L’arrière-saison du fond sous le plateau d’Amance

C’est Décembre. Mon mois camarade (les psychologues pourront m’envoyer leurs commentaires en privé). C’est mon mois à moi, celui que j’aime bien, qui me protège. Y’en a ils ont leur pierre, leur couleur, leur étoile, moi j’ai mon mois. Oh bah les fêtes ça me botte pas trop, hein, c’est pas mon truc, c’est bien trop compliqué. Non, j’aime décembre indépendamment des fêtes de fin d’année, du moins à titre personnel. Parce que dans le symbole, elles jouent un rôle. Parce Décembre que je l’imagine doux, feutré, vivifiant, il est comme une année, comme une vie, il commence dans l’impatience, celle du froid, de la neige, il pique un peu quand on sort dehors tôt le matin, et il vieillit, la Saint-Nicolas passe avec l’enfance, il va vers Noël, bien plus tristement adulte et individualiste qu’on le dit, lentement, lentement, et cette petite rémission des jours après la fête, et puis c’est une petite mort que ces ultimes jours de l’année, et puis ça renaît en janvier, dans l’adversité, le froid sale et dur, mais petit à petit, petit à petit… mais ce n’est plus Décembre; ensuite, c’est une autre histoire, qui recommence.

En même temps je vois pas pourquoi je vous emmerde avec ça, parce mes photos datent de novembre, il y a une bonne dizaine de jours.

Alors hein, tais-toi, moi(s).

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Une fin de semaine au verger en Meuse

Le verger. Comme (presque) tous les ans, il faut prendre la voiture, et passer là-bas au pied de Bouxières-aux-Dames pour attraper l’autoroute et ho, pas bien loin, sortir à Pont-à-Mousson, traverser la dite ville avec sa grande rue toute étroite pleine de gens qui achètent du pain en double file et c’est rigolo même si ça avance pas, et puis changer de lieu, d’univers, quitter la vallée, monter sur le plateau de l’autre côté, traverser les champs de bataille de 14-18, filer sur Thiaucourt et tourner (en suivant toujours peu ou prou le front) vers Vigneulles, le havre de paix et de verdure blotti sous les belles côtes de Meuse, qui sont magnifiques à l’arrière-saison avec le soleil de plus en plus rasant, de plus en plus beau et expressif, loin du zénith tout plat de l’été. On flirte avec un rond-point, on lève un œil gorgé d’admiration vers Hattonchâtel, on regarde un peu la route quand même, et là, le verger, là tout de suite, avec tout là-bas de l’autre côté des champs pourtant sans fin, la silhouette du Montsec et du TGV. En se disant, putain, qu’est-ce que c’est beau ce coin de Meuse quand même, bordel, toute cette délicatesse et cette poésie, saloperie de chiotte, qu’est-ce que c’est beau, bon dieu! Tout en finesse, quoi. Mais quand ça déborde, l’admiration, que ça submerge, ça s’embarrasse pas trop sur la forme…

Mais c’est qu’il y a des pommes à récolter pour manger tout l’hiver et pour amener au pressoir pour faire du jus en masse: assez, dans l’idéal, pour tenir jusqu’à l’année prochaine. Et cette année a été bonne, puisque ce sont aux alentours de 350 kilos de pommes, qui ce matin discutent avec mes bras courbaturés, que le verger nous a consenti. Merci verger!

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La vieille ferme de la Côte Rôtie à Malzéville -1-

Juste sous les pentes du plateau de Malzéville, qui ne se livre jamais complètement, il y avait deux fermes. Manifestement maraîchères, avec aussi de beaux vergers. Elles se trouvaient juste au-dessus de la route actuelle, alors inexistante, qui mène à la déchetterie. Cette route qui d’ailleurs traverse une ancienne parcelle de vergers. De ces deux grandes maisons, que reste-t-il? La première est devenue comme qui dirait étrange. Fondation, caves sont encore vaguement compréhensibles, il reste un mur en excellent état, mais un seul, et plus étrange, la cheminée en brique. Le lieu est facilement accessible, on le voit aisément depuis le chemin qui part à gauche de la déchetterie vers la Côte Rôtie. Il reste cette plate-forme fort mystérieuse, avec sa rambarde et sa cheminée. Et son mur. J’avais déjà parlé de la chose ici-même, à un moment où j’en savais moins. Note quand même que je n’en sais pas beaucoup plus non plus.

Entretemps est arrivé Géoportail et ses vues aériennes anciennes. Y’en a qui sont accros à FIFA 2014, d’autres à Candy Crush, certains à Pinterest. Moi, comme je suis quand même quelqu’un de très supérieur à la moyenne, comme je ne suis pas vulgaire, et vu que je dispose d’une intelligence élevée et que ma vanité est flamboyante d’élégance, je suis accro aux vues aériennes anciennes de Géoportail. Oui. Et ces vues m’ont appris des choses. Comme par exemple que, plus loin vers le nord, à proximité immédiate des premières maisons cossues pleines de piscines de la Côte Rôtie, il y avait une seconde ferme. Avec ses vergers itou, et, qui en doute, ses potagers. Acrévindieux d’merde, hurlai-je, oubliant mon élégante vanité, et me vautrant avec une passion coupable dans un vocabulaire à caractère populaire, putain d’sa mère de con d’bordel d’ton père l’enfoiré patriarcal d’ses morts, mais ha! continuai-je, entraîné par mon propre effort, avant de sautiller sur place. Il y avait une autre ferme. Les vues actuelles me présentant une forêt dense et impénétrable, j’espérais bien qu’il reste quelque chose dans les taillis pénibles ayant avalé les anciens vergers.

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Cette photo des années 60 est orientée en gros au sud. La ferme la plus au sud, en haut de la photo, donc, dans son rectangle noir, est celle dont il ne reste qu’une cheminée de brique, dont je soupçonne même qu’elle ne lui appartienne pas et qu’elle soit plus récente, vu son état. Ce qui est curieux, je te l’accorde, mais ça en a quand même l’air. Celle la plus au nord, en bas de la photo, est celle qui est aujourd’hui avalée par la forêt, et dont j’étais curieux de savoir s’il en restait des traces. En rouge, le chemin d’accès à travers les champs et les vergers. Rapprochons-nous un peu.

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Hein que ça avait l’air chouette, comme ça, sur les pentes du plateau? Les vergers et tout ça? Celle du bas, en particulier, avec son verger sur le pas de la porte… on voit aussi qu’il s’agissait de deux bâtisses conséquentes. Passons à une vue actuelle, qui nous fera comprendre pourquoi j’espérais trouver par la protection de la forêt quelques traces, mais aussi pourquoi je ne me faisais que peu d’illusions sur la question, surtout quand on voit ce qui reste de la maison en haut de la photo, disparue, hormis sa fameuse cheminée et son mur.

Capture plein écran 13052014 072821.bmpIl s’est passé deux trois trucs depuis, dont la route de déchetterie et la vigoureuse reprise de la forêt. Pourtant, le chemin d’accès est encore très lisible, et on devine tant bien que mal les limites de parcelles, ainsi que certaines lignes d’arbres fruitiers. En suivant la chronologie des photos aériennes, je suppose que les deux fermes ont été abandonnées entre 1976 et 1982. Le verger entre les deux fermes a été sûrement entretenu encore un moment, puisqu’il apparaît encore très clairement, même si de nombreux arbres sont manquants. On voit bien la trace de la maison du haut de la photo, celle à la cheminée, mais on constate que celle que je voulais trouver, en bas, est totalement noyée dans la végétation. Pour le plaisir, rapprochons-nous encore, dans les années soixante, de cette dernière, qui m’intriguait tant.

Capture plein écran 13052014 112005.bmpAh, bon sang, qu’est-ce que ça fait envie! On voit bien l’habitation principale. On voit juste juste à côté une sorte de grange rectangulaire, en face, une mare, et plus bas encore un petit bâtiment carré. Alors avec mon compère Sylvain, sous la pluie et dans l’herbe haute trempée, nous menâmes l’enquête courageuse, on n’en doutera point, sul’ terrain. Et quoi y’a sul’ terrain? D’abord plein de jolis murs en pierre sèche qui soutiennent les vastes terrasses des vergers, en particulier celui qui existe toujours un peu aujourd’hui entre les deux maisons. Bien entendu, nous tombons vite sur la maison à la cheminée, sa plate-forme restante (j’en remettrai quelques photos ces jours-ci), sa cave effondrée, et son espèce de petite cave annexe dont la destination reste énigmatique, son portail et deux trois traces très légères. On continue donc, en direction de la seconde ferme de mes fantasmes.

Et là, tu sais quoi? Eh bien tout est là. Tout. La maison, la sorte de grange rectangulaire, la mare, le bâtiment carré qui est d’ailleurs une baraque avec des clapiers d’un côté, et, on imagine, un poulailler de l’autre, bien que ce ne soit pas certain. Aussi une petite émotion devant cette ruine avancée, d’abord parce que ça faisait un moment que m’interrogeais derrière mon écran, et qu’enfin, elle se dressait devant moi, ensuite parce que, sur la photo ci-dessus, ça avait l’air si beau. Une émotion sans jugement, soyons d’accord. Juste la superposition dans mon cerveau entre cette photo des années soixante et ce que j’avais aujourd’hui sous les yeux, la douce rengaine de l’abandon, dans cette forêt brouillonne et humide, l’imagination qui remet des gens, des murs, un toit, des fleurs dans le bac à fleurs, et les chiens qui aboient devant la maison quand arrive quelqu’un. Le petit pincement qui s’ensuit, et le sentiment étrange d’entrer au cœur de vies passées, de pénétrer une intimité qui n’existe plus ailleurs que dans ma tête. Mais que le lieu s’ingénie à me renvoyer tout de même, comme ces vieilles étoiles déjà mortes qu’on regarde la nuit avec un demi sourire songeur.

Tu veux du moral? Alors très vite fait, ces deux fermes nous rappellent à quel point les coteaux de Malzéville ont une vocation de vergers, de vigne et de maraîchage. Et quand je dis ça, suivez mon regard, entre deux ronds-points, par exemple.

Allez, je te fous la paix avec ma parlotte, et je te montre ce qui reste de cette jolie maison perdue dans la forêt gourmande. Avec la suite demain (clapiers, mare et autres choses rouillées…).

(tout de même, si quelqu’un de Malzéville passe par là et a des choses à me raconter sur une de ces deux fermes, je suis preneur!)

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Monter à Amance

Depuis chez moi, tu peux prendre divers chemins avec tes pieds. J’aime bien celui du cimetière. Il te mène à Laître-sous-Amance, d’où tu peux te lancer dans la montée à travers les vergers vers Amance. C’est en général assez sensas’, et même des fois c’est incroyable. Le jour-là c’était pas mal, mais en fait c’était incroyable, parce qu’il y avait Lupa, Mamléa et Pop9. Le principe de la bonne compagnie, c’est que ça rend tout fabuleux. Et c’est assez bien trouvé, je ne sais pas qui a inventé ça, mais félicitations. Il en faudrait plus souvent, de la bonne compagnie.

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Un long billet pour une longue journée au verger

Une journée au verger, tu vois, c’est quand par exemple il faut cueillir les pommes. Direction les alentours de Vigneulles-lès-Hattonchâtel, dans la Meuse, là-bas, où la terre colle aux pieds. C’est un verger au bord de la route, avec la vue vers le Montsec, le TGV, les champs tout autour, et parfois des groupes d’hélicoptères américains, Apache (quoique, bizarre la position du canon pour un Apache…) et descendant non-identifié du célèbre Huey qui passent à basse altitude pour une raison inconnue. Peut-être des patrouilles de Monsanto, je ne sais pas.

Un billet plein de photos pour te raconter un jour de cueillette des pommes sou un vilain ciel de Lorraine, quoi.

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Octobre au verger

C’est comme quand t’étais gosse. Ici c’est la Meuse, mais ce sont quand même ces belles journées d’octobre -pas trop cette année, certes- où l’après-midi est encore chaud, et qui sentent le sucre et vrombissent des girations de guêpes échappées à la gangue de la froide rosée de ce matin. Le goût des pommes, et le bruit creux et mou de celles, blettes, qu’on jette sur les troncs d’arbre dans des concours d’adresse qui se délectent de voir voler des éclats de fruits partout. Les guêpes redoublent au fur et à mesure qu’on ouvre les pommes. Les vieux ont des gestes précis, rapides, leurs doigts calleux se moquent des morsures de la lame, ils nous tendent des morceaux charnus, et on veut monter au plus haut barreau de l’échelle pour montrer à quel point on n’a pas peur. Juste là, au fond, Hattonchâtel nous observe depuis son éperon meusien, face au Montsec, les pentes mystérieuses des vallons glacés roussissent et à cette saison les quetsches sont immangeables, même sous la lumière rasante, qui excuse tout, permet tout, mais n’empêche pas la nuit de venir tôt, qui force à remettre son pull pour aller vite vite à Vigneulles manger le sanglier de l’année arrosé de (beaucoup) de vin de table, pas mauvais, mais qui pique un peu, et c’est pas plus mal. Une journée au verger, en Lorraine.