Just like Beograd

Vers Noël, mettons un peu avant, dans les rues de Nancy, avec Nâgüt’, on est tombé sur des gens avec des gros instruments. Je crois que c’était les « Ouiches ». Qu’ils venaient de Paris. Mais je suis plus sûr. Oh, madame animation de la mairie par qui doit transiter quelques photos vers ce groupe, n’oubliez pas de me rappeler si jamais vous passez par là!

(photos du 19 Décembre 2010)


Flammes (Nancy)

Incendie, au matin, entre le Faubourg et Vayringe… sans victimes. La baraque était au milieu des jardins. J’y avais déménagé des affaires y’a quelques années, pour aider quelqu’un qui était dans la galère, qui avait presque tout perdu. Toute sa vie dans de lourds sacs poubelle. Voilà, la maison n’est plus, cette fois-ci. Les souvenirs, pas forcément joyeux, restent.

(photos du 22 septembre 2010)


L’ancien cimetière des III Maisons

Le 1er mars 2010 commençait la fouille du cimetière des III Maisons par l’INRAP, sur le site de l’ancienne imprimerie Berger-Levrault, détruite peu de temps avant. Le 5 juin, des portes ouvertes étaient organisées, malgré la chaleur, la configuration des lieux, complexe, et les plaintes déplacées de certains visiteurs un peu bas du casque, en fin d’après-midi.


Les morts, eux, étaient plutôt discrets. Le cimetière a été ouvert en 1732 à la demande des paroissiens de Saint-Epvre. C’est donc sur ce terrain au pied des fortifications restantes, à l’angle des futures rue des Glacis et rue Jean Lamour, que le cimetière prend place. Il sera fermé en 1842, et les morts transférés en partie au nouveau cimetière de Préville. Beaucoup resteront là, les familles n’ayant pas les moyens d’organiser le déplacement des morts, ou ceux-ci ayant été déjà purement et simplement oubliés. Après trente ans d’abandon, l’imprimerie Berger-Levrault, transférée d’Alsace suite à la défaite de 1871, vient s’installer sur le terrain.

Le cimetière, par un simple calcul statistique, contient, ou a contenu environ 10 000 sépultures, ce qui en fait un lieu d’une importante densité funéraire. On trouve plusieurs couches de sépultures, dont certaines se sont affaissées les unes sur les autres à la rupture des cercueils (quand il y en avait).

Mais rien de sensationnel: on a toujours su qu’il y avait un cimetière ici. Les plans l’indiquent, les registres paroissiaux aussi, et la mémoire fonctionne quoiqu’on en dise, en particulier chez les anciens de Berger-Levrault. Ce que l’on ne savait pas, c’est ce que l’on trouverait en commençant à décaper, l’étendue des vestiges, l’état des sépultures dans leur ensemble, l’état de conservation des corps… ici, plus de choses techniques et moins de causeries venteuses.

C’est curieux, quand même, de se tenir là, au milieu de son quartier, et de voir tous ces gens, là, qui vivaient ici avant moi. Enfin, ici… en Vieille ville, quoi, le quartier voisin. De les imaginer. Tout simplement. De se dire, alors que les tombes s’alignent sous le soleil brûlant, que ces morts « voient » passer au-dessus d’eux l’hélicoptère de l’hôpital central, après être restés au moins 170 ans dans l’obscurité. Et s’ils voyaient vraiment ça? Que croiraient-ils?

Et puis j’ai aussi pensé que ces gens, on ne les voit ici que comme des sujets de curiosité, des sujets d’étude, presque des monuments de pierre, qui n’a jamais été animée. Et puis dans la tête, ça va très vite. 1732-1842. Bien. Soudain, il était possible de faire un lien avec mes aïeux de Dabo et Schaeferhof. Je connais le nom de ceux qui vivaient sous le même ciel que ces gens-là, dans le cimetière. Je connais leur profession, pour certains. Je me les représente non comme des cadavres, non, mais comme des gens vivant leur vie, j’essaye de reconstituer mentalement quelque chose, quelque chose de faux, bien sûr, mais quelque chose de vivant.

Comme le Jacques Ramm, là, né à Dabo en 1811, qui était voiturier, bah il travaillait en même temps qu’on enterrait certains des corps que je vois ici. Le genre de chose que je me disais. On va rire, mais ça te fout une sacrée et attachante proximité avec ces gens. Wells n’aurait pas « inventé » la machine à explorer le temps, je déposerais le brevet au nom de tous nos cerveaux. On ne fait pas meilleure machine, aux possibilités infinies…

Alors tu te mets aussi à imaginer cette imprimerie qui travaillait au-dessus de tous ces morts. Les caves de l’imprimerie, juste au-dessus de leurs têtes. L’imagination à fond de train, et le reste, tous ces autres morts toujours invisibles entre le boulevard Charles V et la rue des Glacis. La fouille ne recouvre pas la moitié de la plus grande superficie du cimetière, et seules quelques centaines de tombes sont fouillées sur plusieurs milliers de sépultures. Bon dieu, mais qui se cache encore sous nos pieds?

Au final, ça m’a beaucoup marqué, cette visite, ça laisse songeur. Vraiment songeur. On aimerait vraiment bien leur parler, on a envie de leur dit « bonjour » et puis « au revoir ». On le fait en pensée. On a en commun d’avoir vécu ici, ce n’est pas rien. Ça ne nous autorise à rien, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire en ce moment à la tête de l’Etat, ça ne fait pas de nous plus que le tout nouveau venu, parce qu’il faut bien arriver un jour. Et quand il arrive, le nouveau venu, il vit ici. Il a donc tout de suite quelque chose en commun avec ces gens morts, par définition. Automatiquement. Il faut peut-être juste lui dire, sinon il risque de ne pas le savoir. Plutôt que de lui expliquer l’inverse, comme on le fait en ce moment, encore. Parce que finalement, ce qu’on a en commun avec ces morts, c’est pas d’avoir vécu ici, c’est d’avoir vécu tout court. De vivre. La vie. C’est ça qu’on a en commun avec les morts.

Bon bah m’sieur dames du cimetière, j’vous dis à un d’ces jours. Le plus tard possible, hein, mais fatalement à un d’ces jours. D’ici là, portez-vous bien! Et escuzez pour la philosophie de comptoir, là, au-dessus. J’espère que ça vous a pas trop incommodé…

Merci aussi aux archéologues et anthropologues de l’INRAP. C’était bien, comme vous avez fait, et la journée sous le soleil à commenter tout ça avec des gens pressés en cohue, ça doit pas être de tout repos. Mais on a été très nombreux aussi à apprécier discrètement votre démarche, votre chantier et votre disponibilité. Rien ne vous y obligeait(?): merci de l’avoir fait!

François Béranger, encore un mort que j’aime bien, c’est à toi:

(photos du 5 juin 2010)

Making of

Les photos des photos de la mise en abîme du futur des prises de vues des tissages de Cornimont, que vous avez déjà vues chez moi, et que vous verrez sûrement bientôt chez Güt’ (Scraps of the World) et Xophe (L’Exil), je suppose…

Merci messieurs…

(photos du 3 août 2010)