisme, l’eau ça se traverse sur un pont. En plus le canal j’vais t’dire j’ai moyen la motivation pour m’y baigner, c’est quand même un coup à donner dans le développement personnel de mycose et le coaching de puanteur.

Ce qui est rigolo avec un canal, c’est que quand tu te promènes sans but, ça a tendance à conditionner tes balades selon des axes récurrents. Parce que les ponts. Tes errances sont donc assez longilignes, et parfois tu as envie d’aller à tel endroit spontanément, mais de fait, tu vas devoir longer le canal jusqu’au pont. Ça favorise de passer souvent au même endroit, et de le connaître bien. De le voir évoluer dans sa végétation, sa population féline pouilleuse, ses tags parfois surréalistes, sa lente dégradation, parfois sa reprise en main brutale par les services de normalisation de la ville. Et moi c’est ça que j’aime. Voir le même endroit souvent dans ses infimes variations quotidiennes ou dans ses révolutions saisonnières. Bref, la «zone de confort» qui paraît-il doit être quittée, selon les gens qui aiment bien dire aux autres ce qu’ils doivent dire/penser/faire*, peut être quelque chose de très chouette et d’épanouissant. Moi j’aime bien en tous cas peupler mon quotidien des cycles doux et parfois crades qui animent une routine un peu magique dans la ville magique.


*que crève le coaching d’une mort lente et douloureuse

East Side Story #2 / Laurence & Duncan

«Même du côté du Toulois, j’suis tombée amoureuse de la cathédrale, elle est trop belle!»

Nous voici aux alentours du pont de la VEBE, cette Voie Express Banlieue Est qui relie Nancy à Malzéville, en bondissant au-dessus de la Meurthe. Malzéville, c’est cette banlieue au nord-est de Nancy. Nichée sous le plateau éponyme, avec ses beaux quartiers coquets engoncés dans la verdure, ses quelques blocs comme aux étonnants Balcons de Velchée, ses résidences aux abords de la forêt ou de l’eau, ou son quartier pavillonnaire des années 50, le Nid, archétype en son genre et témoin d’une époque.

Nous sommes assis dans le grand canapé, Duncan termine de ranger les courses et nous rejoint. Walt Disney est à l’honneur; Raiponce, en une délicate esquisse au crayon, est encadrée au mur. L’animation a décidément la part belle, puisqu’un sympathique coussin Krokmou nous observe. A la fenêtre, un peu de la pelouse enserrée par cette résidence de grande taille, qui me donne pourtant l’impression d’une petite maison paisible. Au loin, on distingue les hauteurs à l’ouest de Nancy, le Haut de Lesse, comme une jetée, et perchée sur son rebord, la Tour des Aulnes. Pour tous les Nancéiens, c’est la Tour Panoramique. Notre phare à nous.

Merci à Laurence et Duncan, ce jeune couple fort sympathique!

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Un vieux tour sur la VEBE

Je ne présente plus la VEBE. La Voie Express Banlieue Est, qui franchissant la Meurthe, relie Nancy à Saint-Max et Malzéville, et permet au-delà de rejoindre aisément les autres banlieues est sans se coltiner trop de circulation. Bon, après moi c’est en tant que piéton que je ne la présente plus. Quand j’habitais le quartier (ouais, j’en ai habité deux trois, des quartiers, à Nancy), j’y montais souvent à pinces, à toute heure, par tous les temps. Et maintenant que je vis encore plus à l’Est, c’est ma manière privilégiée d’arriver et de partir de de Nancy. Qu’est-ce que tu veux, tu as à la fois une vue sur Nancy, sans être trop haut, avec un effet rasant que j’aime bien; mais les reliefs à l’ouest te sont bien révélés, et en particulier la Tour des Aulnes, dite tour panoramique à Maxéville se montre sous un de ses beaux jours. Le quartier Jéricho, le quartier des Grands Moulins et ses jardins révélés par le surplomb: tous ces mondes séparés en zones différentes, dont la différentiation est sanctionnée par l’histoire de la ville, ou le bandeau de la Meurthe, réunies là à tes pieds, au gré du niveau du viaduc où tu te trouves. Elle est pas belle la vie?

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Nancy la bossue

J’ai souvent du mal avec les villes plates. On se paume dans les villes plates, parce que jamais on ne peut avoir de vue d’ensemble qui permette de relier entre elles les choses vues et parcourues. Il y manque la poésie des petites lumières au loin la nuit. Les villes plates me font un peu de la peine. Après y’a les villes plates avec une colline à côté. Comme Novi Sad en Serbie, qui est mon Nancy des Balkans. Ça passe. A Nancy y’a pas trop ce problème. Nancy étant un trou avec un côté ouvert, comme un plat bassin. Et donc des hauteurs tout autour, on peut littéralement tourner autour d’une grande partie de la ville depuis les bords de la cuvette. Plateau de Malzéville, carrière Solvay ou tour des Aulnes à Maxéville, le Haut du Lièvre à Nancy, le parc de Vandœuvre, la Cure d’Air, Boufflers, Brabois, Boudonville, le plateau de Villers et j’en passe, les vues plongeantes sur la ville sont légion, et j’adore cette idée de voir la même chose sous des tas d’angles différents: de l’exotisme à la petite semaine, peut-être, mais aussi de l’attachement et de la compréhension de son milieu. Pour moi c’est important.

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