Saint-Dié-des-Vosges, la tour de la Liberté, mais pas en entier

J’ai pas envie de te faire un cours d’histoire de l’architecture. T’as vu c’est malin hein? Comme ça sous-entend que j’aurais les compétences et tout. Alors que pas du tout.
Sinon j’ai juste envie de te faire voir la tour de la Liberté à Saint-Dié par petits morceaux et quelques vues depuis cette dernière. Oui, c’est un billet super anodin. C’est comme ça.

La Bresse: l’étang de Sèchemer

Tu connais pas l’étang de Sèchemer? Ah ouais je vois le genre. Bon je vais être clair, on n’aime pas trop les losers par ici. Alors on va tolérer ta présence le temps de ce billet.

Donc, pas trop loin du joli lac des Corbeaux, y’a l’étang de Sèchemer, au-dessus de la vallée, et c’est chouette. Un étang, pour de vrai. Entre lac et tourbière. C’est pas bien grand. Un peu planqué mais pas trop, moins populaire que son grand frère corbac, il a un charme de ces charmes que l’on ne trouve que dans les Vosges. Y’a des reflets en goguette, un fond vaseux que colorent étrangement les rayons du soleil (on pense au Marais des Morts de Tolkien)(on pense à la Terre du Milieu tous les deux mètres, dans les Vosges, tu m’diras), y’a de la poiscaille qui rampe entre deux eaux, y’a du silence quand les promeneurs la ferment, ce qu’ils devraient faire plus souvent dans ce genre d’endroit, y’a pas vraiment de silence en fait parce que y’a des bestioles et des bestiaux, et un léger bruissement dans les branches des sapins qu’on dirait bien un courant d’air. Et y’a ta carcasse au milieu de tout ça, qui a envie de ne plus bouger et de rester là pendant des heures.

Le truc c’est qu’à la saison de ces photos à l’étang et aux alentours, on se gèle pas mal le cul, alors la carcasse elle arrête ses simagrées méditatives ridicules et elle se met en route. Et en rang par deux s’il vous plaît. Hein. Bon.

De Gérardmer à l’Alsace en passant par le Grand Ventron

Au début je pensais y aller en licorne ou en bateau, mais au départ de Gérardmer, pas de service de licornes, et ça m’arrange, la licorne c’est tape-cul comme c’est pas permis, je suis pas pour. Même si ça fout un doute sur le niveau de services de cette ville, je lui mettrai pouce moins caca boudin sur Trip Advisor, le site des petits chefaillons délateurs consommateurs.
Bon bah en bateau, alors. Mais il se révèle que le bateau à Gérardmer manque d’audace et se limite à faire le tour du poulailler, petitement.

Alors quoi? Après avoir mangé à la Gérômoise, et bien mangé à vrai dire, il a fallu se rendre à l’évidence. Le voyage serait long. Il fallait donc prévoir une étape à la ferme-auberge de la Petite Chaume au Grand Ventron. Ambiance morose de restrictions sanitaires qui paraissent tellement étranges dans un endroit comme ça. Ambiance morose d’un personnel en fin de saison, mais sympa, chambres dans leur jus mais suffisantes, bouffe copieuse. Y’a eu débat sur où c’est qu’on mange le mieux tout ça. Certains de mes camarades plébiscitèrent cette ferme-auberge, moi un peu moins même si c’était fort honnête. Mais j’avoue que pour moi, rien ne remplacera la tourte ou le potage de légumes de l’auberge de Huss. Le soir, au milieu de la montagne, la fenêtre ouverte sur la nuit noire malgré la fraîcheur, une nuit parfaite.

Le lendemain, montée au Grand Ventron, tour par le Petit, puis retour à la ferme-auberge. Le Grand Ventron est un sommet accueillant et fastoche, et la balade qui relie le Petit Ventron est bucolique et aisée. Au Grand Ventron, tu peux aussi décider de redescendre vers la vallée de la Thur et Kruth (l’endroit est fameux, je le conseille) via les cascades du Bockloch. C’est bien plus raide par là-bas, mais ça vaut le détour. Comme le groupe comptait des compères et des commères à l’âge canonique, et aussi une enfant aux courtes jambes, les brèves balades et les retours rapides furent de mise. Et l’usage de voitures. A ce moment, le groupe se sépara. Ceux qui franchissaient la Frontière pour pénétrer en catimini en Alsace, et ceux qui renonçaient, préférant retrouver le confort proverbial de leur Meuse, de leur Moselle ou de leur région nancéienne (y’a autre chose que Nancy en Meurthe-et-Moselle? Ah bah première nouvelle!). Moi, vous me connaissez, j’ai pas hésité, l’aventure ça me connaît, j’écoute de la K-pop, j’ai peur de rien, autant dire que l’Alsace pour moi c’est une promenade de santé. Ainsi j’allai me taper la ruche à Steinbach, à côté de Thann, en buvant de la bière faite dans le garage de mes hôtes. Ça s’est terminé à l’Hirnlestein avec une vue sur la plaine d’Alsace.

Puis, ce fut le retour en Lorraine, le pays des gens qui causent normal. En toute objectivité.

Le récit en images, comme on dit dans les rédactions à court d’inspiration

Échappé à Châtel-sur-Moselle

Moi le jour où j’ai une Fuego qui remonte le temps, je pars pas au Far-West (ah, la Bretagne!), ni dans le futur (ah, le quartier ̶N̶a̶n̶c̶y̶ ̶G̶r̶a̶n̶d̶ ̶C̶o̶e̶u̶r̶  Nancy Gros Cul!), mais bien dans les années 50. En allant à Châtel. Et pas à 88 miles à l’heure hein. Calé à 110 sur l’E23, comme tout le monde. Parce que Châtel fait partie de ces petits endroits qui pour partie sont restés quelque part loin derrière les sirènes de cette saloperie de start-up nation, d’économie de marché et toutes ces foutaises instantanées et superflues qui en particulier dans les grandes villes nous collent aux basques comme le pire des chancres. A Châtel, comme à Nomeny, Xertigny, Blâmont, Mirecourt, Saint-Mihiel, il reste de cette intemporalité qui fait du bien. Châtel n’est pas que ça. Mais c’est aussi ça. Pourtant c’était pas mieux avant. Les gens ont toujours été capables d’être cons de tous temps, et on idéalise beaucoup trop les années passées. C’est pas une question que c’était mieux. D’ailleurs, je parle pas d’hier, je parle d’aujourd’hui. Et aujourd’hui, c’est reposant ces quelques repères, ces quelques permanences modestes, ces lieux que le rouleau-compresseur a oubliés. Pas forcément pour leur bien d’ailleurs, souvent ça crève, par ici, les petits commerces sont partis et le centre dépérit, comme en maints endroits. Mais en attendant, vu de l’extérieur, on s’y sent en paix. Sans sollicitions d’écrans publicitaires lumineux, sans circulation étranglée, sans flux de gens pressés bondant les trottoirs, sans grands magasins, sans injonctions de perfection, de bonheur, de corps sain, de performance.

Alors Châtel, c’était un vrai bol d’air.

(le noir & blanc c’est pas pour faire rétro bourrin ou quoi, c’est surtout que ça allait bien avec la lumière de ce jour-là)

(et oui, je sais, je dis aussi souvent que j’aime les ventre-villes grouillants et frénétiques, ça reste génial d’y errer en dehors du flux pour observer ce dernier… je suis pas à une contradiction près, hein. Et heureusement, la contradiction c’est savoureux, ça se mange sans faim…)